L. HOULLEVIGUE.

Quelle bizarre destinée que celle du Suédois Nobel? Il passa son

existence à rendre maniable, sous forme de dynamite, la trop pétulante

nitroglycérine, si impétueuse que le frôlement d'une plume à sa surface

liquide suffit à faire détonner. Il dota l'humanité d'une puissance de

destruction qui accrut l'horreur des guerres et favorisa les crimes des

anarchistes. Puis, après sa vie, peut-être à titre de réparation, il

veut que son oeuvre de mort et de brutalité devienne oeuvre de vie, de

fraternité, d'intelligence. Les millions, nés de l'affreuse dynamite,

devront servir à pensionner les grands penseurs, les grands

philanthropes, les grands médecins.

Et pour être juste, reconnaissons que l'histoire de la poudre ne tient

pas tout entière dans les mots ruines et destruction; grâce aux

puissants explosifs que lui donne chaque jour la science, l'homme

réalise de gigantesques entreprises, autrefois irréalisables: le

percement des montagnes (tunnels), la percée des isthmes, le forage de

puits de mine jusqu'aux entrailles de la terre. Comme en tout, ici-bas,

de l'excès du mal naît le bien, et de ce qui nous semble la mort, sort

une nouvelle floraison de la vie.

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Bulletin de Lille, 1916.05 publié sous le contrôle de l'autorité allemande · 第 41 / 126 题