IV.

Quoi qu'il en soit, je commençais à penser et à comprendre que

d'autres autour de moi pensaient plus que moi; je commençais même à

comprendre non la nature, mais le fait de cette transformation en

pensée des caractères matériel qu'on me faisait tracer ou lire, et la

transformation de cette pensée en caractères, c'est-à-dire en livres.

Mes premiers respects pour le livre, _milieu_ surhumain où s'opère ce

phénomène, me vinrent d'où vient toute révélation aux enfants, de leur

mère.

La mienne avait la piété d'un ange dans le coeur et

l'impressionnabilité d'une femme sur les traits. Son visage, où la

beauté de ses traits et la sainteté de ses pensées luttaient ensemble,

comme pour s'accomplir l'une par l'autre, me donnait, bien plus encore

qu'un livre, le spectacle de cette transformation presque visible de

l'intelligence en expression physique, et de l'expression physique en

intelligence. C'est ce qu'on appelle _physionomie_, chose que l'on

définit toujours, parce qu'on n'est jamais parvenu à la définir. La

physionomie est en effet le phénomène lui-même visible, mais toujours

mystère: _l'âme dans les traits et les traits dans l'âme_. L'homme

peut voir là, plus que partout ailleurs, l'union de la matière et de

l'esprit; mais définir dans la physionomie ce qui est de la matière et

ce qui est de l'esprit, la nature nous en défie; c'est la limite où

les deux natures se confondent: on adore et on s'anéantit.

Cours familier de Littérature - Volume 01 · 第 7 / 339 题