Quels que soient les progrès de la science météorologique, il faut
reconnaître que cette science n'a pas encore exercé sur les croyances
populaires une influence suffisante pour dissiper les erreurs et amener
les cultivateurs à apprécier, comme il convient, les causes des
phénomènes qui se produisent dans l'atmosphère. Il en résulte des
croyances erronées qui ont court dans les campagnes et que les pratiques
culturales se trouvent plus ou moins contrariées.
La question des influences lunaires ou des influences prétendues sur la
végétation, est aussi vieille que le monde, pourrait-on dire, et il ne
semble pas que, jusqu'ici, les cultivateurs, si préoccupés cependant
d'éviter les causes nuisibles à leurs opérations de culture, aient
cherché à se rendre compte des raisons qui les induisent à attribuer aux
phases de la lune, une influence, bonne ou mauvaise, sur la végétation.
Il convient donc d'examiner cette question, non pas en s'inspirant de
données purement scientifiques ou théoriques, mais en simple observateur
des phénomènes météorologiques ayant une répercussion, une influence
plus ou moins marquée sur la végétation.
La lune rousse, qui commence le 25 avril, dure jusqu'au 25 mai. Mais
elle n'arrive pas toujours aux mêmes dates, et il se peut que la
lunaison, commencée en avril, finisse le dernier jour de mai. Elle
coïncide avec les «saints de glace», qui, suivant l'opinion populaire,
ont lieu les 11, 12 et 13 mai, provoquant des refroidissements de la
température, plus ou moins irréguliers, plus ou moins intenses, suivant
les années. Le point intéressant, pour l'agriculteur, est de savoir si
la lune rousse a vraiment une influence aussi néfaste qu'on le croit
généralement, si elle roussit les jeunes bourgeons et, enfin, si c'est à
elle que doit être attribuée la cause déterminante des gelées
printanières, des gelées tardives qui, en mai, ont parfois des effets
désastreux sur la végétation.
A la vérité, la lune rousse n'est pas plus funeste aux plantes que telle
ou telle autre phase lunaire. Si, par les nuits sereines de fin avril ou
des premiers jours de mai, elle brille d'un vif éclat précisément à la
période de l'année où la végétation entre en mouvement et où le sol ne
reçoit pas encore suffisamment la chaleur solaire, qu'arrive-t-il?
Puisque la lune apparaît bien distincte, c'est que l'air est pur et que
rien, dans l'espace, ne s'oppose à la diffusion de la chaleur nocturne;
un refroidissement sensible se produit alors, au point qu'il entraîne
souvent la gelée blanche, parfois la gelée à glace. Les jeunes bourgeons
et les jeunes pousses sont roussis, gelés, les fleurs sont
désorganisées. Si l'atmosphère était nuageuse, si un brouillard ou une
simple brume s'élevait dans l'air, il n'en serait pas de même; les
effets du rayonnement se compenseraient, les nuages, renvoyant la
chaleur absorbée par eux aux dépens de la terre. Avec un ciel couvert,
la gelée ne se produit pas, bien, que la chaleur reste dans les mêmes
limites. On sait, d'ailleurs, l'action qu'exercent les nuages
artificiels produits au moyen de l'incinération d'herbes vertes, de
paille mouillée, de substances diverses (résine, créosote, goudron,
etc., etc.), qui, produisant une fumée abondante, s'opposent au
rayonnement de la chaleur terrestre vers les régions élevées. Quand le
soleil se lève, cette fumée constitue un obstacle à la chaleur solaire
et prévient la désorganisation des plantes qui ont souffert de la gelée
pendant la nuit. L'explication de la prétendue influence de la lune
rousse se traduit donc, en somme, par l'explication très simple du
refroidissement qui provoque les gelées en avril et mai, au moment où la
végétation est en pleine activité. Si, durant le jour, la température
est parfois élevée, par contre, les nuits restent froides; tandis que,
la nuit, la température ne dépasse guère 4 ou 5 degrés au-dessus de
zéro, celle du sol, refroidi à une grande profondeur, descend à 1 ou 2
degrés au-dessous de zéro, d'autant plus facilement que se produit
l'action du rayonnement; il en résulte que l'abaissement de température
du sol agit sur les plantes et les fait geler. On voit donc bien que la
lune rousse n'est pour rien dans les dégâts causés par les gelées, qui
surviennent au moment où les nuits sont claires, et plus froides que
lorsque le temps est couvert, et à une époque de l'année (avril et mai)
où la quantité de vapeur d'eau contenue dans l'atmosphère est réduite au
minimum. M. Th. Moreux, l'astronome bien connu, directeur de
l'Observatoire de Bourges, admet que la lune peut exercer, au moyen de
radiations électriques ou simplement par sa lumière, une certaine
influence sur la végétation, mais il estime que cette influence se fait
sentir durant tous les mois lunaires et non à une époque déterminée de
l'année. Selon lui, il n'y aucune raison scientifique d'admettre que la
lune rousse puisse désorganiser les fleurs, roussir les jeunes
bourgeons, et justifier ainsi les influences néfastes que lui attribue
la croyance populaire.
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Erratum.--Vers la fin de l'article: _La question de l'Heure_, du
précédent numéro, _lire_: Comme l'été ne commence que le 22 juin.....,
l'heure d'été _sera_ peut-être votée pour cette date.
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