XVI.

À peine était-il assis dans la chaire du rocher la plus rapprochée de

celle de mon père que j'entendais les pas plus légers d'un troisième

visiteur; celui-là gravissait lentement aussi, mais plus résolûment,

la montagne. Bientôt je voyais se dessiner en sombre sur le ciel bleu

la redingote noire d'un beau jeune homme qui, sous l'habit d'un

ecclésiastique, avait la taille, la stature et la contenance mâle d'un

militaire. Un fusil double luisait au soleil sur ses épaules, un fouet

de chasse badinait dans sa main, un chapeau rond découvrait à demi son

front haut et ses cheveux noirs; ses bottes fortes, armées aux talons

d'éperons d'argent, trahissaient en lui l'homme de cheval et l'homme

de chasse plus que l'homme du sanctuaire. Sa figure avait la franchise

virile du soldat; mais ses yeux pénétrants, sa bouche pensive, ses

joues pâlies par l'étude annonçaient aussi l'homme intellectuel et le

coeur sensible jusqu'à la mélancolie. Ses deux chiens courants, au

poil fauve, qui me connaissaient, venaient se coucher auprès de moi

sur l'herbe chaude; je détachais leurs colliers, pour que le tintement

de leurs grelots ne m'empêchât pas d'entendre la lecture ou la

conversation des trois amis.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 19 / 339 题