--1656-1657--
Éloges donnés à l'administration financière de Fouquet par Mazarin
(1656).--Le surintendant se plaint des exigences de Mazarin et de
Colbert.--Les lettres de Mazarin à Colbert pendant l'année 1657
prouvent, que le cardinal et son intendant insistaient sans cesse
auprès de Fouquet pour en obtenir de l'argent.--Mazarin prélève des
pots-de-vin sur les marchés.--Fonds secrets, ou ordonnances de
comptant.--Mazarin fait payer par le surintendant ses dettes de
jeu.--Sommes énormes accumulées en huit ans par Mazarin.--Moyens
qu'employait Fouquet pour tromper Servien.--Connivence de son
commis Delorme.--Dilapidations de Fouquet.
Fouquet invoquait avec raison le témoignage favorable que Mazarin avait
rendu à son administration financière. Il suffit, pour s'en convaincre,
de parcourir les lettres du cardinal. Il écrivait, le 24 juillet 1656, à
l'abbé Fouquet: «J'ai été surpris de l'effort que M. le procureur
général a fait, et je reconnais de plus en plus qu'il fait bon d'avoir
des amis si zélés et effectifs comme lui et vous. Je suis fort touché de
la manière dont il en a usé, et, quoique je lui fasse mes remercîments,
je vous prie de les lui vouloir faire encore de ma part. Il eût été bon
de laisser à Paris une partie de la somme qu'il a envoyée ici; car il y
faut faire plusieurs dépenses pour les chevaux et pour les autres
choses que le sieur Colbert doit acheter, et quelque chose pour
l'artillerie, et je doute qu'on trouve à point nommé ce qui peut être
nécessaire pour cela.»
Fouquet n'avait pas seulement à pourvoir aux besoins des armées; il
fallait encore satisfaire aux exigences de Mazarin et de son intendant
Colbert. Il s'en plaint dans ses _Défenses_[449], et des documents
authentiques confirment ses assertions: «Sans mon crédit, sans mon
affection et sans les risques que j'ai courus, dont j'avais entre mes
papiers mille témoignages authentiques, par les lettres de M. le
cardinal, les affaires n'auraient pas réussi comme elles ont fait, et le
succès en aurait été bien plus avantageux si le sieur Colbert n'avait
pas eu soin d'amasser des trésors d'argent comptant et de les mettre
hors du commerce dans les lieux où ils se sont trouvés après la mort de
Son Éminence, sans qu'il ait paru aucune dette et sans ce qu'on n'a pas
encore divulgué. C'est ce qu'on doit appeler mauvaise disposition quand
il se trouve que tout l'État s'appauvrit et qu'un étranger seul met des
millions à couvert dedans et dehors le royaume, abusant de son autorité
absolue, et non pas en accuser un subalterne, qui n'agit que sous ses
ordres, qui se trouve sans biens, qui tâche de soutenir le crédit par
politique, se sentant intérieurement épuisé et consommé par un supérieur
insatiable.»
Il y a dans ce passage (et il serait facile d'en citer plusieurs
semblables) une double accusation: la première contre Mazarin, qui
enleva au trésor public les millions dont il enrichit sa famille, et la
seconde contre Colbert, qui, pour assurer au cardinal cette immense
fortune, exerçait sur le surintendant une oppression tyrannique. Nous
avons déjà vu que Colbert était l'intendant et l'homme de confiance de
Mazarin, qui lui avait remis le soin de ses affaires. Colbert ne songea,
pendant l'époque qui nous occupe, qu'à les faire prospérer, même aux
dépens de l'État. Mazarin s'était fait traitant sous des noms supposés;
il avançait des fonds qu'il se faisait rembourser, et il est certain
qu'il en tirait, comme tous les financiers, des bénéfices énormes,
quoiqu'il affirme qu'il ne demandât pas d'intérêts. Mazarin se chargeait
aussi de la fourniture des vivres pour les armées, et réalisait des
sommes considérables par ces spéculations. Fouquet eut le tort de se
prêter aux coupables exigences du ministre; mais il faut reconnaître que
la faute ne retombe pas sur lui seul. L'histoire serait injuste si elle
ne signalait pas les dilapidations d'un premier ministre tout-puissant.
La correspondance de Mazarin avec Colbert prouve que Fouquet essayait
quelquefois de résister. Le 23 mai 1657, Colbert écrivait au cardinal:
«Je ne manquerai pas de proposer à M. le procureur général d'assigner
les trois cent seize mille livres pour une année de Brisach[450] sur
l'aliénation des rentes sur les entrées; ce que je ne doute point qu'il
n'accepte, puisque cela le déchargera d'un grand argent qu'il serait
obligé de donner. J'ajouterai à cela que je trouvais que Votre Éminence
avait dans sa maison assez de bien sur le roi[451].» Mazarin lui
répondait en marge: «Il serait bien mieux d'avoir de l'argent comptant;
mais, au défaut de cela, une rente sur les entrées ne sera pas mauvaise,
parce que même on la pourra vendre. Souvenez-vous seulement que, pour
cela, M. le procureur général ne laissera pas de donner le reste en
argent comptant, ainsi qu'il a promis faire depuis longtemps.»
Fouquet, sans refuser positivement les rentes, montrait la difficulté
d'en procurer immédiatement. «J'ai parlé à M. le procureur général,
écrivait Colbert à Mazarin le 24 mai de la même année, pour me donner
des rentes, en déduisant les cinquante mille livres d'argent comptant
qu'il a promises, il y a si longtemps. Il m'a dit qu'il payerait dans
peu de jours les cinquante mille livres; mais que, pour les rentes, il
aurait beaucoup de peine à en pouvoir donner, pour ce qu'elles étaient
distribuées entièrement; qu'il allait néanmoins travailler à en retirer
pour la plus grande somme qu'il lui serait possible.»
Colbert voyait avec peine le cardinal s'engager dans les entreprises de
fournitures pour l'armée. Après avoir parlé d'autres affaires analogues,
il ajoutait: «J'oserais dire la même chose du pain de munition[452] de
l'armée de Catalogne, qui assurément donnera du déplaisir à Votre
Éminence. L'armée sera mal servie, le ménage sera peu considérable, et,
par-dessus tout, il coûtera une infinité d'argent à Votre Éminence.
Quand j'ai ouï parler de ce dessein, je croyais que le fonds de cette
fourniture se payerait par mois, comme les autres dépenses de la guerre;
mais M. le procureur général m'ayant dit qu'il lui était impossible de
donner autre chose que des assignations, et que Votre Éminence ne lui
avait demandé que cela, je commence à connaître que nous avancerons la
plus grande partie de cette fourniture, et peut-être tout entière, avant
que nous puissions recevoir aucune chose. Le recouvrement des
assignations ne se peut faire ensuite qu'avec quelque mauvais effet,
étant impossible d'empêcher que le nom de Votre Éminence ne paraisse
point, et que ceux sur qui on est assigné ne le publient partout, parce
qu'ils en tirent quelque considération. Par exemple, M. le procureur
général m'ayant dit qu'il assignerait cette dépense sur une fabrique de
menue monnaie que l'on va faire dans tout le royaume, il est impossible
d'empêcher que les traitants ne connaissent que ces assignations auront
été données pour le remboursement de Votre Éminence, et qu'ils ne disent
ensuite, dans toutes les provinces, que cette fabrique est pour elle.»
Mazarin, dans sa réponse à Colbert, insiste toujours pour être payé,
surtout en argent comptant: «Vous direz à M. le procureur général qu'il
m'avait fait espérer de ne donner pas seulement de bonnes assignations
pour le pain de Catalogne, mais aussi une partie en argent comptant,
puisque les garnisons ont été entretenues jusqu'à présent et que l'on a
fourni du pain à l'armée il y a déjà quelque temps. Je vous prie de lui
en parler et de le presser là-dessus, lui faisant connaître que, lors
même que l'on dépense le tiers davantage dans la fourniture du pain pour
celle de Catalogne, MM. les surintendants ne se sont jamais défendus de
donner à l'avance une somme d'argent comptant.»
Quant à la part qu'il prenait aux marchés avec les traitants, Mazarin
indique un moyen facile de la dissimuler: «On peut remédier à cet
inconvénient en faisant paraître le nom d'Albert ou tel autre que vous
jugerez à propos, étant absolument nécessaire que mon nom ne paraisse
pas.»
Le cardinal mettait la plus vive insistance pour presser le
remboursement de ses avances. Il écrivait encore à Colbert le 12 juin
1657: «M. le procureur général m'a mandé qu'il avait ajusté avec vous
diverses choses tendant à me rembourser, et M. l'abbé Fouquet, qui me
rendit sa lettre, me confirma la même chose de vive voix. Je serais bien
aise de savoir ce que c'est; et cependant je vous dirai que, par le
retour du même abbé, j'ai fort pressé le procureur général de me tenir
la parole qu'il m'a donnée de me sortir des avances que j'ai faites
depuis l'année passée, étant plus qu'équitable de le faire, au même
temps que, par la quantité d'affaires qu'on a faites en dernier lieu,
lui, procureur général, sort de tous les engagements où il était entré
pour le service du roi, avec une différence que je n'ai jamais tiré un
sol d'intérêt de tous les miens. Je vous prie de parler en cette
conformité et presser pour les deux cent mille écus qu'on a envoyés ou
qu'on doit envoyer en Allemagne. Il m'a écrit aussi qu'il emploierait
Contarini et Cenami[453] dans la fabrique des petites monnaies, et
l'abbé a ajouté qu'on avait ménagé en général un donatif[454], duquel je
pourrais disposer. Vous vous informerez donc de la chose, et vous saurez
aussi de Cenami si la compagnie qui veut entreprendre la chose fera le
donatif dont il m'a autrefois parlé.»
La correspondance de Mazarin et de Colbert est remplie de détails de
cette nature. Il s'agit toujours des avances faites par le cardinal et
de ses instances pour en être remboursé. Je me bornerai à une dernière
citation. Colbert écrivait au cardinal le 22 juin: «M. le procureur
général m'a dit qu'il faisait état de donner sur une affaire qu'il avait
proposée à Votre Éminence, qui regarde les intendances des finances,
trois cent mille livres pour le roi de Suède, le remboursement de ce qui
reste dû à Votre Éminence de l'année dernière et les cent mille livres
du pain de Piémont. Pour la garnison de Brisach, il m'a dit que, toutes
les rentes étant engagées, il n'en avait pu retirer que pour vingt-deux
mille cinq cents livres de rentes, faisant cent cinquante mille livres
en principal, et qu'il me ferait payer cinquante mille livres d'argent
comptant.»
Ces conditions ne satisfont pas encore Mazarin. Il répond à Colbert:
«Vous pourrez dire à M. le procureur général qu'il eût été bon que
j'eusse été remboursé de ces dernières avances sur des affaires faites,
et non pas sur celles qu'il projette de faire; et il me semble que, sans
présomption, je pourrais être considéré comme les autres, qui ont fait
des avances et qui ont été remboursés sur les dernières affaires qu'on a
faites et qui sont payés des intérêts jusques au dernier sol, pendant
que je ne sais pas ce que c'est que d'avoir un denier d'intérêt.»
Outre ces entreprises de fournitures pour les armées et les avances
faites à l'État, il y avait des fonds secrets dans lesquels Mazarin
puisait à pleines mains; on les appelait alors _ordonnances de
comptant_. Le roi, ou plutôt le ministre, écrivait sur l'ordonnance de
payement: «_Je sais le motif de cette dépense._» On en dérobait, autant
que possible, le contenu à Servien; quoique ce ministre fût spécialement
chargé des dépenses, c'était Fouquet qui en avait le secret. Mazarin
écrivait à Colbert, le 20 mai 1657: «Je vous envoie une ordonnance de
comptant de trois cent mille livres, de laquelle vous vous servirez
auprès de M. Servien, comme M. le procureur général vous dira, prenant
garde que autre personne que lui n'en ait connaissance. Cette ordonnance
regarde en partie M. le Tellier[455]; mais vous prendrez tel prétexte
avec M. Servien que vous concerterez avec ledit sieur procureur général,
afin qu'il paraisse que cela regarde les affaires générales plus que
les particulières des personnes que le roi a résolu de gratifier.»
Dans la même lettre, le cardinal insistait encore pour le payement de
diverses sommes, et entre autres de celles qu'il avait perdues au jeu;
c'était toujours à Nicolas Fouquet que Colbert devait s'adresser pour
obtenir les remboursements. «Je crois, écrivait Mazarin à son intendant,
que cette lettre vous arrivera plutôt que le maréchal de Gramont, qui
vous présentera deux billets de ma part et plusieurs ordonnances,
desquelles vous recevrez ci-joint un mémoire que le sieur de
Villacerf[445a] a fait. Un des billets est pour payer huit mille et tant
de livres qu'il m'a gagnées, et vous reprendrez cette somme sur le fonds
que je vous ai mandé. L'autre est pour parler de ma part, à M. le
procureur général, pour faire acquitter les ordonnances qui regardent le
maréchal sur le courant de ce mois et du prochain,» etc.
Fouquet, contraint d'obéir aux exigences du cardinal, a voulu lui faire
supporter la plus grande part de la responsabilité de son
administration. «Chacun sait, dit-il dans ses _Défenses_, que, durant ma
surintendance, défunt M. le cardinal Mazarin, en qualité de premier
ministre, gouvernait absolument, avec la permission et sous l'autorité
du roi, toutes les affaires de France et même celles de finances, de
manière que l'on peut dire avec vérité qu'il était le premier et
principal ordonnateur, et que je n'agissais que sous ses ordres, et que
ceux qui ont eu quelque part dans la direction des finances, du vivant
dudit sieur cardinal, savent et peuvent certifier que le détail des
trois quarts de la fonction de surintendant, et la recette et dépense
des deniers les plus clairs du royaume, se faisaient en son hôtel et sur
ses ordres par le ministère dudit sieur Colbert, de Ondedei, Roze,
Roussereau, Villacerf, le Bas[456], Berryer, Picon[457], et autres qui
agissaient sous lui dans les affaires.»
Dans un autre passage de ses _Défenses_[458], Fouquet indique quel fut
pour Mazarin le résultat de cette administration, dont il était
l'arbitre souverain: «L'extrême nécessité dudit sieur cardinal Mazarin,
en 1653, est publique; son extrême richesse depuis ce temps-là paraît en
partie par les mariages de ses nièces, par la lecture de ce mystérieux
testament que l'on a tenu caché jusqu'à présent, contre tout ordre et
raison, par autorité absolue.» Les mariages dont parle Fouquet avaient
placé les nièces de Mazarin dans les maisons de Condé, de Modène, de
Savoie-Carignan, de La Meilleraye, etc. Quant à son testament, on a
évalué à plus de trois cents millions de notre monnaie les sommes que
Mazarin avait accumulées en huit ans.
En faisant les affaires du cardinal, le surintendant ne négligeait pas
les siennes, Colbert, qui, dès cette époque, surveillait sa conduite,
nous apprend comment Fouquet trompait la vigilance de son collègue
Servien. Il accuse surtout un commis de Servien, nommé Delorme, d'avoir
été complice de Fouquet, mais en couvrant habilement sa connivence sous
le masque de l'opposition. Delorme répétait à Servien, dit Colbert[459],
«qu'il devait toujours être en garde contre les actes d'un esprit
entreprenant et de grande cabale, et ne laissait pas de lui faire faire
tout ce que le sieur Fouquet désirait. La première affaire considérable
qu'il fit par cette intrigue fut la ferme générale des gabelles. Deux
compagnies se présentèrent pour cette grande ferme: la première, celle
du sieur Cusot, qui était plus agréable à M. Servien, et celle du sieur
Girardin, qui était accommodé surtout avec Fouquet. Dès la première
direction[460], où l'on parla de cette affaire, avant que M. Servien se
fut prononcé, le sieur Fouquet se déclara pour Cusot, dit que cette
ferme ne pouvait être mieux régie que par lui et qu'il la lui voulait
donner. Delorme exagéra le déplaisir que M. Servien recevrait de cette
déclaration du sieur Fouquet, en lui faisant connaître que, s'il ne
s'opposait fortement aux commencements, l'autre s'attirerait toute
l'autorité; il le fit ainsi résoudre à donner l'exclusion à Cusot et à
faire tomber la ferme à Girardin.
«Cette déclaration connue, Fouquet s'y oppose fortement et veut toujours
que Cusot soit préféré. Lorsque ces contrariétés furent assez
ressenties pour en faire une affaire considérable entre les deux
surintendants, le sieur de Lyonne, neveu du sieur Servien, qui s'était
accommodé avec le sieur Fouquet pour jouer un rôle en cette comédie, est
proposé par Delorme pour s'entremettre de l'accommodement, dans lequel
le sieur Servien avait la satisfaction de donner la ferme au sieur
Girardin, qui était l'homme de Fouquet; mais aussi le sieur Servien fit
une affaire considérable pour le sieur Fouquet, pour le récompenser de
ce qu'il s'était relâché, et lui délaissa une gratification considérable
pour sa favorable entremise. Le sieur Delorme, qui avait donné un
conseil dont le succès avait été si avantageux, devint le confident et
le patron jusque-là qu'après que cette comédie fut entièrement finie par
le partage des fonctions de la surintendance, le sieur Servien le mena
lui-même chez le sieur Fouquet, le conjurant instamment de le prendre
pour son commis, et le lui recommanda comme le plus fidèle ami qu'il eût
jamais eu.»
Il est difficile de supposer que Colbert ait complétement inventé les
faits dans un Mémoire destiné à Louis XIV; mais, lors même qu'on
l'admettrait, il existe contre le surintendant d'autres accusations dont
il ne s'est pas lavé. Ainsi, il est constant qu'il prélevait sur les
fermes des impôts des pensions considérables. Pour n'en citer que
quelques-unes, il recevait des fermiers des aides[461] cent quarante
mille livres par an. Deux des commis de Fouquet, en exigeant des
fermiers qu'ils payassent cette pension au surintendant, y ajoutèrent
pour eux-mêmes une somme de vingt mille livres. Les fermiers qui se
soumettaient à ces conditions s'en vengeaient sur le peuple, et c'était
lui qui, en dernière analyse, portait tout le fardeau. Les fermiers des
gabelles, ou de l'impôt sur le sel, payaient à Fouquet une pension
annuelle de cent vingt mille livres; ceux du _convoi de Bordeaux_[462],
cinquante mille, etc. Fouquet disait, il est vrai, pour sa défense,
qu'une partie de ces pensions était destinée au cardinal Mazarin, qui
n'en donnait jamais de reçus. Le fait est constant, d'après les lettres
que nous avons citées; mais il n'en reste pas moins établi que le
surintendant participait à ces profits illicites.
Il est également constaté par les pièces du procès que Fouquet, comme
Mazarin, prenait à ferme des impôts sous des noms supposés; ainsi il
avait la ferme des octrois, les péages, ou douanes, appelés _parisis_,
l'impôt sur les sucres et les cires de Rouen, etc. Enfin il se servait
des sommes énormes qu'il dérobait ainsi au trésor pour faire des avances
à l'État, toujours sous de faux noms, et il se les faisait rembourser
avec des intérêts usuraires. Ce qui rend encore plus odieuses ces
dilapidations, c'est l'usage qu'en faisaient le surintendant et son
frère l'abbé Fouquet; elles servaient à payer leurs débauches, leurs
palais somptueux et les fortifications qu'ils élevaient pour se mettre à
l'abri de la vengeance royale.