LETTRE DE MADAME MADIN À M. LE MARQUIS DE CROISMARE.

Monsieur, combien j'ai souffert depuis que je n'ai eu l'honneur de vous

écrire! Je n'ai jamais pu prendre sur moi de vous faire part de ma

peine, et j'espère que vous me saurez gré de n'avoir pas mis votre âme

sensible à une épreuve aussi cruelle. Vous savez combien elle m'était

chère. Imaginez-vous, monsieur, que je l'aurai vue près de quinze jours

de suite pencher vers sa fin, au milieu des douleurs les plus aiguës.

Enfin, Dieu a pris, je crois, pitié d'elle et de moi. La pauvre

malheureuse est encore; mais ce ne peut être pour longtemps. Ses forces

sont épuisées, elle ne parle presque plus, ses yeux ont peine à

s'ouvrir. Il ne lui reste que sa patience, qui ne l'a point abandonnée.

Si celle-là n'est pas sauvée, que deviendrons-nous? L'espoir que j'avais

de sa guérison a disparu tout à coup. Il s'était formé un abcès au côté,

qui faisait un progrès sourd depuis sa chute. Elle n'a pas voulu

souffrir qu'on l'ouvrît à temps, et quand elle a pu s'y résoudre, il

était trop tard. Elle sent arriver son dernier moment; elle m'éloigne;

et je vous avoue que je ne suis pas en état de soutenir ce spectacle.

Elle fut administrée hier entre dix et onze heures du soir. Ce fut elle

qui le demanda. Après cette triste cérémonie, je restai seule à côté de

son lit. Elle m'entendit soupirer, elle chercha ma main, je la lui

donnai; elle la prit, la porta contre ses lèvres, et m'attirant vers

elle, elle me dit, si bas que j'avais peine à l'entendre: «Maman, encore

une grâce.

--Laquelle, mon enfant?

--Me bénir, et vous en aller.»

La religieuse · 第 27 / 33 题