Puis septembre arriva, l'armée sous Metz, le blocus, et cette longue
halte dans la boue où les canons se rouillaient, où les premières
troupes du monde, démoralisées par l'inaction, le manque de vivres, de
nouvelles, mouraient de fièvre et d'ennui au pied de leurs faisceaux.
Ni chefs ni soldats, personne ne croyait plus; seul, Hornus avait
encore confiance. Sa loque tricolore lui tenait heu de tout, et
tant qu'il la sentait là, il lui semblait que rien n'était perdu.
Malheureusement, comme on ne se battait plus, le colonel gardait le
drapeau chez lui dans un des faubourgs de Metz; et le brave Hornus
était à peu près comme une mère qui a son enfant en nourrice. Il y
pensait sans cesse. Alors, quand l'ennui le tenait trop fort, il s'en
allait à Metz tout d'une course, et rien que de l'avoir vu toujours à
la même place, bien tranquille contre le mur, il s'en revenait plein de
courage, de patience, rapportant, sous sa tente trempée, des rêves de
bataille, de marche en avant, avec les trois couleurs toutes grandes
déployées flottant là-bas sur les tranchées prussiennes.
Un ordre du jour du maréchal Bazaine fit crouler ces illusions. Un
matin, Hornus, en s'éveillant, vit tout le camp en rumeur, les soldats
par groupes, très animés, s'excitant, avec des cris de rage, des poings
levés tous du même côté de la ville, comme si leur colère désignait
un coupable. On criait: «Enlevons-le!... Qu'on le fusille!...» Et les
officiers laissaient dire... Ils marchaient à l'écart, la tête basse,
comme s'ils avaient eu honte devant leurs hommes. C'était honteux, en
effet. On venait de lire à cent cinquante mille soldats, bien armés,
encore valides, l'ordre du maréchal qui les livrait à l'ennemi sans
combat.
«Et les drapeaux?» demanda Hornus en pâlissant... Les drapeaux étaient
livrés avec le reste, avec les fusils, ce qui restait des équipages,
tout...
«To... To... Tonnerre de Dieu!... bégaya le pauvre homme. Ils n'auront
toujours pas le mien...» et il se mit à courir du côté de la ville.