CADIO. Je vais t'amener le cheval au bout du jardin, (Il sort.)

MARIE. Et moi, je vous reconduis jusqu'à la porte de l'enclos.

HENRI, sur le seuil du jardin, tenant la main de Marie. Eh bien, il est

charmant, ce jardin abandonné; comme il est couvert et touffu! Qu'est-ce

que c'est que ces grandes feuilles qui poussent jusque sur les marches

de la maison?

MARIE. C'est de l'acanthe; comme c'est beau! et voilà des orties, des

fraises, des oeillets, des ronces... Oh! que tout cela est nouveau pour

moi! Je ne croyais pas revoir jamais un brin d'herbe, et je vois des

feuilles, des fleurs... Et ces grands horizons bleus, ce sont des

bois?... J'ai les yeux affaiblis, tout m'éblouit à présent; il me semble

que je nage dans un rayon de soleil comme ces mouches qui commencent à

bourdonner. Comme elles chantent bien, n'est-ce pas? Je ne chantais pas

si bien que cela sur ma tourelle! Pourvu qu'on ne me reprenne pas!...

Ah! j'ai peur! Voyez ce que c'est que le bonheur, on devient lâche tout

de suite.

HENRI. Oh! vous, vous ne le serez jamais! et moi, je suis heureux aussi,

allez, de vous avoir conduite à bon port dans ce joli nid de verdure.

Adieu, Marie! non, au revoir! Reposez-vous; ce soir, nous causerons.

Cadio · 第 58 / 85 题