Quant à la parole écrite qui a produit la lecture, et par la lecture
la littérature, on conçoit très-bien que cet art d'écrire les signes
et les sons ait été inventé par l'homme. Il n'y a rien là qui dépasse
ses forces. Du moment où Dieu lui avait révélé divinement la parole et
l'intelligence de la parole, il lui avait donné par là l'instrument
nécessaire et facile de toute convention et de tout progrès. L'homme
parlant a pu dire à l'homme comprenant: Convenons entre nous que tel
signe signifiera aux yeux ou à l'esprit telle chose ou telle idée, et
qu'en lisant ce signe sur le sable, sur la pierre, sur le papyrus, sur
l'écorce, sur le vélin, sur le papier, nous croirons entendre tel son,
voir telle image, concevoir telle idée. Rien de plus simple; l'homme
n'était plus placé pour inventer l'écriture dans le cercle
d'impossibilité où il était placé pour inventer la parole: ce cercle
d'impossibilité, où il fallait la parole préexistante pour convenir de
la signification de la parole, où le muet devait parler au sourd, et
où le sourd devait entendre le muet!
Aussi toutes les traditions antiques parlent-elles d'un inventeur ou
de plusieurs inventeurs de l'écriture; mais aucune ne parle de
l'inventeur de la parole.