«Un riche chaudronnier, demeurant rue Louis-Philippe, 17. le sieur D...,

atteint de la goutte, ayant entendu dire que l'eau du puits de Grenelle

le guérirait immédiatement, parvint, avec la protection d'un des

principaux ouvriers de M. Mulot, ingénieur en chef, à approcher du jet;

il emplit une bouilloire de cette eau bienfaisante, et, rentré chez lui,

il se préparait à en faire usage lorsqu'il ne fut pas peu étonné de

trouver au fond de sa bouilloire un anneau dit alliance en or. Il ouvrit

la bague en présence de sa femme; mais à peine eut-il jeté les yeux sur

les chiffres gravés à l'intérieur, qu'il devint presque fou de surprise

et de joie. La femme, effrayée de cet état de délire, appela les

voisins, et, quand le sieur D... fut un peu calmé, il leur raconta que

le jour où il quittait le département du Puy-de-Dôme pour venir à Paris,

n'emportant pour toute fortune que l'anneau d'alliance de sa mère, il

laissa tomber cette même bague dans une espèce de lac très-profond,

situé au versant d'une des montagnes de l'ancienne Auvergne; les noms de

son père et de sa mère, qui se lisent parfaitement dans la partie

concave de l'anneau, ne peuvent lui laisser aucun doute sur l'identité.

La science se charge d'expliquer ce que ce brave homme regarde comme un

miracle, ou, pour mieux dire, ce singulier événement ne fait que venir à

l'appui de tout ce que les savants ont avancé pour expliquer le jet des

puits artésiens.

»On assure que depuis ce temps une foule de gens se pressent pour

recueillir de cette eau souterraine, que l'on continue de vanter pour la

guérison des rhumatismes aigus et des douleurs de toute sorte.»

Voilà la littérature que le gouvernement protége et entoure de sa

sollicitude éclairée.

[GU] UNE HISTOIRE DE VOLEUR.--On a ri beaucoup ces jours derniers de

l'embarras d'un homme qui, reconnaissant sur le dos d'un voleur un habit

qui lui avait été dérobé, prit son voleur au collet, et, après une lutte

de quelques instants, le lâcha dans la crainte de déchirer son habit.

[GU] M. TH.--D'UNE FEMME DU MONDE, D'UN SOULIER ET D'UNE MAISON

SUSPECT.--J'ai parlé déjà d'un Américain qui donne à Paris des bals,

dans lesquels il impose une étiquette de son invention, et des

conditions humiliantes auxquelles se soumettent les gens les mieux nés

et les mieux élevés pour ne pas être exclus des invitations, et j'ai

reproché à ces derniers le peu de dignité de leurs concessions. Au

dernier de ces bals, M. le duc ***, nom dont la terminaison ressemble

beaucoup à celle du mien,--devait être présenté chez M. Th... par madame

de ***. Cette dame arriva dans la maison plus tard qu'elle ne l'avait

prévu,--et le duc l'attendit dans un des premiers salons. M. Th... se

promenait alors d'une façon toute royale,--jetant un mot aux uns, jetant

un signe de tête aux autres,--lorsqu'il avisa M***, qui se perdait de

son mieux dans la foule, pour ne pas être remarqué du maître de la

maison avant que la présentation fût faite.--Mais M. Th... alla droit à

lui et lui dit: «Monsieur, je n'ai pas l'honneur de vous

connaître,--comment vous appelez-vous?»

Cette question, peu convenable en elle-même et fort peu corrigée par

l'urbanité de ton avec laquelle elle était faite,--troubla un moment

M***, accoutumé à d'autres façons; cependant il répondit: «Je suis

M***,» et il prononça son nom, en ajoutant: «Je dois vous être

présenté par madame ***.» M. Th...,--frappé de la consonnance,

s'écria:

--Comment, monsieur, vous vous permettez de venir chez moi,--après vos

plaisanteries...

--Mais, monsieur,--reprit M***.

--Mais, monsieur,--répliqua M. Th...

--Je ne vous comprends pas.

--Ni moi,--vous.

--Je suis le duc ***.

--Le duc?

--***

--Ah! pardon, j'avais entendu un autre nom.

Si vous me connaissiez, mon bon monsieur Th...,--vous sauriez--que je ne

vais pas dans le monde,--que je ne vais pas partout,--que mes goûts et

ma paresse me rendent peu assidu dans des maisons meilleures et plus

haut placées que la vôtre--où l'on m'accueille avec bienveillance,--que

je ne me glisse nulle part,--que je refuse beaucoup d'invitations et

n'en ai de ma vie sollicité aucune;--je ne suis pas assez grand seigneur

pour pouvoir me permettre de ne pas choisir beaucoup ma société.

[GU] SUR LES FORTIFICATIONS.--_A quoi tient un vote_.--La discussion de

la Chambre des pairs, qui n'est pas encore terminée au moment où j'écris

ces lignes, est entièrement conforme à ma prédiction.--Les

antifortificationnistes--(c'est le barbarisme qu'amène aux Chambres

toute loi nouvelle) ont eu sur leurs adversaires un immense avantage, et

ont démontré, jusqu'à l'évidence, l'absurdité du projet.

Les bonnes gens s'étonnent de ceci, que, grâce à quelques bons esprits

qui se glissent dans les Chambres,--et en plus grand nombre à la Chambre

des pairs,--il arrive presque toujours que les questions importantes

sont présentées sous leur véritable jour,--et que, cependant, après que

le vrai, le juste et le raisonnable ont été démontrés, les Chambres ont

assez fréquemment le malheur de voter le contraire de ce qui ressort

évidemment de la discussion.

Il faut dire aux bonnes gens,--d'abord que le nombre fait loi,--et

ensuite que le plus grand nombre vote pour ou contre le ministère

systématiquement,--et que les lumières qui jaillissent de la discussion

(quand elles jaillissent) peuvent avoir de l'influence sur l'esprit des

votants, mais pas sur leur vote.

On racontait à la dernière représentation de l'Opéra qu'un général,

connu par la protection libérale qu'il accorde aux arts,--avait

consulté, dans le vote qu'il a promis, beaucoup moins ses connaissances

et son expérience--que la promesse exécutée d'avance du rengagement de

mademoiselle *** à l'Académie royale de musique.

[GU] DES FLEURS, DES CRITIQUES ET DES ROMANCIERS,--_et, en

particulier,--de_ quelques fleurs de M. EUGÈNE SUE.

Il semblerait que, pour être journaliste,--c'est-à-dire pour distribuer

chaque jour, sans appel,--la louange et le blâme aux hommes et aux

choses,--pour assigner à chacun son rang et son mérite, il faudrait

avoir affermi son esprit par l'étude, son jugement par l'expérience, et

son impartialité par une position acquise assez élevée pour se sentir

inaccessible à l'envie. Il semble que le journalisme devrait être

réellement un sacerdoce au lieu de se décerner à lui-même ce nom comme

il fait;--et se composer d'écrivains émérites,--de prud'hommes reçus et

assermentés.

Au lieu de cela,--c'est par les journaux que l'on débute aujourd'hui, et

que les plus jeunes gens et les plus inexpérimentés--commencent par

attaquer et assiéger par la critique et le dénigrement--les positions

qu'ils ne se sentent pas le courage ni la force d'emporter par le

travail et le talent.

Aussi n'y trouve-t-on que ce que vous savez,--et ce n'est qu'après sept

ou huit années d'autocratie au bas d'un carré de papier,--sept ou huit

années pendant lesquelles il a maltraité tous les talents de l'époque,

qu'un feuilletoniste--essaye presque toujours infructueusement de donner

enfin le modèle après le précepte;--d'écrire un livre qui montre au

monde ravi comment il faut faire, et qu'il s'efforce de monter

personnellement sur les piédestaux dont il a renversé les statues

importunes. Ce sont des tentatives fécondes en avortements,--et, si le

plus fameux critique de ce temps-ci,--_Gustave Planche_,--a imaginé le

titre de _Béatrice deotati_ qu'il a fait annoncer sur la couverture des

livres mis en vente par le libraire _Gosselin_, il est juste de

dire,--qu'il n'a jamais rien imaginé au delà--et qu'il lui a été

impossible d'écrire la première ligne de l'ouvrage annoncé.

M. de Balzac, mon ex-ami, est en ce moment très-fâché contre moi,--il

est décidé à ne plus me voir, quoique nous soupions quelquefois

ensemble,--et, quand je me trouve placé devant lui,--pour ne pas tourner

les yeux de mon côté, il se prive volontairement de toute la partie de

l'univers qui se trouve derrière moi. Je n'en dois pas moins dire que,

dans la petite revue parisienne qu'il a publiée pendant quelques

mois,--il a fait quelques chapitres de critique littéraire fort

remarquables--et qui avaient toutes sortes de mérites,--outre celui de

venir d'un homme expert en la chose dont il parlait,--et du premier de

nos romanciers.

[GU] Quand la critique n'est pas faite par un homme de semblable

portée,--par un homme qui a fait ses preuves,--et son _chef d'œuvre_,

comme disent les compagnons du devoir,--c'est un métier un peu plus

humble que ne semblent le croire ceux qui l'exercent.--C'est,--on l'a

dit avec raison,--le métier de chiffonniers, qui gagnent leur vie en

cherchant des ordures.--Le premier des critiques est immédiatement

au-dessous du dernier des producteurs,--et le ton de supériorité que

prennent ces messieurs à l'égard des écrivains les plus distingués a

pour eux-mêmes le désagrément d'être parfaitement ridicules.

[GU] Vous me permettrez, mon cher Sue, d'être un peu aussi critique et

envieux, et de me venger sur quelques-unes de vos lignes du succès de

vos ouvrages.

Si je parle souvent des fleurs et des arbres,--et des prairies, et des

bois, et de la mer,--c'est que c'est là que s'est passée toute ma

jeunesse et que se passe encore la meilleure partie de ma vie.--Aussi,

suis-je fort expert en ces choses,-et n'est-il personne qui me puisse

prendre, en aucun de mes livres, à donner à une fleur une autre couleur

que la sienne,--ou à la faire épanouir en une autre saison que celle qui

lui a été assignée par la nature.--Je les connais parce que je les

aime,--parce que je vis avec elles.--Si je vous dis aujourd'hui que les

cerisiers sont en fleurs,--ce n'est pas un effet de style que je

cherche, c'est que j'ai dans mon jardin des cerisiers en fleurs, et que

je viens de quitter la plume pour les aller voir un moment, c'est que

c'est pour moi un événement, et des plus importants, qu'une belle

journée de soleil.

Comment, vous,--vous qui avez des fleurs et une serre dans votre

charmante retraite,--vous avez commis les énormités que voici:

Vous faites fleurir non-seulement l'_aubépine_ en même temps que les

_premières violettes_, mais encore--l'_héliotrope et le jasmin_,--vous

faites des bouquets dont chacune des fleurs qui les composent est

séparée des autres par deux ou trois mois.

Mais je vois la source de votre erreur,--vous êtes un jardinier

fashionable,--vous vous en êtes rapporté à votre serre, qui vous a

trompé--en vous donnant en mars des fleurs du mois de juin et du mois de

juillet.

[GU] Mais il y a quelque part un homme qui, depuis une dizaine d'années

que je fais par-ci par-là quelques livres,--a passé une partie de sa vie

à me reprocher de parler trop des fleurs et de parler trop de

moi,--qu'il soit content, je vais un peu parler de lui.--Je l'attendais

au coin de la première phrase qu'il ferait lui-même.

La fantaisie vous en a donc pris aussi de parler de vous-même,

monsieur,--dans les conseils, assez raisonnables du reste, que vous

donnez à des jeunes gens,--en leur montrant les écueils de la carrière

littéraire et en leur disant: «J'étais bien plus heureux quand _j'étais_

OBSCUR ET IGNORÉ,--quand je voyais le soleil à travers la _clématite_

ROSES de ma fenêtre.»

Je ne ferai pas remarquer--l'ambition de ce temps passé _j'étais_,--mais

je vous dirai--que vous me semblez mettre de côté quelques lambeaux des

livres que vous déchirez, un peu comme les tailleurs rognent le drap

qu'on leur confie, et vous vous parez de ces lambeaux avec peu de

discernement. Tenez, monsieur, voyez à quoi vous vous exposez,--vous

donnez le droit à tout le monde de vous dire: «Non, monsieur, vous

n'avez jamais vu le soleil à travers les clématites roses de votre

fenêtre.»

Parce qu'il n'y a de clématite rose sur aucune fenêtre;--parce que je

vous offre dix mille francs de votre clématite rose.

Et de quoi voulez-vous que je parle,--si je ne parle de moi?--Où

voulez-vous que je prenne les incidents, les passions, les joies et les

douleurs que je vous raconte dans mes livres,--si ce n'est dans ma vie

et dans mon cœur:--on n'invente qu'avec le souvenir.

Il y a eu au Luxembourg une exposition d'horticulture,--dans laquelle

figurait un œillet de mon nom;--je ne sais pas celui de

l'horticulteur que je dois remercier du plaisir que cela m'a fait.

[GU] DE LA TYRANNIE ET DE L'INVIOLABILITÉ DE MESSIEURS LES

COMÉDIEN.--Messieurs les comédiens plus ou moins _ordinaires_ persistent

dans leurs prétentions, non pas d'être bons comédiens,--mais d'être

bourgeois estimés dans leur quartier,--gardes nationaux exacts,--bons

époux et enterrés au Père-Lachaise.

M. de Longpré a fait une comédie sur les comédiens, les comédiens du

Vaudeville ont refusé de la jouer, sous prétexte que leur profession n'y

est pas représentée avec les égards convenables.--Je ne connais pas la

pièce de M. de Longpré,--mais je le défie bien de nous montrer des

comédiens plus ridicules que ceux que ces messieurs nous montrent

quelquefois pour notre argent et aujourd'hui pour rien.

Comment, messieurs, vous acceptez parfaitement des appointements avec

lesquels on payerait six présidents de cour royale et vingt-cinq juges

d'instruction,--le dernier d'entre vous refuserait ceux d'un

sous-préfet;--je ne trouve pas cela mauvais,--mais on ne peut séparer la

médaille de son revers;--sans cela, les sons-préfets, les présidents de

cour royale et les juges d'instruction joueraient vos rôles et vous

feraient jouer les leurs.

Comment, messieurs, vous qui, par état, jouez et ridiculisez tout, les

rois,--les prêtres,--les poëtes,--les savants,--les médecins,--les

diplomates,--non-seulement par des comédies,--mais parfois aussi par les

façons grotesques dont vous les représentez au sérieux, vous avez la

prétention d'être seuls à l'abri de la satire!--Allons, messieurs, à

notre tour nous réclamons le bénéfice de l'égalité que vous continuez à

demander du haut de votre supériorité actuelle.

[GU] On reprochait à madame *** d'être un peu sévère pour un de ses

amis,--lequel est, il faut le dire, un de ces caractères bourrus,

désagréables, pour lesquels il faut toujours se rappeler qu'ils sont les

plus honnêtes gens du monde pour pouvoir les supporter un instant.

Il vous est si dévoué, lui disait-on,--il se jetterait à l'eau pour vous

sauver. «Que voulez-vous, reprit madame ***, je ne me noie jamais et

il m'ennuie toujours.»

[GU] M. Bertrand,--dont j'ai raconté la fin déplorable il y a deux mois,

n'est pas si pendu que je l'avais cru,--il a pris; au contraire, la

direction du _Journal des Chasseurs_, un des plus amusants recueils que

je connaisse;--il n'en est pas moins la _bête noire_ de ces messieurs de

la liste civile. M. de _Sahune_ a dit qu'il donnerait plutôt sa

démission au roi qu'une permission à M. Bertrand.--M. de _Fos_ en a

perdu le sommeil;--enfin, pour éviter qu'il soit introduit par ruse

dans les forêts de l'État,--on va faire une nouvelle rédaction de

permission:--au nombre des défenses expresses expliquées sur chacune, on

ajouterait celle d'emmener M. Bertrand.

M. Bertrand ne se rappelle avoir tué depuis 1830,--sans jamais avoir été

pris par les gardes,--quoique l'objet d'une surveillance spéciale,--que

cent cinquante mauvais chevreuils.

[GU] Maintenant que les journaux nous ont fait assez de récits

prodigieux sur les succès,--que dis-je? sur les triomphes de

mademoiselle Elssler aux États-Unis;--qu'ils nous ont montré assez de

magistrats dételant les chevaux, s'attelant à la voiture et la traînant

au théâtre,--il est bon de dire la vérité:--mademoiselle Elssler n'a pas

même pu obtenir qu'on abolît pour elle l'usage de faire cirer et frotter

les planches du théâtre;--elle a objecté qu'elle se tuerait;--on lui a

répondu un peu brutalement que cela serait malheureux,--mais que, si on

ne cirait pas le théâtre, ce serait inconvenant, et que, entre une

inconvenance et un malheur, on ne pouvait pas hésiter,--qu'ainsi on

continuerait à cirer et à frotter.

[GU] J'ai inutilement demandé à l'administration du timbre qu'on fît un

timbre particulier pour les livres,--qu'il s'agit, je crois, non pas de

salir, mais de marquer.--A la Chambre des députés, il a été un moment

question d'apposer un poinçon, une sorte de timbre, sur les châles de

Cachemire,--on a repoussé la proposition parce que cela gâterait les

châles.

[GU] Je vais probablement adresser une pétition à la Chambre à ce

sujet,--mais il y a là plus de marchands de châles et de représentants

de marchands de châles que d'écrivains,--et cela ne servira qu'à faire

constater la supériorité des châles sur les livres.

[GU] J'ai vu dans un article de modes--les noms de deux nouvelles

étoffes:--l'une, qui se vend chez Delille, s'appelle _ailes de

Guêpes_,--l'autre, je ne sais où,--s'appelle _baarpoor_.--Comment aller

demander du baarpoor,--comment se rappeler cela,--et ensuite comment le

prononcer?

[GU] MUSÉE DU LOUVRE.--Ici encore, je n'ai ni le droit ni l'intention de

répéter ce que j'ai dit l'année dernière sur ce sujet.--Vous me

permettrez de vous renvoyer au volume des _Guêpes_ d'avril 1840, page

171,--où vous trouverez des choses fort bonnes à lire.

J'ajouterai à ce que j'ai dit alors sur le jury que ce n'est pas à MM.

Garnier, Picot, Bidault et autres académiciens de l'école de David pour

le moins que je m'en prendrais de la partialité quelquefois choquante de

leurs jugements;--mais à MM. Horace Vernet, Delaroche, Blondel, Abel

Pujol, Hersent, etc., qui, portés par la jeune école, s'abstiennent

d'assister aux délibérations du jury, sous prétexte d'indignation,--et

laissent sans contre-poids et sans protestations les décisions de leurs

confrères plus assidus,--semblables en cela aux gens qui ne soignent pas

leurs amis malades, sous prétexte de sensibilité.

[GU] Joignez à cela que MM. Ingres et Schnetz sont tous deux en sens

inverses sur la route d'Italie.

L'année passée, le duc d'Orléans a acheté un tableau de M. Rousseau,

paysagiste habituellement repoussé par le jury.

[GU] Cette année,--mon ami Couveley avait envoyé deux tableaux,

résultats d'études très-intéressantes, faites dans un voyage récent dans

l'Orient; le premier, acheté par M. Aguado, avait été loué par le roi

lui-même;--le second était une esquisse de très-petite dimension, à

peine terminée et sans aucune importance aux yeux de son auteur;--le

jury a accepté l'esquisse et refusé le tableau.--Couveley a fait savoir

à M. Aguado qu'il lui rendait sa parole et ne le considérait pas comme

obligé de prendre son tableau déshonoré.--M. Aguado a eu le bon goût de

s'en rapporter à lui-même et de répondre qu'il gardait la parole et le

tableau de Couveley,--et que de plus il permettrait qu'il fût visité

dans sa galerie.

[GU] Un autre de mes amis,--Ferret,--l'homme le plus consciencieux dans

son travail, le plus dénué d'intrigue,--qui a exposé depuis plusieurs

années des œuvres de peinture sévère qui ont attiré l'attention des

peintres et des connaisseurs, a été repoussé.

Madame *** avait présenté quatre tableaux peints par elle, deux sous

son nom, deux sous le nom de ses élèves;--on a accepté les derniers et

refusé les autres.--Un des tableaux refusés est exposé chez

Giroux,--avec une inscription constatant le fait, etc., etc.

Je vais maintenant vous parler au hasard de quelques tableaux qui ont

attiré mon attention dans les visites peu fréquentes que j'ai faites au

Louvre, pour les raisons que j'ai déduites l'année dernière.

196.--_Chinois_ qui d'abord ont l'air d'être peints par eux-mêmes, comme

les _Français_ de M. Curmer,--mais en réalité le sont par M. Borget.

1429.--_Deux joueurs d'échecs_, par M. Meissonnier;--c'est un petit

tableau grand comme une tabatière,--mais plein d'esprit et de finesse.

2018.--_Portrait en pied de madame la duchesse de Nemours_, par M.

Franck Vinterhalter.--On sait que la duchesse de Nemours est une

très-charmante personne.--Je ne trouve pas que M. Vinterhalter ait

réussi dans toutes les parties de son ouvrage;--tout ce qui est costume

est peint d'une façon remarquable, les fleurs qui entourent la princesse

sont rendues avec une rare perfection et une grande richesse,--mais le

ton de la chair manque de distinction.

1037.--Le _Relancer du sanglier_, par M. Jadin.--Magnifique cadre de

bois sculpté.--Un des chiens n'a que trois pattes.--La funeste habitude

qu'a prise M. Jadin de ne donner que trois pattes aux chiens est encore

bien plus évidente dans le tableau 1036: _Hallali_,--cadre encore plus

beau que le précédent; c'est le même, doré.

24.--Les _Bergers de Virgile_, par M. Aligny, sont d'un vert que j'ai eu

le plaisir de ne jamais rencontrer jusqu'ici sur des figures humaines.

On me dit que cela a du style,--je laisse dire.

1050.--Une fantaisie de Tony Johannot; une des figures n'est pas aussi

jolie que celles qu'il fait d'ordinaire; elle est surtout trop

grande;--les accessoires sont peints avec beaucoup de bonheur.

1717--1719,--par M. Robert Fleury,--les deux meilleurs tableaux de cette

année à mon sens:--de la pensée et de la peinture.--C'est bien beau.--Je

ne connais rien de plus beau, excepté les pastels si distingués, si

purs, si nobles, de M. Maréchal, de Metz, 1772,--1773,--1774.

547.--Cette toile représente le portrait--d'un magnifique canapé de

velours cramoisi.--Je voudrais qu'on ôtât le monsieur que l'on a mis

dessus et qui me dérobe une partie du canapé.

704.--Une _Chasse au Lion_.--Une des manies des peintres est de donner

au lion la figure humaine.--Qui veulent-ils flatter?--Un des lions de M.

Finard a l'attitude d'un homme qui, dans un duel, les bras croisés,

attend que son adversaire ait fait feu sur lui.--Il y a bien aussi un

cheval bleu,--mais, comme je ne suis pas allé en Afrique,--je ne puis

prendre sur moi d'affirmer qu'il n'y a pas de chevaux bleus en Afrique.

1131.--A la bonne heure:--voici une _Madeleine repentante_.--On nous

fait toujours des Madeleines ravissantes de beauté, de jeunesse et de

fraîcheur,--comme si on se repentait d'autres péchés que de ceux qu'on

ne peut plus faire,--comme si on allait encombrer à la fois sa vie de

crimes et de remords.--Les remords d'une belle femme, ce sont des

regrets. La _Madeleine_ de M. Laby--est à l'âge et dans l'état d'avaries

où une femme peut se repentir sans que personne le puisse trouver

mauvais.

1047.--Un monsieur laid et mal peint.

646.--Le ciel reflété dans l'eau de ce paysage a plus de solidité que le

ciel réel,--qui a l'air d'être le reflet de l'autre.

1060.--Portrait d'un pâté de jambon.

1822.--Ce tableau représente des lions à deux fins.--C'est un animal

ressemblant à la fois au lion et au chameau.

209.--Un portrait de femme.--Je ne dis que cela, et je gage qu'on ne

m'en saura pas gré.

650.--M. E. L. dans un désert, avec des éperons et une cravache.

--La vue s'étend à trois lieues, et on n'aperçoit pas le moindre cheval.

108.--_Attaque du Teniah_.--Ce tableau est de M. Bellangé.--Malgré

l'énorme et désagréable quantité de couleur garance dont il est tacheté

par le sujet, il a des qualités remarquables.

--Les hommes tués et blessés sont bien tombés.--Les terrains sont

très-bien peints.

1439.--A la bonne heure, voici la mer.

1373.--_Ève et le Serpent_.--Ève est rose vif,--le serpent lilas

ardent,--l'arbre vert furieux.--Une grande plante assez bien peinte

jaune féroce.--L'arc-en-ciel ferait soupçonner Dieu d'être élève

d'Ingres, si on le compare à ce tableau.--Théophile Gautier me dit que

c'est très-beau.--Je n'en crois pas un mot.

2013.--Voici un tableau aussi charmant que ceux de MM. Robert, Henry et

Maréchal;--c'est une grande mare l'hiver, par M. Wickembourg; quelle

vérité! quelle perfection!--la glace y est glissante;--il y fait froid.

26.--Ceci a encore ses admirateurs:--c'est un rond de papier rose dans

un rond de papier d'or qui est dans un carré de papier bleu.

M. Amaury Duval,--jeune peintre fort estimé de ses confrères,--a encore

exposé un portrait de madame Véry--qui est une très-belle personne.--Je

ne sais vraiment pas comment je l'ai reconnue,--toujours est-il que je

ne voudrais pas qu'elle le sût.

1892.--Portrait d'un foulard,--d'une touffe de capucines et d'une

blanchisseuse.--La blanchisseuse et la touffe de capucines ne valent pas

grand'chose;--le foulard est _réussi_--assez pour indiquer à l'auteur sa

véritable vocation.--Il peint très-bien les foulards.

Les guêpes ­— séries 1 & 2 · 第 41 / 47 段