Car Colette Hoguet est une personne redoutable. Fraîche et saine,
poupée un peu, puisqu'il le faut, mais femme surtout, elle n'entend pas
qu'on aille au paradis par quatre chemins, n'en veut connaître qu'un,
qu'elle juge le meilleur parce qu'il est le plus direct, et déplore,
acharnée à la simplicité de la bonne voie, la tricherie des sentiers.
Il y a dans cette Parisienne quelque chose d'une naïve et rude
paysanne. Elle a horreur des subterfuges, des restrictions. Franchement
assoiffée, elle ne saurait s'accommoder du goutte-à-goutte. Elle a
des soudainetés de tendresse, pareilles à des prises de possession,
qui bafouent les flirtations méthodiques; les seuls agenouillements
qu'elle tolère sont ceux qui se relèvent très vite jusqu'à joindre
les lèvres aux lèvres; son lit prend les chaises longues en pitié.
D'autres amoureuses se divertissent des commencements prolongés,
aucun achèvement ne dût-il les suivre, se plaisent aux attentes
déçues, approuvent que l'homme se féminise jusqu'à l'inégalité et au
contretemps dans le plaisir. Vous pouvez triompher auprès de celles-là,
frêles amants, chez qui la ruse supplée à la vigueur fléchie! Si
vous n'êtes point, dans leur raffiné enfer, le Styx qui les embrasse
neuf fois, vous savez y avoir des souplesses de Proserpine qui leur
suffisent; il s'établit une inavouée correspondance entre leur dédain
de la joie véritable et votre incapacité de la donner; leur désir,
dans sa perversion, s'amuse d'être toujours trompé. Mais craignez
d'affronter, ô pusillanimes jeunes hommes, l'amour de Colette Hoguet,
ou celui de ses semblables! Il est comme un marchand loyal qui, en
échange de marchandises non frelatées, exige d'être payé comptant;
l'équivalent de ce qu'il offre, il veut le recevoir, ne faisant jamais
crédit; et c'est Colette qui, un matin, après trois heures d'illusoires
caresses, tandis que, pareil à un débiteur insolvable qui s'acharne
à retourner ses poches, l'amant s'attardait encore en d'adroites
pâmoisons,--s'écria, pleine de mépris: «Eh bien! monsieur, j'attends!»