IV

Philippe le Bon et les Brugeois.

Retour de Calais.--Irritation des milices brugeoises.--Elles

enfoncent les portes de l'Ecluse.--Massacre de l'Écoutète.--Les

larmes de Charles le Téméraire et celles d'Alexandre.--L'homme

d'État précoce.--Les assemblées du peuple.--Mort des

Varssenaere.--Danger de Jacques Adorne.--Jacques et Pierre Adorne

bourgmestres.--Éloge de Bruges.--Entrée de Philippe le Bon.--Début

d'Anselme.

Ce n'était pas sans peine qu'on avait déterminé les milices brugeoises

au départ. Lorsque le duc eut été contraint de lever le siége de

Calais, elles revinrent humiliées et aigries encore par le mauvais

succès.

Après une expédition contre les Anglais qui dévastaient impunément le

pays, elles se présentent devant l'Ecluse et en enfoncent les portes;

puis elles rentrent dans Bruges, s'emparent des clefs de la ville,

ainsi que de son artillerie, dont elles font d'effroyables décharges.

L'Écoutète, officier du prince, chargé de la police, tombe égorgé. La

duchesse de Bourgogne, qui affectionnait le séjour de Bruges,

s'éloigne avec un enfant qui criait et versait des larmes. C'étaient

celles d'un autre Alexandre[11], par le sang qu'il devait faire couler

à son tour; il avait nom Charles: les Belges l'ont appelé _le Hardi_,

et les étrangers _le Téméraire_.

[11] On se rappelle l'exclamation de Rousseau: «Pleurs cruels! que

de sang vous fîtes répandre!»

«Dans cette crise terrible,» disent quelques auteurs, «Anselme se

comporta avec tant de droiture, avec tant de prudence et de

circonspection, qu'il sut se concilier le respect et l'attachement du

peuple sans perdre les bonnes grâces de son souverain.» Magnifique

éloge sans doute; mais ce qui le rend surprenant, c'est que ceci se

passait de 1436 à 1437. Ce grand citoyen, ce prudent homme d'État

n'avait donc guère que douze ans. Laissons-lui son enfance, il aura

plus tard bien assez de la politique!

Le rôle propre à son âge était celui de spectateur curieux. S'il se

glissait à quelque croisée de l'un des édifices qui avaient vue sur la

place, un frappant spectacle s'offrait à ses yeux. Devant la sombre

masse des Halles, droit en face du Beffroi, deux drapeaux flottaient,

plantés entre les pavés: sur l'un on distinguait le lion de Flandre;

sur l'autre, celui de Bruges. A gauche de cette bannière, paraissait

une belle troupe: c'étaient les _Poorters_, avec leurs six capitaines

portant, chacun, à la main, le gonfanon de leur quartier. Les

_métiers_, partagés en huit groupes, étaient rangés, partie du même

côté, partie à droite de l'étendard de Flandre et tout le long de

l'entrepôt fameux[12] appelé _Waterhalle_. C'étaient, d'une part, les

_quatre métiers_, ou la puissante industrie lainière les _bouchers_,

souvent mal d'accord avec eux, accompagnés des poissonniers, le

_cuir_, l'_aiguille_: de l'autre, les _dix-sept métiers_, le

_marteau_, les _boulangers_, les _courtiers_, modeste dénomination

sous laquelle on comprenait les représentants du commerce et de la

navigation, propres à la ville. Les marchands étrangers n'avaient,

naturellement, point de part à ces assemblées civiques.

[12] Il a été remplacé par un bâtiment qui fait aujourd'hui partie

de l'hôtel du gouvernement provincial.

A l'extrémité du côté du marché où étaient placés les quatre groupes

de métiers que nous avons nommés les premiers, on voyait les

arbalétriers, sous la belliqueuse enseigne du céleste chevalier saint

Georges. Les villes subalternes et les paroisses du Franc avaient

aussi leur place marquée. Une couronne de roses récompensait les

premiers arrivés: une colonne mobile de trois cents hommes, à la solde

de la ville, avait charge de réveiller le zèle des retardataires.

Néanmoins, en ce moment, des vides se faisaient remarquer, car la

noblesse du Franc s'efforçait d'empêcher les habitants de se rendre

aux sommations des Brugeois.

Tous ces rangs étaient hérissés de piques: de distance en distance, on

voyait des bannières déployées, laissant, dans leurs replis,

distinguer de saintes images, ou les emblèmes dorés d'un métier, qui

brillaient au soleil, au bout d'une hampe peinte de couleur

éclatante, ou couverte d'une riche étoffe.

Ainsi délibérait le peuple en différend avec son prince, l'un des plus

puissants de l'époque. Si, dans ces assemblées, les nobles et les

notables figuraient parmi les _Poorters_ et s'ils exerçaient un

certain ascendant d'habitude et de déférence, leur autorité

faiblissait dans les temps d'orage. Le nombre et souvent la passion

prenaient alors le dessus. Ce n'était donc pas seulement de la

curiosité qu'éprouvait Anselme en contemplant ce spectacle:

réfléchissant, comme il arrive, les impressions de sa classe et de sa

famille, il sentait un secret serrement de coeur qu'allaient

justifier des scènes cruelles.

Deux frères Varssenaere, dont l'un était premier bourgmestre et

l'autre capitaine, furent massacrés; un oncle d'Anselme, Jacques

Adorne, qui exerçait également ces dernières fonctions et avait voulu

se jeter sur les meurtriers, ne fut soustrait qu'avec peine à un sort

pareil. Les Adorne quittèrent Bruges, où il n'y avait plus pour eux de

sûreté.

Philippe, après avoir cherché à se rendre maître de cette ville par un

coup de main fatal au sire de l'Ile-Adam, et qui faillit l'être au duc

lui-même, réussit mieux dans ses desseins en coupant les vivres aux

Brugeois. Jacques et Pierre Adorne furent alors successivement revêtus

des fonctions de bourgmestre de la commune, que leur père avait

exercées, aussi bien que celles de premier bourgmestre, et qui

devaient l'être un jour par Anselme, comme si c'eût été une partie de

l'héritage de famille.

Au retour de l'exil qu'il avait partagé avec son oncle et son

père, il s'était retrouvé dans les murs de Bruges avec transport, car

il aimait vivement «la si douce province de Flandre,» mais surtout sa

ville natale. Il n'est parlé, dans son itinéraire, qu'avec

enthousiasme de «cette illustre cité, de cette noble ville.» Tantôt,

«sa beauté, son urbanité, ses agréments infinis, son opulence et son

éclat, l'abondance inouïe de richesses qu'elle renferme, sont passés

sous silence parce que la renommée les fait assez connaître et que

l'auteur, en les vantant, serait suspect;» tantôt, c'est «la ville la

plus polie du monde, ville vraiment digne de ce nom par l'urbanité

dont elle est pleine.» La paix maintenant lui était rendue, paix, il

est vrai, chèrement achetée; mais Bruges en recueillait du moins les

fruits: avec l'ordre, la prospérité renaissait. Les navires des

Osterlins[13], les grandes caraques génoises et les galères de Venise

apportaient de nouveau, à l'émule de Londres et de Novogorod, les

fourrures du Nord, les riches tissus de l'Italie et les trésors de

l'Inde.

[13] Anséates.

Après plusieurs années d'absence, la cour de Bourgogne revint étaler

sa magnificence à Bruges; ce fut en 1440 que Philippe le Bon y fit son

entrée avec le duc d'Orléans qu'il venait de marier à une de ses

nièces. Les magistrats, dans l'humble appareil réclamé par les usages

du temps, pieds et tête nus, vêtus de robes noires sans ceinture,

présentent, à genoux, les clefs à leur redouté seigneur, en lui

demandant merci. Il hésite, ou feint d'hésiter, et semble se rendre à

l'intercession de son hôte illustre. Le peuple crie _noël_!

les fanfares éclatent; le clergé psalmodiant des hymnes, les marchands

étrangers, richement vêtus de brocart ou de velours, escortent les

deux princes jusqu'au palais. Chaque nation qui commerçait à Bruges

formait un corps brillant de cavaliers, ou marchait en bon ordre;

l'étoffe et la couleur de la robe, des écussons portés devant les

rangs par des hérauts, distinguaient les diverses contrées. Dans les

rues, ce n'étaient qu'arcs de triomphe, chars ou échafauds chargés de

personnages de la mythologie ou de la Bible.

Ces pompes devaient charmer un jeune homme. Anselme Adorne vit surtout

avec joie les tournois par lesquels les chevaliers, armés de toute

pièce et sur de hautes selles de guerre, célébrèrent l'arrivée du duc

de Bourgogne et du duc d'Orléans, ainsi que celle du comte de

Charolois, qui fit son entrée quelques jours après, avec sa femme

encore enfant, fille de Charles VII. Bientôt Anselme allait lui-même

signaler son courage et son adresse dans ces jeux, l'image et l'école

de la guerre.

Il parut à dix-sept ans dans la lice. Un si précoce début, suivi

bientôt de succès, annonce un heureux assemblage de hardiesse et de

sang-froid, de force et de souplesse, qui présente à la pensée l'image

d'un cavalier de bonne mine et qui n'était point fait pour déplaire.

V

Un tournoi de l'Ours Blanc.

La duchesse Isabelle et le comte de Charolois.--Les dames

brugeoises dans leurs atours.--Le forestier armé chevalier

sur le champ de bataille.--Que diable est-ce ceci?--La

_Vesprée_.--Louis de la Gruthuse.--Metteneye.--Jean Breydel.--Adam

de Haveskerque.--Le tournoi.--Anselme gagne le cor.--Marguerite.--Le

court roman.--Anselme Adorne Forestier.--Les acclamations et les

cris de mort.

Comme les romanciers, mais sans réclamer leurs autres privilèges, nous

ferons franchir au lecteur un espace de quelques années et nous le

conduirons, un certain jour de l'an 1444, qui était le 27 avril, sur

le marché de Bruges.

Raconter l'histoire de ce _forum_ flamand, ce serait faire celle de la

ville. Nous avons vu le peuple s'y rassembler, sous les armes, pour

exercer son orageuse souveraineté; nous verrons s'y dresser

l'échafaud: maintenant une fête y attirait les curieux dont les flots

pressés débouchaient de tous côtés. Un espace entouré de barrières,

que gardaient des valets et des hérauts, restait seul libre au milieu.

Les fenêtres et jusqu'aux toits des bâtiments étaient pleins

de spectateurs. Les regards se tournaient tantôt vers le

_Cranenburch_[14], où la duchesse vint prendre place avec son fils,

aux applaudissements de la foule, tantôt vers une grande hôtellerie, à

l'enseigne de la _Lune_, qui contenait l'élite des dames brugeoises,

dans tout l'éclat de leur beauté proverbiale et d'atours si riches,

qu'une reine jalouse les avait comparées à autant de reines.

[14] Maison sur la place.

Les douze croisées gothiques de l'édifice, ornées de draperies

flottantes, encadraient des groupes variés de jeunes femmes et de

demoiselles rivalisant entre elles d'élégance et de luxe. Là, vous

eussiez aperçu ces coiffures de velours en fer à cheval, ces belles

chevelures relevées en tresses, ou nattées, ces voiles transparents et

légers, ces robes serrant à la taille, de velours vert, ponceau ou de

quelque autre couleur éclatante, ces corsages d'hermine, ces manteaux

de brocart rehaussé d'or, qu'on retrouve dans les tableaux de

l'époque.

Parmi ces belles Brugeoises, l'une de celles pour lesquelles la

journée préparait le plus d'émotions--et l'on verra bientôt à quel

titre--portait le nom de Marguerite, alors fort en vogue, sans doute

parce qu'il désigne une _perle_ ou une _fleur_. L'étymologie, cette

fois, n'était point en guerre avec la réalité, comme il arrive

à quelques _Blanche_ et à plus d'une _Rose_. Marguerite avait les

qualités qui attirent et fixent l'affection: c'était, au surplus, une

jeune orpheline, fille d'Olivier Van der Bank. Par sa mère, elle

tenait aux de Baenst et aux Utenhove, qui possédèrent de beaux

domaines et ont fourni plusieurs chevaliers[15]. Quelques mois,

à peine, s'étaient écoulés depuis qu'Anselme Adorne, âgé de moins de

vingt ans, l'avait conduite à l'autel.

[15] Les de Baenst étaient surtout richement possessionnés en

Zélande. On trouve ces deux noms dans la liste, publiée par M.

Gachart, des seigneurs flamands qui assistaient à l'abdication de

Charles-Quint, et que nous allons transcrire; c'étaient:

Lamoral d'Egmont, prince de Gavre, comte d'Egmont, chevalier de

l'ordre.

Maximilien de Bourgogne, seigneur de Beveren, id.

Charles, comte de Lalaing, seigneur d'Escornaix, id.

Pierre, seigneur de Werchin, sénéchal de Hainaut, seigneur de

Herzelles, id.

Philippe de Montmorency, comte de Hornes, seigneur de Nevele.

Maximilien de Melun, vicomte de Gand.

Charles, seigneur de Trazegnies et de Tamise, chevalier.

Maximilien Vilain, écuyer, seigneur de Rassenghien.

Louis de Ghistelles, chevalier, seigneur de la Motte.

Philippe de Liedekerke, chevalier, seigneur d'Eversbeke.

Jacques de Claeroult, chevalier, seigneur de Puttem.

Jacques de Thiennes, écuyer, seigneur de Castre.

Thomas de Thiennes, écuyer, seigneur de Rumbeke.

Charles Hannart, chevalier, seigneur de Liedekerke.

Joseph de Baenst, chevalier, seigneur de Melissant.

Jérôme Adournes, chevalier, seigneur de Nieuwenhove.

François de Halewin, chevalier, seigneur de Zweveghem.

Jacques de Lalaing, écuyer, seigneur de la Monillerie et de

Sandtberg.

Josse, seigneur de Courtewille et de Vorst, écuyer.

Ferry de Gros, écuyer, seigneur de Beaudemers.

François Massier, écuyer, seigneur de Bussche.

Charles Uutenhove, écuyer, seigneur de Sequedin.

Pierre, seigneur du Bois, écuyer.

Jacques de Eyeghem, écuyer, seigneur de Hembisze.

Ce qui attirait Marguerite et tout ce concours, c'était le tournoi

annuel de la Société de l'Ours-Blanc. Il ne se donnait point, à

Bruges, de fête qui excitât plus d'intérêt. On trouve, dans les

chroniques, au milieu d'annotations relatives aux troubles, aux

guerres, aux plus grands événements, le retour périodique de ces jeux,

soigneusement indiqué, en même temps que les noms des vainqueurs. Des

prix étaient offerts à ceux-ci: c'était une lance, un cor, l'ours,

souvenir d'un vieux récit et symbole de la Société; on ajoutait

quelquefois un diamant.

Le combattant qui gagnait la lance prenait le titre de Forestier, en

mémoire d'anciens princes dont l'existence est contestée, mais qui

brillent dans les légendes. Il présidait au tournoi de l'année

suivante; il soutenait son titre de primauté dans la lice et même dans

les combats. C'est ainsi que près de Guinegate, Louis de Baenst,

Forestier de Bruges, fut armé chevalier sur le champ de bataille.

Les tournois de l'Ours-Blanc remontent à l'année 1320, époque voisine

des plus éclatants faits d'armes des Brugeois; mais depuis, le malheur

des temps ayant interrompu ces chevaleresques exercices, ils furent

rétablis, en 1417, par une commune résolution des magistrats, de la

noblesse et des plus notables habitants.

Les principaux seigneurs aimaient à y paraître, et même les ducs de

Bourgogne. Maximilien d'Autriche y reçut un si bon coup de lance,

d'un aïeul de l'historien Despars, dont le casque figurait une

tête de démon, que, ployant en arrière, le futur empereur s'écria:

«_Que diable est-ce ceci!_»

Deux jours avant la joute, un officier du Forestier, précédé d'un

héraut et accompagné des quatre plus jeunes membres de la Société,

parcourait la ville, s'arrêtant aux hôtels des dames les plus

distinguées, pour les inviter à la fête. Le lendemain elles

assistaient à la _Vesprée_: une collation leur était offerte, et ainsi

réunies, elles voyaient arriver les combattants étrangers. Lorsque,

après s'être présentés avec les formalités d'usage, ils s'étaient

retirés, le Forestier montait à cheval avec ses compagnons, et allait,

en pompe, au bruit des instruments, souhaiter la bienvenue à ces

hôtes, chacun en leur logis, leur offrant courtoisement armures et

destriers.

Ces préliminaires avaient été remplis et le grand jour était venu. Les

membres de la Société de l'Ours-Blanc, qui devaient prendre part à la

lutte, se rassemblaient dans l'enceinte de l'abbaye d'Eechoute. Un

soudain mouvement de la foule annonce leur approche: couverts

d'armures brillantes et magnifiquement vêtus d'étoffe pareille, ils

s'avancent, montés chacun sur un de ces chevaux de bataille que

fournissait la Flandre, alors les plus renommés de l'univers; de

riches caparaçons et des housses de soie, couvraient presque

entièrement les robustes coursiers qui piaffaient et rongeaient le

frein.

Parmi les confrères de l'Ours-Blanc, on remarquait Louis de Bruges,

sire de la Gruthuse, qui fut prince de Steenhuse, comte de Wincester,

chevalier de la Toison d'or et, dont nous aurons plus d'une fois

l'occasion de parler; Pierre Metteneye ou de Mattinée, aussi distingué

dans les armes que dans les tournois, qui porta la bannière de Bruges

à la bataille de Brusthem et fut chevalier, seigneur de Marque,

conseiller et chambellan du duc de Bourgogne; Jean Breydel qui devait

ajouter à l'éclat d'un nom illustré, près de deux siècles auparavant,

à la bataille des Éperons, par la valeur qu'il déploya lui-même devant

Bude, sous l'héroïque bannière de Huniade; enfin l'époux de

Marguerite, à son second début. Adam de Haveskerque était du nombre

des combattants du dehors.

Tous avaient pris leur place, et l'on attendait impatiemment le

signal. Il est donné: les coursiers s'élancent! Qui ne retrouve, dans

sa pensée, une image de ce spectacle? Ces hommes couverts de fer, qui

fondent l'un sur l'autre, ces montures puissantes, plus acharnées

qu'eux au combat, les naseaux fumants, la crinière hérissée, faisant

retentir le sol sous leurs pieds; ces nuages de poussière, à travers

laquelle étincellent l'or et l'acier; ces lances qui se brisent et

volent en éclats: tout cela a été vingt fois décrit. Parmi les

spectateurs, la curiosité, l'attention étaient vives; quelquefois, un

cri s'élevait de toutes les poitrines. Les dames, suivant des yeux les

cavaliers dans leurs courses rapides, laissaient voir sur leurs traits

mobiles les sentiments dont elles étaient agitées, les alternatives de

crainte et d'espoir. Sur le jeune front de Marguerite vous eussiez lu

toutes les phases du combat où Anselme était engagé. Enfin elle

respire: mille voix proclament les vainqueurs. Anselme avait gagné le

cor qu'il reçut des mains de la duchesse; la lance échut à

Breydel; l'ours à d'Haveskerque.

Trois ans après, le futur baron de Corthuy conquit, à son tour, la

lance, aux acclamations de la foule, dont, sur cette même place, les

cris de mort devaient, un jour, l'accueillir. Ah! si l'avenir nous

était connu, sous quel poids nous marcherions courbés!

Anselme Adorne, Sire de Corthuy, Pèlerin De Terre-Sainte Sa Famille, Sa Vie, Ses Voyages Et Son Temps · 第 15 / 147 题