I
--Eh bien, demanda Lila Biscuit en entrant, comme midi sonnait à la
pendule de Saxe, dans la chambre de Colette Hoguet, qu'est-il advenu?
Es-tu ravie, es-tu désappointée? L'amoureux d'hier s'est-il montré
digne de ta confiance, ou bien en es-tu déjà au regret de lui avoir été
miséricordieuse?
--Vois toi-même, dit Colette Hoguet, en découvrant, dans un
demi-bâillement, joli comme un sourire, toutes ses fraîches dents
aiguës.
Lila baissa la tête vers la table de nuit, où les bouts de deux
cigarettes roses s'alignaient sur le marbre parmi les fines cendres
éparses.
--Quoi! dit-elle, deux cigarettes seulement?
--Et encore, soupira Colette, je pense que je me suis un peu trop hâtée
de fumer la seconde.
--Ho! voilà qui est tout à fait médiocre. A quelles apparences
pourra-t-on se fier désormais?
Mais ceci paraîtrait incompréhensible si je ne vous révélais sans
retard une manie, plus ingénieuse qu'ingénue, à laquelle Colette Hoguet
se montre singulièrement attachée.
Chaque fois qu'elle est pleinement satisfaite d'un baiser qu'elle a
permis, pleinement satisfaite ou à peu près,--ayant des indulgences,
sachant faire la part des inévitables désaccords,--elle allume et fume
une cigarette; le vide laissé par l'exhalaison du soupir suprême est
tout de suite rempli par un papelito; et, le lendemain, elle estime,
au nombre des bouts de papier rose exactement rangés, la valeur tendre
et ferme du compagnon nocturne.