Quelle bizarre destinée que celle du Suédois Nobel? Il passa son
existence à rendre maniable, sous forme de dynamite, la trop pétulante
nitroglycérine, si impétueuse que le frôlement d'une plume à sa surface
liquide suffit à faire détonner. Il dota l'humanité d'une puissance de
destruction qui accrut l'horreur des guerres et favorisa les crimes des
anarchistes. Puis, après sa vie, peut-être à titre de réparation, il
veut que son oeuvre de mort et de brutalité devienne oeuvre de vie, de
fraternité, d'intelligence. Les millions, nés de l'affreuse dynamite,
devront servir à pensionner les grands penseurs, les grands
philanthropes, les grands médecins.
Et pour être juste, reconnaissons que l'histoire de la poudre ne tient
pas tout entière dans les mots ruines et destruction; grâce aux
puissants explosifs que lui donne chaque jour la science, l'homme
réalise de gigantesques entreprises, autrefois irréalisables: le
percement des montagnes (tunnels), la percée des isthmes, le forage de
puits de mine jusqu'aux entrailles de la terre. Comme en tout, ici-bas,
de l'excès du mal naît le bien, et de ce qui nous semble la mort, sort
une nouvelle floraison de la vie.
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