XXIV.

M. de Valmont était un homme de soixante ans, d'une belle figure, mais

d'un regard inquiet, fier et oblique, qui semblait toujours épier ou

regarder de côté s'il n'était pas épié lui-même. Il n'avait de

complète sécurité qu'avec mon oncle, dont le caractère loyal et

l'esprit ouvert l'avaient attiré. Il causait de toutes choses,

politique, littérature, anecdotes secrètes des cours du Midi ou du

Nord, avec une étonnante sagacité pour un solitaire qui semblait

depuis si longtemps enfoui dans une masure de nos montagnes.

Cette connaissance si approfondie et si universelle des sciences, des

lettres, de la diplomatie, des cours et des hommes, ne s'expliquait

pas autrement que par des conjectures. Son existence était une énigme.

On chuchotait, sans le dire tout haut, qu'il avait été employé par la

diplomatie secrète de Louis XV dans le nord de l'Europe; qu'il avait

vécu longtemps à Berlin et à Pétersbourg dans l'intimité

confidentielle de Catherine II et du grand Frédéric; qu'il avait été

lié avec les politiques, les philosophes, les écrivains de cette

dernière cour, et qu'il avait puisé là cette universalité de

connaissances, cette fleur d'élocution et cette élégance exquise de

manières dont il faisait preuve quand il revenait dans le monde. Mais

il est mort sans que la confiance même qu'il avait dans mon oncle, et

l'amitié que mon oncle lui témoignait, lui aient arraché son secret.

Il dort dans le mystère comme il a vécu.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 27 / 339 题