XXXI.

Cette impression croissante se renouvela et s'accrut, connue on le

pense bien, par les hautes études de mon adolescence, par les ennuis

d'une longue oisiveté dans ma jeunesse inoccupée, qui ne trouvait son

aliment que dans la lecture, par le besoin d'exprimer dans la solitude

ces premières passions, qui, après avoir parlé en ardeur et en larmes,

s'amortissent en parlant en vers ou en prose; enfin par ces premières

amours de l'imagination ou du coeur qui empruntent tous la voix de la

poésie: la poésie! ce chant de l'âme qui exhale ce qui nous semble

trop divin en nous pour rester enseveli dans le silence ou pour être

exprimé en langue usuelle; littérature instinctive et non apprise, qui

prend ses soupirs pour des accents, et qui cadence les battements de

deux coeurs pour les faire palpiter à l'unisson de leurs accords.

Ce fut l'époque où, après avoir écrit des volumes de poésie amoureuse,

jetés depuis aux flammes pour en purifier les pages, j'écrivis ces

poésies contemplatives qui furent accueillies comme les pressentiments

bien plutôt que comme les promesses d'un poëte. Tout devint littéraire

à mes yeux, même ma propre vie, qui se répercutait, avec ses

impressions, ses piétés, ses affections, ses joies ou ses douleurs,

dans mes vers. L'existence était un poëme pour moi; l'univers en notes

diverses ne chantait ou ne gémissait qu'un hymne, je ne vivais qu'un

livre à la main.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 34 / 339 题