XIII.

Ce visiteur assidu de la montagne s'appelait M. de Vaudran.

C'était un homme de cinquante à soixante ans; il était le cinquième

fils d'une nombreuse et remarquable famille de notre pays, appelée la

famille des _Bruys_. On apercevait la maison de cette famille

patriarcale, entourée de terrasses et de parterres, au pied de la

montagne de _Monsard_, au bord d'une route poudreuse d'un côté, au

bord des prés, des petits bois et d'un ruisseau de l'autre côté.

Cette famille avait essaimé plusieurs de ses fils, avant la

Révolution, à Paris, dans les plus hautes charges de la monarchie.

L'aptitude de cette race aux affaires ou aux lettres était proverbiale

dans nos contrées. Les soeurs n'y étaient pas moins distinguées de

caractère et d'esprit que les frères; la dernière de ces soeurs vit

encore, âgée de quatre-vingt-quinze ans, dans la même maison que je

vois blanchir d'ici, à l'époque où j'écris ces lignes; elle n'a rien

perdu de sa grâce de coeur et de son sourire d'esprit! Elle a usé le

temps qui ne l'use pas; elle est comme un jalon vivant du passé,

laissé dans le domaine et sur les tombeaux de ses frères et de ses

soeurs. Tout le pays aime à la retrouver, le matin, où il l'a laissée

le soir.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 16 / 339 题