Une femme dit: «Je veux être respectée.»

On doit se garder de se méprendre sur le sens de ces paroles. Elle fait

allusion à un respect de forme, de détail, qui donne plus de prix au

manque de respect ardemment sollicité par toutes les forces puissantes

d’humiliation qui sont dans l’instinct de la femme. Elle a un grand

désir de défaite. Sa défaite lui sera d’autant plus chère que nous lui

aurons donné l’illusion de la victoire par notre politesse dans les

conversations générales devant d’autres personnes, par notre galanterie

tendre quand nous sommes seuls, mais seuls dans des endroits comme le

théâtre ou les promenades, où le manque de respect ne peut pas se

manifester librement.

Dès que nous sommes séparés du monde extérieur par une porte fermée et

que grâce à une entente inavouée, mais certaine, nous sommes réunis avec

la délicate bien-aimée pour nous consacrer à l’amour, nous pouvons nous

permettre impunément des actes d’une irrévérence sans mesure. Des gestes

dont l’audace dépassera la nôtre nous assureront aussitôt que nous

sommes loin d’avoir atteint les limites permises.

Le respect est pour le monde ou pour le domaine de la convention

sentimentale. Il faut, pensent les femmes, changer de ton selon l’heure

qui convient, et elles ne sont nullement gênées de leur brusque

transformation, tandis que nous nous croyons obligés, à leur égard, à

des réticences et à des excuses.

* * * * *

Beaucoup de plaisirs physiques sont des simulacres. Cela tient à ce que

la nature est avare des joies qu’elle nous donne. Nous avons honte de

cette avarice. Nous nous flattons d’une capacité de bonheur que nous

n’avons pas.

Il ne faut pas laisser aux femmes le privilège de ces simulacres de

plaisir. L’on aime d’autant plus que l’on croit dispenser une immense

volupté. A tout instant, dans l’amour physique, la femme donne les

signes d’un bonheur qui n’est pas croyable. Ce n’est qu’à la réflexion

que nous cessons d’en être dupe. Mais un doute plane et nous l’aimons

davantage pour cela. Faisons comme elle.

Il est vain pourtant, quand on est dans les bras l’un de l’autre, à une

heure tardive de la nuit, si votre maîtresse vous demande: «As-tu

sommeil?» de lui répondre: «Certes non!» avec une intonation exaltée

pour lui faire croire qu’on passera toute la nuit dans une extase divine

de volupté, surtout si, quelques instants après, une respiration

régulière trahit le sommeil profond dont on est frappé.

La conquête des femmes: Conseils à un jeune homme · 第 29 / 73 题