La quatrième Planete de notre Systême est Mars. Sa moyenne distance
du Soleil est de 46. millions de lieues. De toutes les Planetes
supérieures, c'est celle qui a la plus grande excentricité, aussi
n'en connoît-on point parmi tous les Corps célestes, dont la grandeur
apparente soit plus variable; de sorte que sa plus grande Phase excéde
jusqu'à 7. fois la plus petite. Au mois d'Août 1719. Mars étant opposé
au Soleil, à 2 ou 3 degrés seulement de distance de son périhélie,
l'on se souvient encore que plusieurs personnes, qui n'avoient aucune
teinture d'Astronomie, furent étonnées de le voir, & le prirent pour
une Comete, ou un nouvel Astre, qui venoit de naître dans le Ciel,
comme on a fait de Vénus l'année derniere, lorsqu'au mois de Mai ayant
atteint sa plus grande hauteur Méridienne au commencement du Cancer, &
étant encore assez loin du Soleil pour n'être point éclipsée par son
éclat, elle lança ses rayons par le chemin le plus court de la partie
Boréale de l'Atmosphére.
Comme la grande excentricité de Mars rend son mouvement apparent fort
inégal, c'est de lui principalement que _Kepler_ s'est servi, pour
examiner & vérifier la découverte qu'il avoit faite de l'égalité des
aires parcourues par chaque Planete en particulier, en tems égaux;
& c'est aussi par lui, qu'il a reconnu & prouvé la nécessité qu'il
y avoit de n'admettre par tout le Ciel que des excentricités plus
petites, environ de la moitié de celles qui avoient été établies par
les Anciens.
De toutes les Planetes, Mars est encore celle qui a la plus grande
Atmosphére, à proportion de son noyau, du moins à ce qu'on en connoît
jusqu'à présent; ce qui se prouve par le changement de couleur d'une
Fixe observée par Mr. Römer, en approchant & en quittant le disque de
Mars, laquelle pâlit sensiblement à l'approche de ce disque, étant
encore éloignée de lui des deux tiers du diametre du même disque, &
qui étant sortie de derriére le corps opaque de Mars, ne recouvra la
vivacité naturelle & ordinaire de sa lumiére qu'à la distance des deux
tiers du même diametre.
Sans l'Etoile de Mars nous ignorerions tout-à-fait l'éloignement & la
véritable grandeur des Corps célestes; & c'est le célèbre Mr. Cassini
le Pere, qui s'est avisé le premier, de se servir des distances
apparentes de cette Planete d'avec les Fixes prochaines, lorsqu'elle
est opposée au Soleil, pour trouver la véritable dimension de notre
Systême. Sa parallaxe horizontale, qui dans cette situation est assez
grande pour être observée & calculée sans qu'il y ait à craindre aucune
erreur trop sensible, savoir de 26 à 27. secondes dans son périhélie,
nous donne le moyen de calculer les parallaxes horizontales du Soleil &
des autres Planetes, qui ne peuvent être observées par elles-mêmes, à
cause de leur petitesse. Par les taches de Mars, que nous représentons
ici de la maniere, dont elles ont apparu en 1719. l'on a découvert &
l'on s'est convaincu, qu'il tourne autour d'un axe toujours parallèle à
lui-même, (comme celui de la Terre) en 24 heures, 40 minutes;
[Illustration]
Ou que 36 révolutions de Mars autour de son axe égalent 37 révolutions
de la Terre autour du sien.
[Remarques sur les taches de Mars.]
Les taches de cette Planete semblent être plus variables que celles
de toutes les autres. Les bandes obscures qu'on a observées en 1704.
1717. & 1719. ne conviennent point entr'elles, ni par rapport à leur
situation, ni par rapport à leur figure. En 1704. & 1717. on a vu
une bande obscure occupant plus d'un hémisphére de Mars, avec cette
différence qu'en 1704. elle avoit au milieu une pointe, qui ne s'y
trouvoit point en 1717. & qu'en 1717. elle étoit plus éloignée de
l'équateur de Mars, & plus près de son pole Méridional qu'en 1704. En
1719. on a trouvé une bande coudée, formée seulement après le mois de
Juillet, dont la partie la plus Méridionale, par rapport à nos yeux,
s'étendoit obliquement sur la moitié de l'hémisphére de Mars, & égaloit
environ un quart de Cercle, prenant son commencement entre le pole
Méridional & l'équateur de Mars, & finissant entre son équateur & son
pole Septentrional, où les deux parties de cette bande, en se joignant,
faisoient un angle, comme cela se voit Figure 2. Le 13. de Juillet
d'auparavant on n'avoit observé qu'une seule bande obscure rectiligne,
telle qu'on la voit Figure 1.
Outre ces bandes obscures, on avoit découvert des taches confuses de
figure fort irréguliére, comme dans les Fig. 3. & 4. qui n'étoient
aussi que temporaires, & qui n'avoient presque rien de commun avec
celles qu'on avoit observées auparavant, que leur inconstance.
Mais les taches les plus considérables de cette Planete sont celles,
qui s'observent proche de ses deux poles, dont cependant on n'en
voit jamais qu'une à la fois, & qui sont ordinairement plus claires
que le reste du corps. Il y a près de 70 ans, que ces taches-là sont
connues, & qu'on en voit presque toujours l'une ou l'autre, ce qui
prouve qu'elles sont permanentes, & que les vicissitudes d'apparition
& d'occultation qu'elles subissent, procédent seulement de quelque
changement de l'atmosphére de Mars, semblable à celui de la nôtre,
causé en partie par la différente constitution de l'air en Eté & en
Hyver, & en partie par la différente quantité de pluye, & de beau tems
en différens endroits du même Climat. C'est ainsi que depuis le 17.
Mai jusqu'au mois de Novembre 1719. le Pole, qui est à notre égard le
Méridional, se trouvant éclairé par le Soleil, & par conséquent l'Eté y
régnant, & l'Atmosphére y étant rarefiée autant qu'elle l'a pu être, la
lumiere éclatante de cette Zone déliée a pu frapper notre vûe, dans le
tems que celle du Pole opposé, qui avoit paru aux Observateurs en 1704
& 1717. avec le même éclat que la derniére, se déroboit alors à nos
yeux à la faveur des nuages & des vapeurs congelées, qui y changeoient
l'Atmosphére, & la rendoient moins transparente. La différence de la
clarté de cette Zone, dont une moitié conserva constamment le même
degré de lumiére, & dont l'autre au contraire diminua, disparut, puis
reparut, ne ressemble pas mal à la différence du tems qu'il fait aux
Andes du Pérou, où il ne pleut jamais, & à Borneo où il pleut presque
tous les jours. Il se peut qu'il y ait encore d'autres raisons qui
puissent produire cet effet; mais il est toujours constant que cette
diversité d'apparences vient de la diverse constitution de l'Atmosphére.