Mon père, à qui son goût pour la chasse avait fait découvrir ce site
élevé et presque inabordable, s'y rendait souvent après le dîner, d'où
l'on sortait alors à deux heures; il y portait avec lui un livre, pour
y passer en société d'un grand ou aimable esprit les longues soirées
des jours d'été; il m'y conduisait souvent avec lui, quand, vers
l'âge de dix à douze ans, le collège me rendait à la famille.
Dès qu'il y était assis, son livre ouvert dans la main, je m'occupais
agréablement au pied des créneaux à choisir, parmi les pierres
roulées, les plus belles pétrifications marines, ou à tresser des
paniers pour mes soeurs, avec ces joncs qui croissent à sec sur les
pelouses arides. Bientôt nous entendions, du côté de la montagne
opposé à celui que nous avions gravi, des pas lents et mesurés; ces
pas faisaient rouler au-dessous de nous les pierres sèches; un autre
hôte de la montagne paraissait presque aussitôt après, un livre aussi
dans la main; il essuyait son front taché de sueur et de poudre
blanche en regardant mon amas de coquillages, et en m'expliquant
comment la haute marée des siècles les avait portés jusque-là; puis il
allait saluer avec une cordialité un peu cérémonieuse mon père, et il
s'asseyait dans la seconde stalle du rocher.