IV.

Quant à la parole écrite qui a produit la lecture, et par la lecture

la littérature, on conçoit très-bien que cet art d'écrire les signes

et les sons ait été inventé par l'homme. Il n'y a rien là qui dépasse

ses forces. Du moment où Dieu lui avait révélé divinement la parole et

l'intelligence de la parole, il lui avait donné par là l'instrument

nécessaire et facile de toute convention et de tout progrès. L'homme

parlant a pu dire à l'homme comprenant: Convenons entre nous que tel

signe signifiera aux yeux ou à l'esprit telle chose ou telle idée, et

qu'en lisant ce signe sur le sable, sur la pierre, sur le papyrus, sur

l'écorce, sur le vélin, sur le papier, nous croirons entendre tel son,

voir telle image, concevoir telle idée. Rien de plus simple; l'homme

n'était plus placé pour inventer l'écriture dans le cercle

d'impossibilité où il était placé pour inventer la parole: ce cercle

d'impossibilité, où il fallait la parole préexistante pour convenir de

la signification de la parole, où le muet devait parler au sourd, et

où le sourd devait entendre le muet!

Aussi toutes les traditions antiques parlent-elles d'un inventeur ou

de plusieurs inventeurs de l'écriture; mais aucune ne parle de

l'inventeur de la parole.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 47 / 339 题