Ce visiteur assidu de la montagne s'appelait M. de Vaudran.
C'était un homme de cinquante à soixante ans; il était le cinquième
fils d'une nombreuse et remarquable famille de notre pays, appelée la
famille des _Bruys_. On apercevait la maison de cette famille
patriarcale, entourée de terrasses et de parterres, au pied de la
montagne de _Monsard_, au bord d'une route poudreuse d'un côté, au
bord des prés, des petits bois et d'un ruisseau de l'autre côté.
Cette famille avait essaimé plusieurs de ses fils, avant la
Révolution, à Paris, dans les plus hautes charges de la monarchie.
L'aptitude de cette race aux affaires ou aux lettres était proverbiale
dans nos contrées. Les soeurs n'y étaient pas moins distinguées de
caractère et d'esprit que les frères; la dernière de ces soeurs vit
encore, âgée de quatre-vingt-quinze ans, dans la même maison que je
vois blanchir d'ici, à l'époque où j'écris ces lignes; elle n'a rien
perdu de sa grâce de coeur et de son sourire d'esprit! Elle a usé le
temps qui ne l'use pas; elle est comme un jalon vivant du passé,
laissé dans le domaine et sur les tombeaux de ses frères et de ses
soeurs. Tout le pays aime à la retrouver, le matin, où il l'a laissée
le soir.