XI

_Premier projet d'un nouveau mode de répression de la traite remis par

le duc de Broglie au docteur Lushington._

La commission mixte nommée par les deux gouvernements a pour objet

de chercher un nouveau moyen de répression de la traite des noirs

qui puisse remplacer le droit de visite réciproque établi par les

conventions de 1831 et de 1833; droit dont le maintien, sous quelque

forme et dans quelques limites que ce puisse être, est jugé impossible

et dont, après l'enquête que les commissaires ont entendue, l'utilité

est plus que douteuse.

1º Aucun bâtiment français n'étant, comme il a été reconnu, et ne

pouvant être engagé dans la traite des noirs, et, d'autre part, les

croiseurs français n'ayant non plus aucune occasion d'exercer leur droit

de visite sur les bâtiments anglais, le seul danger qu'on pût craindre,

de la suppression du droit de visite réciproque entre la France et

l'Angleterre, serait l'usurpation du pavillon français par un bâtiment

négrier d'une autre nation. On propose de pourvoir à cette éventualité,

d'ailleurs peu vraisemblable, en établissant à la côte d'Afrique une

escadre de croiseurs français (tant bâtiments à vapeur que bâtiments à

voiles), envoyée dans l'intention expresse de servir à la poursuite

des bâtiments négriers et disposée sur le modèle le plus convenable.

Le nombre en serait déterminé d'après les besoins de leur destination

spéciale; chaque station serait mise en relation habituelle avec la

station anglaise du même point, de manière à être à portée de donner

et de recevoir tous les avertissements nécessaires et de concerter avec

elle toutes ses opérations.

2º Cette force maritime une fois constituée, on propose de la faire

servir à la répression de la traite par un moyen plus efficace que la

simple surveillance en mer. On propose d'entamer, tantôt au nom de la

France, tantôt au nom de l'Angleterre, mais toujours de concert, des

négociations avec les divers chefs des tribus indigènes qui possèdent

la souveraineté de la côte, à l'effet d'obtenir d'eux, par des traités,

l'engagement de supprimer la traite des noirs sur leur territoire. Les

deux croisières seraient chargées de tenir la main à l'exécution de ces

engagements, en exerçant sur la conduite des chefs et sur les faits qui

se passeraient à la côte, une active surveillance, et, au besoin, si

la simple intimidation produite par leur présence ne suffisait pas, en

faisant usage des moyens de contrainte matérielle (blocus, débarquement

ou autres) dont l'emploi est autorisé par les règles communes du droit

des gens, même sans stipulations particulières, en cas de rupture d'un

traité conclu. Il y a même lieu de penser que, sur quelques points, on

pourrait obtenir des chefs, de plein gré, le droit de faire la police de

leur territoire. Dans le cas où l'emploi de la force serait nécessaire,

le gouvernement français dispose, dans ses possessions de la côte

d'Afrique, de ressources d'une nature particulière dont l'usage serait

précieux.

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 6) · 第 37 / 120 题