210.--Une figure par M. Louis Boulanger.--Tant pis pour vous, madame,

pourquoi vous faites-vous peindre et exposer?--je dirai que vous avez la

figure d'une poupée d'enfant,--que vos mains, qui sont belles et bien

peintes, ont tort de faire tourner leurs pouces;--quant à votre robe qui

paraît être de papier peint,--ce doit être la faute de M. Louis

Boulanger.

1745.--Tant pis pour vous aussi, madame: je dirai que vous êtes bleue.

1057.--Poissons rouges très-bien faits;--beaucoup les préfèrent dans le

bassin des Tuileries.

[GU] Mon voisin M. Alaux et M. Galait ont fait chacun un tableau

très-estimé.--Les peintres préfèrent celui de M. Alaux,--moi j'aime

mieux celui de M. Galait, quoiqu'il ait fait mieux d'autres fois.

[GU] Je continue à ne pas me rendre compte des tableaux de M.

Delacroix,--La composition de la _Prise de Constantinople_ ressemble

beaucoup à celle de la _Justice de Trajan_ de l'année dernière:--le

groupe des cavaliers est assez beau;--il y a là dedans, à la fois, de

l'harmonie et une confusion qui fatigue.--Dans le tableau du naufrage,

la mer est perpendiculaire;--je la préfère horizontale, mais cela vient

peut-être de ce que je l'ai toujours vue ainsi. Je n'aime pas beaucoup

la peinture de M. Delacroix: ceci n'est pas un blâme, c'est une façon de

sentir.--Je lui rends néanmoins la justice de dire qu'il est original et

toujours lui-même,--et qu'on reconnaîtrait au milieu de deux mille

toiles une esquisse de lui grande comme la main.

[GU] Encore un mot sur six petits tableaux de M. Gudin dans un même

cadre;--plusieurs sont fort jolis;--et sur une petite, toute petite

toile de M. Diaz, d'une couleur féerique.--Le pauvre cadre de bois, si

simple, qui entoure l'étude de femme de M. Jourdy, m'a fait désirer tout

d'abord que son tableau fût bon, et j'ai été heureux de voir toutes les

excellentes qualités de sa peinture.--J'en oublie des meilleurs et sans

doute aussi des plus mauvais, mais j'ai la tête brisée,--je m'en

vais,--je paye à la peinture chaque année un tribut de cinq

migraines,--celle-ci est la cinquième, je suis quitte,--adieu.

Mai 1841.

Les lettres attribuées au roi.--M. Partarrieu-Lafosse

patauge.-Me Berryer.--Embarras où me met le verdict du

jury.--Opinion de saint Paul sur ce sujet.--La Contemporaine.--Une

heureuse idée de M. Gabriel Delessert.--Sang-froid de M.

Soumet.--M. Passy (Hippolyte-Philibert).--Un mot de l'archevêque de

Paris.--Le faubourg Saint-Germain et un employé de la préfecture de

la Seine.--De M. Grandin, député, et de son magnifique

discours.--J'ai la douleur de n'être pas de son avis.--M.

Hortensius de Saint-Albin.--Deux petites filles.--Une singularité

du roi.--Réalisation du rêve d'Henry Monnier.--Paris

malade.--Vertus parlementaires.--A mes lecteurs.--Une église par la

diligence.--Récompense honnête.--Récompense moins honnête.--Pensées

diverses de M. C.-M.-A. Dugrivel.--Les concerts.--De M. S***

improprement appelé _Sedlitz_.--Steeple-chase.--Choses

diverses.--M. Lebon.--Les gants jaunes.--Des amis.--Un proverbe.

[GU] MAI.--_Les lettres_.--Voici ce qui est arrivé pour les lettres

attribuées au roi dont j'ai déjà parlé. Il paraît qu'on en a autrefois

déjà racheté quelques-unes, mais que Sa Majesté, impatienté d'en voir

toujours reparaître de nouvelles, aurait dit à M. le comte de

Montalivet, qui lui en parlait:

--Je ne réponds pas de ce que j'ai pu écrire il y a trente ans; j'étais

en émigration;--je n'étais pas toujours sûr de mon dîner.--J'ai pu

écrire des choses assez singulières.--Mais, pour ce qui est des lettres

que l'on m'attribue depuis que je suis roi de France, je suis certain de

ne pas les avoir écrites.

Et le roi, qui n'aime guère à donner de l'argent quand il ne s'agit pas

de moellons ou de menuiserie, a défendu qu'on achetât les lettres.

Le journal la _France_, qui n'avait publié les lettres qu'après trois ou

quatre autres carrés de papier,--a été mis en cause et accusé par M.

Partarrieu-Lafosse--d'abord de faux,--puis ensuite d'offense à la

personne du roi.

Le ministère public a abandonné l'accusation de faux par la raison qu'un

faux ne pouvait être affirmé que par des experts écrivains,--que leurs

erreurs ont une notoriété comique, et que, s'ils s'avisaient de déclarer

les lettres réellement écrites de la main du roi, la monarchie dite de

juillet--se trouverait dans une situation plus qu'équivoque.

Que si, au contraire, les accusés étaient condamnés, les experts, que la

presse eût proclamés infaillibles dans le premier cas, seraient

nécessairement, dans le second, accusés d'ignorance et de corruption.

Raisons qui ne me paraissent que spécieuses.

Pour moi, je ne crois pas les lettres vraies,--par cela seulement qu'il

y a des choses qui s'enchaînent entre elles,--et que l'homme qui aurait

eu de telles pensées, par cela même ne les eût pas confiées aux hasards

du papier, en un mot, parce que cela serait trop bête.

[GU] Le jour de l'audience, M. Partarrieu-Lafosse,--monté sur son

siége,--a commencé à travailler.

Il a parlé assez longtemps et assez mal. M. Berryer, qui est peut-être

le seul orateur de cette époque où on parle tant, lui a répondu par une

plaidoirie--forte, habile, perfide, insinuante et audacieuse.

MM. les jurés se sont retirés dans leur chambre et en sont sortis au

bout d'une demi-heure, avec un verdict d'acquittement.

Comme la question primitivement posée était celle-ci:

«Le prévenu est-il coupable d'avoir, par la publication de telles et

telles lettres, offensé la personne du roi?»

Le verdict du jury aurait voulu dire seulement que--le gérant de la

_France_, n'ayant fait imprimer lesdites lettres qu'après les avoir vues

imprimées dans d'autres feuilles, sans que leur publication fût l'objet

d'autres poursuites,--et aussi longtemps auparavant, en Angleterre, sans

que l'ambassade s'en fût occupée,--a pu être de bonne foi.

Mais M. Partarrieu-Lafosse--ayant eu le malheur de dire dans son

réquisitoire:

«Si les lettres étaient vraies, il en résulterait ceci; qu'un roi élu en

1830 pour répondre aux sentiments nationaux et aux sympathies

patriotiques du pays, aurait, sur tous les points, déserté ces

sentiments et ces sympathies; qu'il aurait participé à l'écrasement de

la Pologne pour servir les intérêts de la Russie; qu'il aurait promis à

l'Angleterre l'abandon d'Alger pour mieux assurer la perpétuité de sa

dynastie, et non pas la perpétuité de l'ordre monarchique et

constitutionnel, dont il semblerait préméditer la ruine; qu'enfin, il

aurait conçu des desseins tyranniques pour contenir à son gré la

capitale du royaume, et pour tourner contre les citoyens un projet

destiné uniquement à repousser les attaques des ennemis de la France.

»Voilà, messieurs, la pensée de ces lettres, et, je vous le demande,

comment qualifieriez-vous un roi qui aurait pu les écrire? Ne

diriez-vous pas que c'est un de ces tyrans qui ne procèdent que par voie

de dissimulation, et dont le langage public est en opposition flagrante

avec les pensées qu'ils ont au fond du cœur?»

La réponse du jury,--les journaux du lendemain aidant, a été prise dans

le public--comme admettant l'authenticité des lettres.

Ce qui m'a, au premier moment, un peu embarrassé, moi qui, à propos de

ces malheureuses lettres, dans le numéro des _Guêpes_ de février 1841,

me suis avisé de dire: «Certes, si les lettres étaient authentiques, le

roi n'aurait absolument qu'à s'en aller.»

[GU] Et je ne serais pas sans inquiétude sur la manière dont le parquet

apprécierait mon appréciation--si M. Partarrieu n'avait été beaucoup

plus loin que moi dans sa plaidoirie.--Ce ne serait toujours pas

lui,--il ne l'oserait pas,--qui porterait la parole contre moi;--quoique

j'aime mieux, le cas échéant, être accusé par lui que par un autre,--vu

le peu de succès avec lequel il a travaillé dans cette circonstance.

Je ne félicite pas le parti légitimiste de la nouvelle recrue qu'il a

faite dans la personne de la _Contemporaine_,--qui, il y a une douzaine

d'années, a obtenu une sorte de célébrité en vendant le récit de ce

qu'elle ne pouvait plus vendre en réalité;--récit qui a servi de cadre à

quelques hommes d'esprit pour faire les _Mémoires d'une contemporaine_.

N'est-ce pas saint Paul qui a dit: _La lettre tue_;

Il a bien ajouté, il est vrai: _L'esprit vivifie_;--mais c'est qu'il y a

dans cette affaire _plus de lettres que d'esprit_.

[GU] Un empereur romain disait, dans une circonstance différente: «Je

voudrais ne savoir pas écrire.»

[GU] Résumons: le public a pris le verdict du jury en ce sens que les

lettres sont déclarées authentiques.--Le public se trompe, le jury n'a

pas dit que les lettres fussent du roi, mais il n'a pas dit non plus

qu'elles ne fussent pas de lui.--L'honneur de Louis-Philippe exige que

cette question soit résolue sans la moindre ambiguïté.

[GU] TRAIT DE SANG-FROID DE M. SOUMET.--On a donné, le même jour, au

Théâtre-Français, deux pièces de M. Soumet;--cet écrivain qui, depuis un

mois, a publié un poëme épique (la _divine Épopée_), une tragédie (le

_Gladiateur_), et une comédie (le _Chêne du roi_), me paraît produire

dans des proportions telles, que l'on a à peine le temps de lire aussi

vite qu'il fait imprimer;--certes, s'il continue à aller de ce train-là,

il suffira seul à la consommation de ce qui reste de lecteurs en France,

où tout le monde écrit aujourd'hui,--et on pourrait, je crois, sans

inconvénient supprimer tous ses confrères.

M. Soumet, pour montrer son sang-froid et la certitude qu'il avait

d'avance de son double succès, raconte lui-même qu'il a fort bien dîné

ce jour-là, et qu'il a mangé un poulet aux truffes.

[GU] Un des collègues de M. Passy (Hippolyte-Philibert)--a dit de lui:

«Il a toute la suffisance et toute l'insuffisance d'un parvenu.»

[GU] M. GABRIEL DELESSERT.--M. le préfet de police a eu une heureuse

idée relativement aux voitures.

Les numéros qu'on oblige les propriétaires de faire peindre sur les

panneaux ont pour but de les empêcher d'échapper par la fuite à la

punition des accidents qu'ils peuvent causer.

Il a donc imposé aux fiacres et aux cabriolets de place,--voitures d'une

lenteur notoire et proverbiale,--traînés par des restes et par des

ombres de chevaux,--d'énormes numéros dorés.

Aux cabriolets de régie,--qui vont beaucoup plus vite,--des numéros

très-petits et très-étroits.

Et, enfin, aux cabriolets et aux carrosses bourgeois, qui seuls ont des

chevaux vifs,--vigoureux et indociles,--qui seuls peuvent causer des

accidents,--qui seuls peuvent s'échapper rapidement, d'imperceptibles

numéros,--dont s'abstiennent même tout à fait la plupart des voitures à

quatre roues.

[GU] UN MOT DE L'ARCHEVÊQUE DE PARIS.--On raconte de monseigneur Affre,

archevêque de Paris,--qui signe Denis,--que, n'étant encore que simple

abbé, il se trouva dans une voiture publique avec un jeune homme du

commerce, voltairien qui courait la France pour _placer_ du calicot et

décrier l'Être suprême,--parlait fort légèrement du gouvernement d'alors

et réservait toute son admiration pour ses articles--tant en toile qu'en

coton.

Le commis voyageur, voyant un prêtre, pensa qu'il serait de bon goût de

l'insulter et d'amuser à ses dépens les autres personnes encaquées avec

eux dans la diligence.

--Monsieur l'abbé, lui dit-il, savez-vous quelle différence il y a ent

reun âne et un évêque?

--Non, monsieur, répondit modestement l'abbé.

--Eh bien! je vais vous l'apprendre:--c'est que l'évêque porte la croix

sur la poitrine et que l'âne la porte sur le dos.

On rit beaucoup dans la voiture.--L'abbé laissa s'apaiser la joie de ses

compagnons de voyage, et dit au jeune homme du commerce:

--Et vous, monsieur, pourriez-vous me dire, à votre tour, quelle

différence il y a entre un âne et un commis voyageur?

Le jeune homme chercha longtemps et finit par dire:

--Ma foi, monsieur l'abbé,--je ne sais pas.

--Ni moi non plus, monsieur, reprit l'abbé.

J'aime mieux cela que son mandement à l'occasion du baptême du comte de

Paris.

[GU] UN EMPLOYÉ DE LA VILLE DE PARIS.--Pendant que le faubourg

Saint-Germain devient plus noble que jamais et recompte ses quartiers

avec des scrupules inusités, l'homme qui est chargé par la ville de

mettre les noms des rues retranche inexorablement tous les _de_, et

intitule les rues

Rue Richelieu,

Rue Condé,

Rue Grammont,

Rue Béthisy,

Rue Astorg, etc., etc.

Personne ne dérange ce monsieur, qui va toujours son train, dégradant

tous les noms.

[GU] DE M. GRANDIN, DÉPUTÉ.--M. Grandin est député.--Je ne sais pas bien

précisément ce que vend l'honorable membre de la Chambre basse, mais à

coup sûr il est marchand de quelque chose.--Je crois qu'il vend du drap,

mais je n'en suis pas sûr.

M. Grandin a cru devoir monter à la tribune,--et a dit:

«Messieurs, certes, c'est un homme estimable que celui qui abandonne sa

famille et traverse les mers pour porter au loin les produits de son

industrie;--mais, il faut le dire, il y a des négociants indignes qui

vendent sur les marchés étrangers des marchandises de mauvaise

qualité,--des marchandises _impudiques_.»

On se demandait beaucoup dans la Chambre--ce que M. Grandin entend par

les marchandises impudiques.--Au milieu d'un grand nombre d'avis,--on

s'est généralement réuni à celui de M. Hortensius de Saint-Albin, jeune

magistrat frisé,--qui a pensé que cela devait s'entendre--des

sous-jupes,--dont on parle tant dans les journaux.

[GU] Pour ce qui est de la première partie du remarquable discours de M.

Grandin, je dirai que _l'homme qui abandonne sa famille pour traverser

les mers et aller porter au loin les produits de son industrie_--peut,

au moins, à aussi juste titre, être appelé--pour ce fait, _intéressé_

qu'estimable.

[GU] Il y a même bien peu de temps que je me laissai aller à rêver sur

ce sujet et que j'arrivai à une conclusion toute différente de celle de

M. Grandin.

[GU] C'était un peu avant le coucher du soleil,--une grande nuée grise

voilait les riches reflets orangés de l'horizon,--le soleil, caché par

ces tristes vapeurs, laissait tomber par une étroite déchirure du nuage

de longs faisceaux de rayons pâles.

La mer paraissait noire et roulait le galet avec un bruit sourd, quoique

aucune agitation ne parût à sa surface;--par moments, des bouffées de

vent venaient du sud-ouest.

La nuée grise s'étendait sur la mer en montant et laissait un moment

l'horizon découvert;--il paraissait alors d'un bleu pâle légèrement

cuivré; mais d'autres vapeurs plus noires, qui semblaient monter de la

mer, ne tardaient pas à former de nouvelles nuées qui venaient épaissir

celles qui tendaient le ciel d'un crêpe funèbre;--tout était sombre, le

ciel et la mer;--le bruit intérieur de la mer augmentait;--on voyait par

instants de longues lames blanches courir sur la mer et venir du large à

la plage, où elles se brisaient écumantes en pluie fine que le vent

emportait au loin.

Dans un moment--où l'horizon était clair et limpide,--je vis se découper

sur son front verdâtre la silhouette noire d'un navire.

Et je trouvai l'homme plus grand que je ne l'avais jamais vu,--en

pensant à l'audace qui le fait ainsi traverser les mers sur de frêles

embarcations, et je me dis: «Est-ce que par hasard l'homme serait

grand?»

Mais bientôt je pensai que ces hommes qui étaient sur ce navire étaient

des marchands;--qu'ils allaient vendre et acheter, et gagner de

l'argent,--et que tout ce grand courage n'était que de l'avidité.--Je

m'écriai avec Horace: «Celui-là avait le cœur entouré d'un triple

airain qui, le premier, confia sa vie à un navire;»--et je restai triste

sur la plage.

[GU] DEUX PETITES FILLES.--M. Villemain a une petite fille qui a sur son

gentil visage tout l'esprit de son père,--c'était la manière la plus

adroite de lui ressembler.--Il y a quelques jours, elle jouait avec la

plus jeune des filles de Victor Hugo.

(Victor Hugo a les plus beaux enfants du monde,--en les voyant on ne

s'étonne pas qu'il parle si bien des enfants et qu'il les aime avec tant

de tendresse.--Il y a quelque temps,--dans une maison--où étaient MM.

de Lamartine,--de Balzac,--Théophile Gautier,--Eugène Sue--et madame de

Girardin, on le pria de dire quelques vers,--j'insistai beaucoup pour

les _Oiseaux envolés_, et pour cette autre pièce où il raconte son

enfance dans un grand jardin;--quand il s'arrêta, nous pleurions tous.)

La petite Hugo montra à la petite Villemain ses plus beaux

joujoux;--celle-ci ne voulut pas demeurer en reste,--lui fit des siens

des récits superbes et ajouta--qu'elle avait planté dans le jardin du

ministère des oignons de jacinthe et qu'ils avaient produit des fleurs

magnifiques, mais déjà fanées.--«Tu viendras les voir au printemps, l'an

prochain,» dit-elle;--puis tout à coup sa figure devint pensive,--et, se

ravisant, elle ajouta: «Ah! c'est que _nous_ n'y serons peut-être plus.»

[GU] Entre les enfants, les petits garçons--ne sont pas précisément des

hommes plus petits,--ils n'ont aucun des goûts, aucun des intérêts qui

occuperont plus tard leur existence; mais les petites filles ont déjà

toutes les grâces et toutes les coquetteries de la femme;--une petite

fille n'est qu'une femme très-petite, une femme que l'on regarderait en

retournant la lorgnette; on marierait une petite fille de six ans sans

l'étonner;--une petite fille de six ans est prête à tout.

[GU] Le roi, qui commande très-souvent des tableaux de bataille, a une

singulière antipathie qui embarrasse quelquefois beaucoup les

peintres;--il ne peut pas voir un homme sous les pieds d'un

cheval;--s'il a trouvé une semblable scène dans une esquisse, il la fait

effacer;--cela ôte de la vérité à une bataille, quelque peu sanglante

qu'on la veuille faire.

[GU] Dans l'édition originale publiée par livraisons et timbrée ainsi

que l'auteur l'explique plus haut, la page où chaque fois est placé le

timbre--ne porte que ces mots: _Page salie par le fisc_.

[GU] LE VŒU D'HENRY MONNIER.--Henry Monnier--(que diable est-il

devenu, que je ne le rencontre plus jamais?) nous a dit depuis

longtemps, dans une de ses spirituelles boutades, que son vœu le plus

ardent était de voir réunis les fils des pairs de France avec les fils

des marchands de peaux de lapins.--Cette heureuse fusion est faite,--car

on sait que l'honorable colonel Th...,--dont les fils ont pour

camarades, et presque pour courtisans, des fils de pairs de France,--a

fait sa fortune dans le commerce des peaux de buffles.--Les buffles

étaient autrefois de très-gros lapins de l'Amérique.

[GU] PARIS.--Paris a été fort malade tout le mois dernier.--Depuis que

le choléra y a passé,--il en reste toujours quelque chose.--Les médecins

appellent cela des diminutifs les plus jolis et les plus

coquets,--cholérine,--cholérinette, etc. Mais, néanmoins, quelques-uns

en meurent,--et beaucoup en sont fort malades.--A d'autres, cela produit

un effet meilleur pour eux, mais plus fâcheux: ils deviennent bêtes et

méchants, de bons et spirituels qu'ils étaient.

[GU] VERTUS PARLEMENTAIRES.--La proposition Remilly s'est encore

présentée sous une nouvelle forme.

Cette proposition, quelque figure qu'elle prenne, continue à n'être pas

autre chose que ceci:

Deux partis se disputent le pouvoir.

Comme le pouvoir a ceci de particulier, à l'époque où nous vivons, qu'il

ne peut rien;--quand je dis pouvoir,--lisez places et argent.

[GU] Le parti vaincu met immédiatement en avant la proposition Remilly,

qui a pour but de déclarer incompatibles les fonctions de député avec

toutes fonctions salariées.

Le parti vainqueur,--qui est naturellement en majorité, puisque c'est le

nombre qui a décidé de la victoire,--et que d'ailleurs une partie des

vaincus s'est ralliée à lui avec fureur,--repousse ladite proposition

Remilly.

Quand les autres arriveront au pouvoir (lisez places et argent) à leur

tour,--par trahison, coalition, etc., etc.,--ils auront à repousser à

leur tour la même proposition, qu'ils soutenaient si morale et si

indispensable contre ceux qui la veulent aujourd'hui et qui la

repoussaient hier.

La proposition Remilly, en un mot, sera toujours présentée,--et ne sera

jamais admise.

[GU] A MES LECTEURS.--Je vous avais annoncé,--mes chers lecteurs,--que,

pour payer une partie du timbre auquel je suis condamné, comme vous

pouvez le voir,--j'admettrais une demi-feuille d'annonces.

Mais à peine cette résolution a-t-elle été connue qu'il s'est présenté

de toutes parts--des sirops indécents,--des pastilles obscènes,--des

vêtements immoraux,--des pâtes contraires aux bonnes mœurs,--des

fécules barbares,--des instruments immodestes,--des bonbons

immondes,--une foule, en un mot, de ces marchandises impudiques, comme

dit l'honorable M. Grandin,--qui encombrent quotidiennement la quatrième

page des grands carrés de papier--se disant les organes de l'opinion

publique.

J'ai repoussé les annonces,--j'ai payé, je paye et je payerai le timbre

de mon propre argent.

[GU] Pendant que je parle des grands journaux, il faut que je demande

pourquoi on les lit.--Voici de quoi ils se composent invariablement:

Un grand article,--appelé _premier Paris_,--contenant des _réflexions

sur la situation_,--c'est une tartine délayée,--c'est un insipide brouet

clair,--dans lequel il n'y a rien que le lecteur puisse

comprendre;--cette série de longues phrases, de grands mots qui,

semblables aux corps matériels, sont sonores à proportion qu'ils sont

creux,--est un logogriphe qui veut dire, pour les initiés, différentes

choses dont vous ne vous doutez pas, et qui n'ont aucun rapport avec ce

que vous croyez y comprendre.

Voici un article _pour_ les fortifications,--que croyez-vous que cela

veuille dire?--rien autre chose que ceci: «Mademoiselle***, danseuse

très-maigre, est rengagée à l'Académie royale de musique.»

Et cette longue dissertation sur la guerre d'Alger et contre le général

Bugeaud?

Que la femme de M.*** n'a pas encore le bureau de tabac qu'elle

sollicite, etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc.,

etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc.,

etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc.,

etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc.,

etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc., etc.,

etc., etc., etc., etc.

--Continuons:

_Nouvelles étrangères_.--Les mêmes, dans tous les journaux,--toutes

puisées à la même source,--chaque journal les tient d'un seul et même M.

Havas, qui en a l'entreprise.

[GU] _Nouvelles diverses_.--Les mêmes dans tous les journaux,--chacun

prend celles que les autres donnaient la veille.

[GU] _Chambre des pairs_.--_Chambre des députés_.--Les mêmes dans tous

les journaux,--les journaux du matin les prennent sur les journaux du

soir.

_Réclames_.--Éloges divers,--tarifés et payés.

[GU] _Annonces_.--La kyrielle de marchandises dont je vous parlais tout

à l'heure.

Ces deux articles n'ont pas plus de variété que les autres,--ils sont

identiquement les mêmes dans les divers journaux,--qui sont parfaitement

de même avis sur tout ce qui se paye un franc la ligne.

Amusez-vous bien.

[GU] UNE ÉGLISE.--Envoyer de Toulouse à Paris par la diligence une

église que Clément Boulanger était allé y peindre,--cela eût été

dispendieux; c'est pour cela qu'il n'a rien au Salon cette année. Les

Toulousains sont très-contents de ses tableaux et voudraient le

garder,--lui, autant que je me le rappelle, aime le pâté de foie de

canard,--je crains qu'il ne reste quelque temps encore.

Pendant ce temps, madame Élise Boulanger enrichit un catéchisme de ses

gracieux dessins,--je n'en connais qu'une Madeleine pénitente beaucoup

trop jolie--qui m'a fait m'écrier: «Quel dommage! elle pécherait si bien

encore!»

[GU] UNE RÉCOMPENSE HONNÊTE.--En 1836,--M. Gudin a exposé un grand

tableau qui a été fort remarqué.--Ce tableau représentait l'entrée du

Havre, vu de la rade,--au moment où y entrait le navire le _Casimir

Delavigne_.

Les guêpes ­— séries 1 & 2 · 第 42 / 47 段