_Où l'on indique la cause de la réfrangibilité, & où l'on trouve par
cette cause, qu'il y a des Corps indivisibles en Physique._
[Différences entre les rayons de la lumiere.]
CETTE réfrangibilité, que nous venons de voir, étant attachée à la
réfraction, doit avoir sa source dans le même principe. La même cause
doit présider au jeu de tous ces ressorts: c'est-là l'ordre de la
Nature. Tous les Végétaux se nourrissent par les mêmes loix; tous les
Animaux ont les mêmes principes de vie. Quelque chose qui arrive aux
corps en mouvement, les loix du mouvement sont invariables. Nous avons
déja vu que la réflection, la réfraction, l'inflexion de la lumiere,
sont les effets d'un pouvoir qui n'est point l'impulsion (au moins
connue): ce même pouvoir se fait sentir dans la réfrangibilité; ces
rayons, qui s'écartent à des distances différentes, nous avertissent
que le milieu, dans lequel ils passent, agit sur eux inégalement. Un
faisceau de rayons est attiré dans le verre, mais ce faisceau de rayons
est composé de masses inégales. Ces masses obéïssent donc inégalement à
ce pouvoir par lequel le milieu agit sur elles. Le trait de lumiere le
plus solide, le plus compact, doit résister le plus à ce pouvoir, doit
être moins détourné de sa route, doit être le moins réfrangible. C'est
ce que l'expérience confirme dans tous les milieux, & dans tous les
cas. Le rayon rouge est toujours celui qui se détourne le moins de son
chemin; le rayon violet est toujours celui qui s'en détourne le plus.
Aussi le rayon rouge a-t-il le plus de substance, est-il le plus dur,
le plus brillant, & fatigue-t-il la vûe davantage. Le violet qui de
tous les rayons colorez repose le plus la vûe est le plus réfrangible,
& par conséquent est composé de parties plus fines & moins gravitantes;
& ne croyez pas que ce soit ici une simple conjecture, & qu'on devine
au hazard, que la lumiere a de la pesanteur, & qu'un rayon pese plus
qu'un autre.
[La lumiere est pesante.]
Des expériences, faites par les mains les plus exercées & les plus
habiles, nous apprennent que plusieurs corps acquiérent du poids après
avoir été long-tems imbibez de lumiere. Les particules de feu qui ont
pénétré leur substance l'ont augmentée. Mais quand on révoqueroit en
doute ces expériences, le feu est une matiere; donc il pese, & la
lumiere n'est autre chose que du feu.
Il est évident qu'un rayon blanc pese tous les rayons qui le composent.
Or supposez, un moment, que ces rayons s'écartent tous également l'un
de l'autre, alors il est évident, en ce cas, que le rayon rouge, étant
sept fois moins réfrangible que le rayon violet, doit avoir sept fois
plus de masse, & sept fois plus de poids, que le rayon violet. Ainsi
le rayon rouge pesant comme sept; l'orangé supposé ici, comme six: le
jaune supposé, comme cinq: le verd, comme quatre: le bleu, comme trois:
le pourpre indigo, comme deux, & le violet, comme un: la somme de tous
ces poids étant vingt-huit, & le blanc étant l'assemblage de tous ces
poids, il est démontré qu'un rayon blanc, dans la supposition de ce
calcul, pese vingt-huit fois autant qu'un rayon violet; &, quel que
soit le calcul, il est évident que le rayon blanc pese beaucoup plus
qu'aucun autre rayon, puisqu'il les pese tous ensemble.
Nous avons déja vu quelle doit être la petitesse prodigieuse de ces
rayons de lumiere, contenant en eux toutes les couleurs, qui viennent
du Soleil pénétrer un pore de diamant. Une foule de rayons passe dans
ce pore, & vient se réunir près de la surface intérieure d'une facette.
De cette foule de traits de lumiere qui occupe un si petit espace,
il n'y en a aucun qui ne contienne sept traits primordiaux. Chacun
de ces traits est encore lui-même un faisceau de traits teints de sa
couleur. Le rayon rouge est un assemblage d'un très-grand nombre de
rayons rouges. Le violet est un assemblage de rayons violets. Si donc
ce faisceau violet pese vingt-huit fois moins qu'un faisceau blanc, que
sera-ce qu'un seul des traits de ce faisceau?
[Atomes dont la lumiere est composée.]
[Les principes des corps sont des atomes.]
Considérons un de ces traits simples, qui différe d'un autre trait:
par exemple, le plus mince trait rouge différe en tout du plus mince
trait violet. Il faut que ses parties solides soient autant d'atomes
parfaitement durs, lesquels composent son être. En effet, si les corps
n'étoient pas composés de parties solides, dures, indivisibles, de
véritables atomes: comment les espèces des corps pourroient-elles
rester éternellement les mêmes? Qui mettroit entre elles une différence
si constante? Ne faut-il pas que les parties qui font leur essence,
soient assez dures, assez solides, assez unes, pour être toujours ce
qu'elles sont? Car comment est-ce que dans le germe d'un grain de bled
seroient contenus tant de grains de bled, & rien autre chose, si la
configuration des petites parties n'étoit pas toujours la même, si elle
n'étoit pas toujours solide, indivisible: ce qui ne veut dire autre
chose que toujours indivisée? Dans l'œuf d'une mouche se trouvent
des mouches à l'infini; mais si ces petites parties qui contiennent
tant de mouches n'étoient pas parfaitement dures, elles se briseroient
certainement l'une contre l'autre, par le mouvement rapide où tout est
dans la Nature. Elles se briseroient d'autant plus, que les petits
corps ont plus de surface par rapport à leur grosseur. Cependant cet
inconvénient n'arrive point: l'œuf d'une mouche produit toujours les
mouches qu'il contenoit; chaque semence, depuis l'Or jusques au grain
de moutarde, reste éternellement la même. Donc il est à croire que
chaque semence des choses est composée d'atomes toujours indivisés, qui
font la substance de chaque chose: mais ce n'est pas assez d'indiquer
cette grande Vérité à laquelle l'observation des rayons de la lumiere
nous a conduits: il la faut démontrer: il faut prouver en rigueur qu'il
y a nécessairement des atomes physiquement indivisibles; & c'est ce que
nous allons faire voir dans le Chapitre suivant.
[Illustration]