LETTRE DE M. LE MARQUIS DE CROISMARE À MADAME MADIN.

Madame, votre projet pour M^lle Simonin me paraît très-louable, et me

plaît d'autant plus, que je souhaiterais ardemment de la voir, dans son

infortune, assurée d'un état un peu passable. Je ne désespère pas de

trouver quelque ami qui puisse agir auprès de M^me de T***[37] ou du

médecin A*** ou du secrétaire du feu cardinal, mais cela demande du

temps et des précautions, tant pour éviter d'éventer le secret, que pour

m'assurer la discrétion des personnes auxquelles je pense que je

pourrais m'adresser. Je ne perdrai point cela de vue: en attendant, si

M^lle Simonin persiste dans ses mêmes sentiments, et si sa santé est

assez rétablie, rien ne doit l'empêcher de partir; elle me trouvera

toujours dans les mêmes dispositions que je lui ai marquées, et dans le

même zèle à lui adoucir, s'il se peut, l'amertume de son sort. La

situation de mes affaires et les malheurs du temps m'obligent de me

tenir fort retiré à la campagne avec mes enfants, pour raison

d'économie; ainsi nous y vivons avec beaucoup de simplicité. C'est

pourquoi M^lle Simonin pourra se dispenser de faire de la dépense en

habillements ni si propres ni si chers; le commun peut suffire en ce

pays. C'est dans cette campagne et dans cet état uni et simple qu'elle

me trouvera, et où je souhaite qu'elle puisse goûter quelque douceur et

quelque agrément, malgré les précautions gênantes que je serai obligé

d'observer à son égard. Vous aurez la bonté, madame, de m'instruire de

son départ; et de peur qu'elle n'eût égaré l'adresse que je lui avais

envoyée, c'est chez M. Gassion, vis-à-vis la place Royale, à Caen.

Cependant si je suis instruit à temps du jour de son arrivée, elle

trouvera quelqu'un pour la conduire ici sans s'arrêter.

J'ai l'honneur d'être, madame, votre très-humble et très-obéissant

serviteur.

Ce 31 mars 1760.

La religieuse · 第 24 / 33 题