Ce troisième visiteur était l'abbé Dumont, neveu du vieux curé du
village de Bussières, hameau que nous voyions blanchir au pied de la
montagne, parmi les vignes et les chenevières.
Ce jeune homme, né pour une autre profession, avait été dans son
adolescence secrétaire de l'évêque de Mâcon, homme d'exquise
littérature; l'abbé Dumont avait été relégué par la Révolution dans le
pauvre presbytère de son oncle; il devait lui succéder. Il se
consolait par la chasse, par la lecture et par la société de M. de
Vaudran et de mon père, ses voisins, de la destinée contraire qui lui
avait fermé le palais épiscopal et qui le condamnait à la vie obscure
d'un vicaire de campagne. Il avait les goûts élégants et nobles dans
une misérable fortune; il adorait mon père comme un modèle du
gentilhomme loyal et cultivé, qui l'entretenait de cour, de guerre et
de chasse; il aimait M. de Vaudran, qui lui avait ouvert sa
bibliothèque; il commençait à m'aimer, tout enfant que j'étais
moi-même, de cette amitié qui devint mutuelle quand les années
finirent par niveler les âges alors si divers; amitié restée après sa
perte au fond de mon coeur comme une lie de regrets qu'on ne remue
jamais en vain.