Je partage, madame, avec une vraie sensibilité, votre inquiétude sur la
maladie de M^lle Simonin. Son état infortuné m'avait toujours infiniment
touché; mais le détail que vous avez eu la bonté de me faire de ses
qualités et de ses sentiments, me prévient tellement en sa faveur, qu'il
me serait impossible de n'y pas prendre le plus vif intérêt: ainsi, loin
que je puisse changer de sentiments à son égard, chargez-vous, je vous
prie, de lui répéter ceux que je vous ai marqués par mes lettres, et qui
ne souffriront aucune altération. J'ai cru qu'il était prudent de ne lui
point écrire, afin de lui ôter toute occasion de s'occuper à faire une
réponse. Il n'est pas douteux que tout genre d'occupation lui est
préjudiciable dans son état d'infirmité; et si j'avais quelque pouvoir
sur elle, je m'en servirais pour le lui interdire. Je ne puis mieux
m'adresser qu'à vous-même, madame, pour lui faire connaître ce que je
pense à cet égard. Ce n'est pas que je ne fusse charmé de recevoir de
ses nouvelles par elle-même; mais je ne pourrais approuver en elle une
action de pure bienséance, qui pût contribuer au retardement de sa
guérison. L'intérêt que vous y prenez, madame, me dispense de vous prier
encore une fois de la modérer sur ce point. Soyez toujours persuadée de
ma sincère affection pour elle, et de l'estime particulière, et de la
considération véritable avec laquelle j'ai l'honneur d'être, madame,
votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Ce 25 avril 1760.
_P. S._ Incessamment j'écrirai à un de mes amis, à qui vous pourrez vous
adresser pour M^me de T***[40]. Il se nomme M. Grimm, secrétaire des
commandements de M. le duc d'Orléans, et demeure rue Neuve-de-Luxembourg,
près la rue Saint-Honoré, à Paris. Je lui donnerai avis que vous prendrez
la peine de passer chez lui, et lui marquerai que je vous ai d'extrêmes
obligations, et que je ne désire rien tant que de vous en marquer ma
reconnaissance. Il ne dîne pas ordinairement chez lui.