XXXIII.

La tribune politique, où je montai à mon tour pendant quinze ans de ma

vie, redoubla pour moi le sentiment des lettres; j'étudiai nuit et

jour, sans relâche, pendant ces quinze années, les modèles morts ou

vivants de la parole, pour me rendre moins indigne de parler après eux

ou à côté d'eux. C'est alors aussi que j'étudiai plus profondément les

plus grands historiens littéraires de l'antiquité, pour raconter aussi

les grands événements de mon pays.

La littérature n'est pas moins indispensable au récit qu'à l'action

des grandes choses; le peuple lui-même le plus illettré, quand il est

rassemblé et élevé au-dessus de son niveau habituel, comme l'Océan

dans la tempête par une de ces grandes marées ou par une de ces fortes

commotions qui soulèvent ses vagues, prend tout à coup quelque chose

de subitement littéraire dans ses instincts; il veut qu'on lui parle,

non dans l'ignoble langage de la _taverne_ ou de la _borne_, mais dans

la langue la plus épurée, la plus imagée et la plus magnanime que les

hommes des grands jours puissent trouver sur leurs lèvres. J'ai eu

l'occasion d'observer souvent par moi-même, pendant le long dialogue

que le hasard d'une révolution avait établi entre moi et la foule, que

plus j'étais lettré dans mes harangues, plus le peuple m'écoutait; que

la vulgarité du langage n'attirait que son mépris, mais que les

paroles portées à la hauteur de ses sentiments par ses orateurs

obtenaient sur ce peuple un ascendant d'autant plus sûr que ces

orateurs élevaient plus haut le diapason de leur éloquence. La

grandeur, voilà la littérature du peuple; soyez grand, et dites ce que

vous voudrez!

Voilà comment la littérature élève l'esprit dans l'action; voyons

comment elle console le coeur dans les disgrâces.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 36 / 339 题