--JUILLET 1661--
Colbert engage Fouquet à vendre sa charge de procureur
général.--Magnificence du château de Vaux.--Fouquet y reçoit
Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans.--Influence de cette
princesse sur le roi.--Son caractère.--Elle est célébrée par La
Fontaine.--Loret décrit dans sa gazette la fête donnée par Fouquet
au duc et à la duchesse d'Orléans.--Projet de voyage en Bretagne
formé dès le 15 juillet.--Lettre de madame d'Asserac à ce
sujet.--Le surintendant continue d'embellir sa maison de
Saint-Mandé et son château de Vaux.--Loret décrit la fête donnée
par Fouquet à la reine d'Angleterre, au duc et à la duchesse
d'Orléans.--Naissance d'un fils de Fouquet.--Arrivée de
l'archevêque de Narbonne François Fouquet, à la cour.--L'évêque
d'Agde Louis Fouquet est nommé maître de l'Oratoire royal.
Lorsque la perte de Fouquet eut été résolue et que la reine mère y eut
consenti, le roi prit soin d'endormir le surintendant, de le bercer
d'espérances trompeuses et de le mettre hors d'état d'opposer une
sérieuse résistance. Sa charge de procureur général était un obstacle
aux projets de la cour: un des officiers du parlement ne pouvait être
jugé que par ce corps, et Fouquet y comptait trop de partisans pour
qu'on espérât en obtenir sa condamnation. On s'efforça donc de le
déterminer à donner sa démission de cette charge. Plusieurs de ceux qui
recevaient des pensions de Fouquet étaient vendus à ses ennemis, et le
conduisaient à sa perte en flattant sa vanité. Si l'on en croit l'abbé
de Choisy[971], Colbert et le roi lui-même s'unirent à eux. Colbert
feignit de se réconcilier avec Fouquet. Quant à Louis XIV, il témoigna
au surintendant la plus grande bienveillance après l'entrevue de
Dampierre; il l'envoyait chercher à toute heure, décidait d'après son
avis la plupart des questions, lui accordait toutes les grâces qu'il
demandait, et nommait son frère, l'évêque d'Agde, maître de l'Oratoire
de la chapelle royale.
Colbert, qui avait à cette époque de fréquentes relations avec Fouquet,
ne cessait de lui vanter la faveur du roi et de faire valoir toutes les
grâces qu'il lui accordait. Il l'engageait en même temps à témoigner sa
reconnaissance en remplissant l'épargne, sans avoir recours aux traités
avec les partisans, qui étaient si onéreux pour l'État. «Je vendrais de
bon cœur, lui dit Fouquet, tout ce que j'ai au monde pour donner de
l'argent au roi.» Sans le presser plus vivement, Colbert continua la
conversation, et eut soin de la faire tomber sur la charge de procureur
général. Fouquet lui dit qu'on lui en avait offert quinze cent mille
livres. «Mais, monsieur, reprit Colbert, est-ce que vous la voudriez
vendre? Il est vrai qu'elle vous est assez inutile: un surintendant
ministre n'a pas le temps de voir des procès.»
L'affaire n'alla pas plus loin pour le moment; mais ils y revinrent dans
la suite, et Fouquet, se croyant assuré des bonnes grâces du roi, dit
un jour à Colbert qu'il avait envie de vendre sa charge, pour en faire
un sacrifice au roi. Colbert applaudit à cette résolution, et Fouquet
alla sur-le-champ en faire part à Louis XIV, qui l'en remercia et
accepta l'offre sans balancer. «J'ai appris ces particularités, dit
l'abbé de Choisy, de Perrault, à qui Colbert les a contées plus d'une
fois.»
Tout en admettant le récit de l'abbé de Choisy, il ne faut pas oublier
que la vanité fut un des principaux mobiles de la conduite de Fouquet.
Des flatteurs, peut-être même de faux amis, lui firent entrevoir la
prochaine réalisation de ses vues ambitieuses. On annonçait qu'il allait
être élevé à la place de premier ministre; mais on ajoutait qu'il ne
pourrait y parvenir qu'en renonçant à la robe, et en devenant
exclusivement homme de cour. «Le roi, dit le jeune Brienne[972], lui fit
espérer de le faire chevalier de l'ordre, en le déclarant son principal
ministre, dès qu'il ne serait plus procureur général.» La vanité de
Fouquet fut flattée de la perspective de cet avenir brillant, où il
marcherait l'égal des seigneurs de la plus haute naissance, et
remplacerait la toge du magistrat par l'habit de cour. Dès le mois de
juillet 1661, il paraissait décidé à vendre sa charge de procureur
général. Gui Patin l'annonçait à Falconnet, et accompagnait cette
nouvelle de réflexions satiriques à son ordinaire. Il écrivait, le 12
juillet 1661: «Je viens d'apprendre que M. Fouquet a vendu sa
charge[973] de procureur général seize cent mille livres à M. de
Fieubet, maître des requêtes. On prétend par là qu'il est fort en crédit
près du roi, et qu'il est assuré d'autre chose, puisqu'il a abandonné le
Palais, qu'il sera ministre d'État ou chancelier de France, si la corde
ne rompt; mais d'autres soupçonnent pis.» Trois jours après, ces bruits
étaient démentis. Gui Patin l'annonçait le 15 juillet: «Le président
Miron m'a dit aujourd'hui que c'est un roman tout ce qu'on a dit de la
vente de la charge de procureur général, mais bien que l'on a remis en
bonne intelligence les deux frères, savoir, l'abbé Fouquet avec le
surintendant son frère, et néanmoins il croit que M. le surintendant se
défera de sa charge de procureur général, et qu'il y en a qui la
marchandent. Il ne faut plus que de l'argent pour être grand; la vertu
ne sert plus de rien:
Si fortuna volet, fies de rhetore consul[974].
_O fortuna, quantos tibi ludos facïs in vita mortalium_[975]!» Le roi ne
voulait pas seulement enlever à Fouquet la protection du parlement de
Paris, il fallait, pour achever de le désarmer, s'emparer de ses
forteresses de Bretagne. On n'a pas oublié quelle était la puissance de
Fouquet dans cette province. Maître de Belle-Île, du Croisie, de
Concarnau, de Guérande, du duché de Penthièvre, disposant par ses amis
des forteresses du Mont-Saint-Michel et de Tombelaine, il considérait la
Bretagne comme son royaume, et ses partisans flattaient sa vanité en
répétant qu'il en était le souverain. Il avait une cabale dans le
parlement de Bretagne. Le président de Maridor s'était engagé par écrit
à le défendre envers et contre tous. Le conseiller Amproux ne lui était
pas moins dévoué[976]. Si l'on ajoute que la flotte de l'Océan était
sous les ordres de l'amiral de Neuchèse, qui devait à Fouquet la charge
qu'il avait achetée, on pouvait craindre que cette province, de tout
temps peu docile au joug de la royauté, ne profitât de l'arrestation du
surintendant pour s'agiter et revendiquer ses vieilles libertés.
En présence de ce danger, Louis XIV agit avec prudence et dissimulation.
Comme les ressources pécuniaires manquaient, on proposa d'augmenter la
contribution des pays d'états. Cet impôt, déguisé sous le nom de don
gratuit, était voté par les assemblées provinciales. La présence du roi
parut nécessaire pour déterminer les états de Bretagne à faire un
sacrifice pécuniaire plus considérable[977], et Fouquet lui-même
conseilla au prince de se rendre à Nantes, où devait se réunir
l'assemblée de la province. Le voyage fut décidé dès la première moitié
du mois de juillet, comme le prouve la lettre suivante de madame
d'Asserac à Fouquet. Elle porte la date du 15 juillet: «Je savais, lui
écrit-elle[978], tout ci que M. Devaux[979] m'a voulu apprendre, et
personne ne prend plus de part que moi à la joie que vous doit donner le
bon état des choses. Votre prospérité augmentera sans doute plutôt que
de diminuer, du mérite que vous avez; mais, comme il ne se peut faire
autrement que la foule et les divertissements continuels n'accompagnent
vos pas partout et surtout en ce voyage que le roi va faire en Bretagne,
vous me dispenserez, s'il vous plaît, d'en être. Je ne m'accommode ni de
l'un ni de l'autre. Je vous suis très-obligée du souhait que vous faites
de me trouver en ce lieu, et sans doute j'y serais s'il y allait de vous
faire voir, par des services, comme je suis à vous.»
Fouquet se croyait, comme le disait madame d'Asserac, plus puissant que
jamais, et il s'abandonna sans frein aux deux passions qui le dominaient
et qui absorbaient tout l'argent qu'il volait à l'État, les femmes et
les bâtiments. Il avait acquis à Paris le magnifique hôtel construit par
le surintendant d'Émery, non loin du lieu où l'on a ouvert la place
Louis-le-Grand (aujourd'hui place Vendôme). Sa maison de Saint-Mandé se
composait primitivement de deux propriétés qu'il avait achetées de
madame de Beauvais, afin d'être à proximité de Vincennes, où le cardinal
Mazarin passait une partie des étés. Les jardins du surintendant
communiquaient avec le parc royal, et il pouvait se rendre au château en
les traversant. Peu à peu il donna à cette maison de plaisance de
Saint-Mandé des développements qui la transformèrent. Elle renfermait
six cours entourées de bâtiments, et n'était pas encore achevée lorsque
Fouquet fut arrêté. Il avait en soin de dissimuler la magnificence des
constructions du côté qui regardait Vincennes, afin de ne pas exciter
l'envie par cette maison bâtie à proximité et en quelque sorte sous
l'Å“il du roi; mais à l'intérieur elle faisait l'admiration des étrangers
par la beauté des galeries, la rareté des livres et la multitude
d'objets curieux que le surintendant y avait entassés[980]. Enfin le
château de Vaux, que Fouquet habitait pendant que la cour séjournait à
Fontainebleau, étalait une magnificence vraiment royale. Le surintendant
y reçut en juillet et en août 1661 le roi, les princes et la cour tout
entière. Ce fut d'abord la reine d'Angleterre, Henriette de France,
veuve de Charles 1er, sa fille Henriette d'Angleterre, et son gendre
Philippe de France, duc d'Orléans, qui honorèrent de leur présence le
château de Vaux et les fêtes données par le surintendant.
Henriette d'Angleterre, que les mémoires du temps appellent Madame,
passait alors pour avoir une grande influence sur son beau-frère, le roi
Louis XIV. La cabale de la comtesse de Soissons prétendait même qu'il
en était épris, et que ses assiduités auprès de mademoiselle de la
Vallière, fille d'honneur de Madame, servaient à couvrir ses relations
avec cette princesse. Mademoiselle du Fouilloux l'avait fait répéter
plusieurs fois à Fouquet par l'entremetteuse, en lui recommandant de
gagner la confiance et les bonnes grâces de la duchesse d'Orléans. Ces
bruits avaient pris une nouvelle consistance pendant le séjour de la
cour à Fontainebleau. Les promenades du roi et de Madame, qui se
prolongeaient pendant une partie des nuits, exerçaient la malignité des
courtisans. Il est vrai que mademoiselle de la Vallière était de toutes
ces fêtes, et que quelques esprits plus pénétrants devinaient que
c'était réellement à elle que s'adressaient les hommages du roi; mais la
foule s'y trompait et croyait à la puissance absolue d'Henriette
d'Angleterre sur Louis XIV. Fouquet était averti de tout par les espions
qu'il s'était ménagés dans la place.
Les lettres de la femme la Loy sont remplies de détails de cette nature,
que mademoiselle du Fouilloux la chargeait de transmettre au
surintendant ou qu'elle recueillait près des autres filles de la reine.
Le 4 juillet, elle avertissait Fouquet que la reine d'Angleterre avait
été appelée à Fontainebleau par la reine mère pour parler à sa fille
Henriette de sa conduite avec le roi, et faire cesser le scandale
qu'elle causait dans la cour. C'est de mademoiselle de la
Motte-d'Argencourt, qui était encore fille de la reine à cette époque,
que la femme la Loy tenait cette nouvelle. Elle y revient le 7 juillet,
et écrit à Fouquet[981]: «Ce que je voulais mander de la reine
d'Angleterre, c'est que l'on tient que son voyage n'est causé ici que
pour parler à Madame touchant le roi, et que c'est la reine mère qui
fait tout cela.»
Fouquet ne négligea rien pour gagner une princesse dont l'influence
pouvait contribuer à lui assurer la succession de Mazarin. Madame
brillait encore plus par l'esprit que par la beauté. «Elle avait
l'esprit solide et délicat, dit un des contemporains qui l'ont le mieux
connue[982], du bon sens, connaissant les choses fines, l'âme grande et
juste, éclairée sur tout ce qu'il faudrait faire, mais quelquefois ne le
faisant pas. Elle mêlait dans toute sa convention une douceur qu'on ne
trouvait point dans toutes les autres personnes royales. Ce n'est pas
qu'elle eût moins de majesté, mais elle en savait user d'une manière
plus facile et plus touchante, de sorte qu'avec tant de qualités toutes
divines, elle ne laissait pas d'être la plus humaine du monde. On eût
dit qu'elle s'appropriait les cœurs, au lieu de les laisser en commun,
et c'est ce qui a aisément donné sujet de croire qu'elle était bien aise
de plaire à tout le monde et d'engager toutes sortes de personnes. Pour
les traits de son visage, on n'en voit pas de si achevés; elle avait les
yeux vifs sans être rudes, la bouche admirable, le nez parfait. Son
teint était blanc et uni au delà de toute expression; sa taille
médiocre, mais fine. On eût dit qu'aussi bien que son âme, son esprit
animait tout son corps. Elle en avait jusqu'aux pieds, et dansait mieux
que femme du monde. Pour ce je ne sais quoi tant rebattu, donné si
souvent en pur don à tant de personnes indignes, ce je ne sais quoi qui
descendait d'abord jusqu'au fond des cÅ“urs, les délicats convenaient que
chez les autres il était copie, qu'il n'était original qu'en Madame;
enfin, quiconque l'approchait demeurait d'accord qu'on ne voyait rien de
plus parfait qu'elle.»
Pour gagner une pareille princesse, il fallait avoir recours aux
plaisirs qui charment l'esprit plus encore qu'à la magnificence qui
éblouit les yeux. Fouquet n'y manqua pas; il la fit célébrer par les
écrivains qui lui devaient un tribut, et, dans les fêtes qu'il lui
donna, les plaisirs de l'esprit ne furent pas oubliés. La Fontaine
chanta le mariage d'Henriette d'Angleterre avec Philippe de France. En
envoyant son ode à Fouquet, il lui écrivait:
«Monseigneur,
«Le zèle que vous avez pour toute la maison royale me fait espérer que
ce terme-ci vous sera plus agréable que pas un autre, et que vous
accorderez la protection qu'il vous demande. Avec ce passe-port, qui n'a
jamais été violé, il vous ira trouver sans rien craindre. J'y loue la
merveille que nous ont donnée les Anglais. Encore que sa naissance
vienne des dieux, ce n'est pas ce qui fait son plus grand mérite: mille
autres qualités, toutes excellentes, font qu'elle est l'ornement aussi
bien que l'admiration de notre cour. C'est ce qu'on peut dire de plus à
l'avantage de cette princesse; car notre cour est telle à présent, que
son approbation serait même glorieuse à la mère des Grâces.
L'entreprise de louer dans le même ouvrage le digne frère de notre
monarque était infiniment au-dessus de moi.»
L'ode où la Fontaine célèbre le mariage du frère du roi et de la
princesse d'Angleterre est, en effet, au-dessous du sujet. Le poëte n'a
pas le souffle lyrique: et, pour chanter la beauté et l'esprit
d'Henriette, il ne trouve que des vers sans originalité:
Elle reçut la beauté
De la reine de Cythère.
De Junon la majesté,
Des Grâces le don de plaire;
L'éclat fut pris du Soleil.
Et l'Aurore au teint vermeil
Donna les lèvres de roses.
Lorsque d'un mélange heureux
Le Ciel eut uni ces choses.
Il en devint amoureux.
Toute cette mythologie est bien languissante, et d'un pauvre effet.
J'aime mieux ces trois vers:
La princesse tient des cieux
Du moins autant par son âme
Que par l'éclat de ses veux.
Molière fut mieux inspiré que la Fontaine, lorsque Fouquet lui demanda
de composer une comédie pour la fête qu'il devait donner à la princesse.
Il écrivit à cette occasion un de ses premiers chefs-d'Å“uvre, qui fut
représenté à Vaux, au mois de juillet 1661, en présence des hôtes
illustres que recevait le surintendant.
Loret, qui touchait une pension de Fouquet, mais qui avait ordre, comme
il l'avoue lui-même, de modérer l'essor de sa muse burlesque en parlant
du surintendant, Loret put chanter en toute liberté, sur un ton moitié
sérieux, moitié bouffon, les magnificences de cette fête[983], qui
n'était que le prélude d'une réception encore plus brillante:
Fouquet, dont l'illustre mémoire
Vivra toujours dans notre histoire,
Fouquet, l'amour des beaux esprits,
Et dont un roman de grand prix
Dépeint le génie sublime
Sous le nom du _grand Cléonime_[984]:
Ce sage donc, ce libéral,
Du roi procureur général.
Et plein de hautes connaissances
Touchant l'État et les finances,
Lundi dernier traita la cour
En son délicieux séjour,
Qui la maison de Vaux s'appelle,
Où le Brun, de ce temps l'Apelle,
A mis (je ne le flatte point)
La peinture en son plus haut point,
Soit par les traits incomparables.
Les inventions admirables.
Et les dessins miraculeux,
Dont cet ouvrier merveilleux
Délicatement représente
L'inclination excellente
De ce sage seigneur de Vaux,
Qui par ses soins et ses travaux,
Ses nobles instincts, ses lumières.
Et cent qualités singulières.
Se fait aimer en ce bas lieu
Presqu'à l'égal d'un demi-dieu.
J'en pourrais dire davantage;
Mais à ce charmant personnage
Les éloges ne plaisent pas;
Les siens sont pour lui sans appas.
Il aime peu que l'on le loue,
Et, touchant ce sujet, j'avoue
Que l'excellent sieur Pellisson
M'a fait plusieurs fois ma leçon;
Mais, comme son rare mérite
Tout mon cœur puissamment excite,
Et que ce sujet m'est très-cher,
J'aurais peine à m'en empêcher.
Ici je passe sous silence
La multitude et l'excellence
Et même la diversité
Des jets d'eau, dont la quantité
Sont des choses toutes charmantes,
Sont des merveilles surprenantes,
Qui passent tout humain discours;
Et le soleil faisant son cours
Dessus et dessous l'antarctique
Ne voit rien de si magnifique;
C'est ainsi que me l'ont conté
Diverses gens de qualité.
Mais pour dire un mot des régales
Qu'il fit aux personnes royales[985]
Dans cette superbe maison,
Admirable en toute saison;
Après qu'on eut de plusieurs tables
Desservi cent mets délectables.
Tous confits en friands appas.
Qu'ici je ne dénombre pas,
Outre concerts et mélodie.
Il leur donna la comédie,
Savoir: l'_École des maris_,
Charme à présent de tout Paris,
Pièce nouvelle et fort prisée
Que sieur _Molier (sic)_ a composée.
Sujet si riant et si beau.
Qu'il fallut qu'à Fontainebleau
Cette troupe ayant la pratique
Du sérieux et du comique,
Pour reines et roi contenter,
L'allât encor représenter.
Tout semblait alors sourire à Fouquet. Sa femme lui donnait un fils,
dont la Fontaine chantait l'heureuse naissance[986]. Ses frères, réunis
à Paris, répandaient un nouveau lustre sur sa famille. L'archevêque de
Narbonne, François Fouquet, venait offrir à Louis XIV les hommages et le
don gratuit de la province de Languedoc[987]. L'évêque d'Agde, Louis
Fouquet, déjà aumônier du roi, achetait, avec les deniers que lui
fournissait son frère, la charge de maître de l'Oratoire du roi, qui le
mettait à la tête de tous les clercs de la chapelle royale. Le
surintendant se crut plus affermi que jamais: et, au lieu d'en profiter
pour remettre de l'ordre dans les finances, comme il l'avait promis à
Louis XIV, il ne songea qu'à s'abandonner aux plaisirs. Ce fut surtout à
cette époque que sa passion pour une des filles de la reine,
mademoiselle de Menneville, l'entraîna dans de scandaleuses
prodigalités.