Jupiter la plus grande de toutes les Planetes de notre Systême,
parcourt en 4331 jours, ou 12 ans, en comptant rondement, une Orbite,
dont le demi-diametre, en sa moyenne quantité, ou la distance moyenne
du Soleil, est de 156. millions de lieues. Son diametre est dix fois
plus grand que celui de la Terre. La pesanteur des corps qui tendent
vers le centre de cette Planete, ou l'espace qu'ils parcourent en
tombant directement sur elle, se peut calculer.
[Maniére de calculer la pesanteur des corps qui tombent sur la surface
de Jupiter.]
Pour cet effet, l'on cherche premiérement le tems périodique d'un
Satellite qui raseroit la surface de Jupiter, ce qui se trouve par
cette règle: Comme le cube de 25 1/3 de demi-diametres de Jupiter,
(qui font la distance du quatrième Satellite), est au quarré de son
tems périodique, qui est de 16 2/3 de jours; ainsi le cube d'un seul
sémi-diametre de Jupiter est au quarré du tems périodique qu'on
cherche. On trouve par-là qu'un tel Satellite acheveroit sa période
autour de Jupiter, près de sa surface, en 193 à 194 minutes.
Comme toutes sortes de pesanteurs sont en raison directe des rayons
des cercles que décrivent les corps pesants, sans tomber, & en raison
inverse des quarrés des tems périodiques, on détermine la quantité
de la pesanteur de ces corps sur Jupiter de cette maniére: Comme 1
sémi-diametre de la Terre est à 10 1/2 des mêmes sémi-diametres, qui
sont la mesure de celui de Jupiter; ainsi 15 1/12 de pieds de chûte
sur la Terre, pendant la premiére seconde, sont à 158 3/8 de pieds de
chûte sur Jupiter pendant la premiére seconde, si les tems périodiques
des Satellites aux surfaces de Jupiter & de la Terre sont égaux. Mais
ayant trouvé ci-dessus que le tems périodique d'un Satellite de la
Terre, auprès de sa surface, est de 84 2/5 de minutes, il en faut venir
à cette derniére règle: Comme le quarré de 193 1/2 de minutes est au
quarré de 84 2/5 de minutes; ainsi 158 3/8 de pieds de chûte, (si les
deux périodes sont égales) sont à 30 pieds de chûte véritable sur
Jupiter. Le pendule à secondes sera donc en Jupiter de 7 pieds & 1/2.
Ces mêmes considérations nous font aussi voir que le diametre polaire,
ou l'axe de rotation de Jupiter, est plus petit que celui de son
équateur, & que cette différence doit être bien plus sensible sur
la surface de Jupiter, que sur celle de la Terre. La révolution
journaliére de Jupiter est de 9 heures 56 minutes; & la révolution
du plus bas Satellite, qui pourroit être autour de lui, ayant été
trouvée de 194 minutes, qui n'est quasi que le tiers de sa révolution
journaliére, sa pesanteur restante, c'est-à-dire, diminuée par les
forces centrifuges sous l'équinoxiale de Jupiter, sera à la pesanteur
primitive (en supposant la figure de Jupiter exactement sphérique)
comme 8 sont à 9. C'est ce qui donne la proportion du petit axe au
grand, à peu de chose près, comme 17 sont à 18, en dressant le calcul
selon les principes de Mrs. Huygens & Herman, & comme 7 à 8, en suivant
ceux de Neuton, fondés sur la gravitation mutuelle de toutes les
parties intérieures de la Planete. Le sentiment de Neuton semble être
appuyé par les Observations de Mr. Cassini, le Pere, rapportées à la
fin de la XIX. Proposition du III. Livre de sa Philosophie, où il est
dit, que le diametre de Jupiter d'Orient en Occident est visiblement
plus grand que celui du Sud au Nord.
Les bandes obscures de Jupiter, couchées le long de son disque, &
toujours parallèles, à-peu-près, à son équateur, sont représentées par
les deux Figures suivantes.
[Illustration]
Cet équateur ne fait avec l'orbite de Jupiter qu'une obliquité de 2.
deg. 55. min. au lieu que la nôtre est de 23. deg. & demi. Ces bandes
semblent n'être que des exhalaisons, qui, en s'élevant & se joignant
ensemble, prennent une figure circulaire. Il est vrai qu'elles ne se
produisent jamais toutes entiéres à la fois, témoin surtout cette
bande Méridionale, qui renaît quasi de six en six ans, & qui nous
ramene toujours une tache noire, située à son bord Septentrional, comme
cela est arrivé aux années 1665. 1677. 1713. au mois de Septembre, &
aux années 1672. & 1708. au mois d'Avril. En comparant les anciennes
Observations avec celles qui ont été faites en dernier lieu, on
remarque que ces bandes, qui avoient d'abord paru subir des changemens
tout-à-fait bizarres, & ne suivre aucune règle, ne laissent pas d'avoir
des retours assez réguliers, qui nous mettront peut-être un jour en
état de prédire leurs apparences avec la même certitude qu'on peut
calculer les Eclipses.
[Remarque sur la tache noire de Jupiter.]
La bande dont nous venons de parler, accompagnée de la tache noire,
se présente ordinairement, quand Jupiter est aux derniers degrés de
la Vierge & des Poissons, vers le tems qu'il a été en opposition avec
cet Astre. Ce qu'il y a de plus particulier, c'est que ces apparences
suivent plutôt le vrai mouvement de Jupiter que le moyen; car on voit
bien que depuis l'opposition de cette Planete avec le Soleil au Signe
des Poissons jusqu'à celle qui se fait au Signe de la Vierge, il se
passe 6 ans & demi, & 5 seulement & demi de celle-ci au retour de
la premiére, le tout faisant ensemble 12 années, pendant lesquelles
s'acheve la révolution de Jupiter. Ceci fait voir que, si l'on pouvoit
marquer tous les changemens qui surviennent à ces bandes, & qui sont
sans doute affectés à certains Signes du Zodiaque, aussi-bien que le
Phénomêne de la tache noire, on auroit lieu d'espérer, que l'ordre de
leur retour se pourroit prédire, comme celui de cette tache.
C'est principalement à cette même tache que nous sommes redevables
de la connoissance que nous avons de la révolution journaliére de
Jupiter, dont la vîtesse nous surprendroit, sans doute, par rapport à
la grandeur de son corps, si Mr. de Mairan n'en avoit pas démontré la
possibilité, dans un savant Mémoire inséré dans ceux de l'Académie de
l'Année 1729. où il démontre que la différence qu'il y a entre le poids
de la partie inférieure d'une Planete, qui est tournée vers le Soleil,
& celui de la supérieure qui ne l'est pas, est capable de produire sa
rotation d'Occident en Orient.
Cette tache est aussi connue aux Astronomes, que la situation d'une
célèbre Ville aux Géographes; & on en a déterminé la Latitude
Méridionale sur la surface de Jupiter d'environ 16. degrés, comme l'on
détermine celle de quelque Place remarquable sur la Terre. Il est vrai
qu'en observant ses révolutions au milieu de son parallèle exposé
vers nous, on a trouvé qu'elles n'étoient pas tout-à-fait les mêmes, &
qu'elles différoient de quelques secondes, quoiqu'il soit très-naturel
de les supposer toujours égales entr'elles, comme sont celles de la
Terre; mais cela n'est pas de conséquence, & dans une recherche de
cette nature, bien loin de blâmer les Astronomes, on doit admirer leur
sagacité, & leur savoir bon gré de ne différer entr'eux qu'en secondes.
[Pourquoi les Satellites de Jupiter semblent quelquefois moins grands.]
Les Satellites de Jupiter, & sur-tout le quatrième, étant tournés vers
nous, ont des taches obscures, qui les font paroître quelquefois bien
plus petits qu'ils ne sont ordinairement; ce qui fait que le quatrième
disparoît quelquefois entiérement, lorsqu'il est bien éloigné du
corps & de l'ombre de Jupiter. Mais on n'a point encore déterminé,
si ces taches naissent subitement, ou si c'est le tournoyement des
Satellites autour d'eux-mêmes, qui nous montre ces taches dans un tems,
& nous les cache dans un autre; quoiqu'il y ait bien à parier pour ce
tournoyement, à cause des circonstances périodiques qu'on prétend avoir
observées dans le quatrième Satellite. Il se pourroit aussi, que les
ombres mêmes des Satellites fissent entr'eux de petites Eclipses, dont
on ne pourroit s'appercevoir que par la diminution de leur éclat; mais
c'est ce qui n'a point encore été examiné.