opinions les moins applicables à la question qu'il avait trouvées le
matin dans des livres ouverts pour la première fois;
Puis les noms s'épuisant, à Napoléon on répondit par Chicard,--à Vauban
par Chodruc-Duclos,--ou par Arnal,--ou par Alcide Tousez,--ou par madame
Deshoulières,--ou par Jean Racine,--ou par la Contemporaine,--ou par la
_Cuisinière bourgeoise_;--puis--on opposait Napoléon à Napoléon
lui-même:--il a dit oui un jour et non un autre.--Vauban à Vauban:--il a
d'abord été pour les fortifications, puis il a changé d'avis.
Et, comme personne ne voulait paraître moins érudit que les
autres,--chacun apportait sa liste de noms,--sa kyrielle de mots qu'il
ne comprenait pas,--et il ne s'est levé personne pour dire:
Il serait possible que ceux qui pensaient d'une façon en ce temps-là
fussent d'une opinion contraire aujourd'hui que les choses sont
changées.--Il faut même le croire dans l'intérêt de leur renommée et de
leur bon sens; car la France d'aujourd'hui,--ce n'est pas la France de
leur temps,--car Paris n'est pas leur Paris, nos passions ne sont pas
leurs passions;--car nous ne sommes pas aujourd'hui à une époque
guerrière, et la meilleure preuve en est que l'on laisse MM. les avocats
parler de guerre et de fortifications--sans qu'il s'élève dans toute la
France un immense éclat de rire et de huées universelles.
[GU] Vous n'avez pas ri à vous tordre, monsieur, de M. Gouin-Vauban,--de
M. Piscatory-Follard? Vous ne vous êtes pas roulé par terre dans des
convulsions de gaieté en voyant M. Polybe-Thiers raconter à M. Soult le
siége de Gênes, et n'être pas arrêté par le vieux maréchal, qui lui
disait en vain: «Mais j'y étais, monsieur;--mais c'est moi qui l'ai
fait, ce siége, avec Masséna;--mais j'y ai eu la cuisse
cassée,--monsieur.»
[GU] Ah! monsieur,--cela était cependant bien plus réjouissant que de me
faire passer pour mort.
[GU] M. de Lamartine a été courageux et éloquent.--M. Dufaure a été vrai
et raisonnable. (Voir plus haut ses remords.)--M. Garnier-Pagès a été
non-seulement spirituel et sensé, mais il s'est intrépidement séparé de
son parti.
[GU] Et on n'a pas compris que Paris devient un château fort du moyen
âge,--et que la province est supprimée,--que sur un coup de
main,--appelé émeute quand cela ne réussit pas, et glorieuse révolution
quand cela réussit,--la France entière, selon le vainqueur, sera livrée
aux jésuites ou à la guillotine.
[GU] On n'a pas compris que la France entière, désintéressée dans la
question, pourrait être traversée pacifiquement par une armée ennemie
qui payerait ses vivres.
[GU] Paris sans fortifications--peut être pris, mais est impossible à
garder.
Mais Paris fortifié au prix de la fortune publique,--Paris attaqué ne
tiendra pas une semaine; on l'a dit: «_que les fraises manquent pendant
trois jours--et Paris ouvrira ses portes_.»
[GU] Les hommes qui se battront à Paris sont des hommes qui n'y
possèdent rien,--c'est-à-dire le peuple et les ouvriers;--mais les
propriétaires,--vous croyez qu'ils exposeront leurs maisons,--et les
propriétaires sont à la Chambre,--et ils sont les maîtres de faire une
capitulation,--attendez seulement la première bombe qui descendra par la
cheminée se mêler aux légumes du pot-au-feu,--et Paris pris,--l'ennemi
le gardera au moyen des fortifications.
[GU] Parisiens, mes bons Parisiens,--on vous a persuadé--qu'il fallait
vous faire une chemise d'amiante pour le cas où votre maison brûlerait,
au lieu de vous conseiller d'éteindre le feu, je le veux bien.--Je sais
bien que j'attaque l'opinion de la majorité,--que je n'ai de mon côté
que les gens d'esprit et de bon sens, c'est-à-dire le petit nombre;--je
sais bien qu'on va encore m'écrire des lettres anonymes injurieuses et
menaçantes;--mais, voyez-vous, en vérité, je vous le dis,--il viendra un
jour--où personne ne voudra avoir été partisan des fortifications,--où
la Chambre qui les a votées en tirera quelque sobriquet fâcheux.
[GU] Depuis que M. Thiers a le projet d'écrire l'histoire de
Napoléon--et qu'il a écrit son nom sur les bottes de la statue de bronze
de la place Vendôme, il s'identifie avec le personnage d'une façon
extraordinaire,--chaque fois que, dans la discussion des fortifications,
on a parlé de l'empereur,--et Dieu sait si on en a assez parlé!--il a
demandé la parole comme pour un fait personnel.
[GU] Un matin,--en lisant le compte rendu de la séance de la Chambre des
députés, dans un journal partisan des fortifications--j'ai espéré qu'il
était arrivé des forts détachés comme autrefois de la tour de Babel, et
que nous en étions délivrés,--voici ce que disait le journal partisan
des forts:
«L'agitation et les sentiments produits par ce discours se manifestent
librement lorsque M. Soult est descendu de la tribune. M. Odilon Barrot
essaye en vain de parler; le tumulte couvre sa voix. M. Billault court à
la tribune; l'assemblée est hors d'état de rien entendre. Bientôt tous
les membres quittent leurs places et descendent dans l'enceinte. Les
ministres restent dans une solitude complète et dont ils paraissent
effrayés. La séance reste suspendue.»
Cette chance de salut a manqué.
[GU] Tout en fortifiant Paris,--on a cependant, par un amendement, à peu
près établi que la capitale ne serait pas classée dans les villes
fortifiées.--C'est une critique assez heureuse de l'opération,--et, si
M. _Lherbette_ l'a faite exprès, je l'en félicite sincèrement.
Cela rappelle un peu l'histoire de ce monsieur qui, ne trouvant pas son
parapluie, écrivit à un ami chez lequel il croyait l'avoir laissé;--puis
tout à coup, avisant qu'il l'avait serré,--cacheta cependant sa lettre
après y avoir ajouté un _post-scriptum_:
«Mon cher ami, fais-moi le plaisir de chercher mon parapluie que je
crois avoir laissé chez toi.
M***.»
«P. S. Ne t'occupe pas de mon parapluie, il est retrouvé.»
[GU] Paris non fortifié,--c'est le roi des échecs;--quand il est _mat_,
la partie est perdue;--mais on ne le prend pas et on recommence.
[GU] Paris non fortifié, c'est une ville de rendez-vous pour le monde
entier; c'est la capitale du plaisir, de l'esprit et de la pensée.
C'est là où viennent se reposer les rois exilés par les peuples, et les
peuples destitués par les rois;--c'est là que de toutes parts on vient
étaler ses joies et cacher ses misères.--Paris, c'est la grande
Canongate du monde entier.
[GU] L'ennemi! mais, Parisiens, mes bons amis,--il est au milieu de
vous;--l'invasion, mais elle est faite;--votre ville! mais elle est
prise,--par les brouillons, par les bavards, par les ambitieux de bas
étage, par les avocats parvenus et les fabricants de chandelles enrichis
et mécontents.
[GU] Invasion plus cruelle mille fois que celle de l'étranger,--car
l'étranger respecterait Paris,--Paris, où il vient s'amuser,--Paris, son
rêve et son Eldorado,--Paris, qui appartient au monde et auquel le monde
appartient.
[GU] Parisiens,--Parisiens,--vous me rappelez les Troyens introduisant
dans leur ville le cheval de bois,--cette horrible machine,--_machina
feta armis_,--pleine d'armes ennemies,--et moi,--semblable à
Laocoon,--je lance ma javeline contre le cheval de Troie, et je m'écrie:
O miseri! quæ tanta insania, cives?
..................
Mais je suis la Cassandre de Troie,--et je parle à des Cassandres.
Aut hoc inclusi ligno occultantur Achivi,
Aut hæc in nostros fabricata est machina muros,
Aut aliquis latet error.......
[GU] Les grands peuples libres se sont défendus avec des murailles de
poitrines et de bras.--Les peuples fatigués ou déchus se cachent
derrière des murailles.
[GU] N'avez-vous pas ri,--mon cher monsieur, quand vous avez vu que
juste à l'instant où l'on votait une loi ruineuse, honteuse et ridicule
pour préserver Paris des horreurs de l'ennemi et notamment de la
_perfide Albion_, les membres des deux Chambres anglaises--parlaient
avec affectation de leur estime et de leur sympathie pour la
France,--et prononçaient à l'envi des paroles de paix et
d'amitié,--comme pour rendre la chose plus drôle et y ajouter encore un
peu de comique, s'il était possible.
Provisoirement,--il faut jeter les yeux sur les ravages que va faire
autour de Paris le génie militaire,--et se demander--si une invasion de
Tartares et de Cosaques causerait une pareille désolation.
TRACÉ DES FORTIFICATIONS.--Le tracé du rempart bastionné à élever à
l'entour de Paris restant comme le génie l'a tracé, et la zone de
servitudes étant fixée à deux cent dix mètres, ainsi qu'on l'annonce,
voici, d'après le _Journal du Commerce_, la liste exacte des bois,
plantations, maisons, usines, à raser:
1. Une partie du village du Point-du-Jour, sur la route de Sèvres;
2. Près de la moitié du bois de Boulogne, car la zone actuelle a à peine
cinquante mètres devant le fossé;
3. Toute la porte Maillot, au bois de Boulogne;
4. Tout le quartier d'Orléans ou de la Mairie, à Neuilly et aux Thernes;
5. Une bonne partie du parc royal de Neuilly;
6. Plusieurs usines et maisons particulières situées au levant de la
route de la Révolte;
7. Tout le village situé entre les Batignolles et Clichy, sur la route
de la Révolte;
8. Plus de quarante maisons, bâtiments, auberges et usines sur la route
de Saint-Denis à la Chapelle;
9. Une partie de la Petite-Villette;
10. Presque tout le village des Prés-Saint-Gervais, qui se trouve à la
gueule du canon du rempart couronnant les hauteurs de Belleville à
l'ouest;
11. Une partie du village de Pantin;
12. Toutes les maisons de la rue qui conduit de la place des Communes de
Belleville à Romainville;
13. Toutes les plantations des lieux dits les Bruyères et la Justice;
14. Une partie du village de Bagnolet;
15. Plus de la moitié du village de Saint-Mandé;
16. Plus de cinquante maisons de maraîchers dans la vallée de Féchamp;
17. Le parc et le château de Bercy tout entiers;
18. Une partie du village de la Maison-Blanche, sur la route de
Fontainebleau;
19. Une partie de Gentilly;
20. Presque tout le Petit-Montrouge;
21. Enfin plus de deux cents maisons, usines et manufactures, à Vanvres,
Clamart, Vaugirard, Issy, Grenelle et Beaugrenelle.
Quant aux arbres à abattre, aux jardins à détruire, aux clôtures à
renverser, aux carrières à fermer, le nombre en est énorme.
Toutes les voies de petite communication se trouveront interceptées; les
embarras et la gêne qui en résulteront sont incalculables.
Puis enfin il faudra jeter des ponts-levis, masqués par des ouvrages
avancés, sur toutes les grandes routes.
[GU] Donc, par un vote de la Chambre des députés,--Paris est
détruit.--Il faut créer un autre Paris morne,--ennuyeux, ennuyé;--tu
l'as voulu,--Georges Dandin;--ce n'est pas cependant que ceux qui le
demandaient avec le plus de ferveur y tinssent en réalité beaucoup; non,
il faut crier pour ou contre quelque chose;--l'enthousiasme avec lequel
on crie n'a pas de rapport à la chose pour laquelle ou contre laquelle
on crie;--pour crier,--tout est bon pour prétexte. Vous
rappelez-vous,--il y a deux mois à peine,--l'indignation, les cris, les
lithographies,--les plâtres--pour Mehemet-Ali,--qui allait être
abandonné par la France;--le jour où son affaire a été décidée, vous
auriez cru que les cris allaient redoubler?--pas du tout; on n'y pensait
plus.--Mehemet-Ali,--qu'est-ce que Mehemet-Ali?--Ah! oui,--un vieux,--un
Égyptien.--Oh! bien, oui; mais il s'agit des fortifications.
Parmi les choses que l'on fait croire aux Français,--il faut compter
celle-ci: qu'ils ont un gouvernement constitutionnel composé de trois
pouvoirs égaux.
Il serait curieux de savoir quel est le pouvoir qu'exerce la Chambre des
pairs;--elle n'a pas encore voté la loi des fortifications, et il n'est
personne qui ne la considère comme parfaitement établie.
[GU] Cependant, messieurs les pairs, vous qui comptez parmi vous la
plupart des grandes illustrations du pays,--ce serait là pour vous
l'occasion d'un beau réveil.
Ce serait une grande et belle chose,--qu'un vote à une immense majorité,
qui dirait:
«Halte-là, messieurs les avocats parvenus,--messieurs les marchands de
bas retirés,--messieurs les épiciers enrichis;--nous, les derniers
gentilshommes;--nous, les descendants des héros qui ont rendu la France
glorieuse et triomphante;--nous, les restes de la vieille noblesse
française;--vous avez assez ruiné, dévasté et avili ce pauvre
pays,--nous vous défendons d'aller plus loin.»
[GU] _N. B._ Deux ou trois pairs feront des discours spirituels contre
le projet de loi;--après quoi la Chambre votera pour le projet de loi.
[GU] La France est jouée--à pile ou face entre les talons rouges du
comptoir et les tribuns de l'estaminet. La pièce tombe face.
[GU] Et ici, avec le vote de la Chambre, commence
LE RÈGNE PROVISOIRE _des talons rouges du comptoir_,--Qui, au moyen des
fortifications, se font hauts barons et seigneurs féodaux.
[GU] M. Casimir Delavigne a eu l'honneur de faire hier la _révérence_ au
roi; on a remarqué, comme costume de bon goût, son habit de taffetas
céladon, et ses bas de soie de couleur de rose;--il aurait bien voulu
_monter dans les carrosses du roi_,--mais il n'a pu faire _ses preuves_,
quoiqu'il se pique de bonne maison; mais sa famille était de robe et n'a
jamais été dans les grandes charges.
[GU] On a hier promené par la ville, en grande procession, le _chef de
saint Jean-Baptiste_, pour empêcher les vignes de geler par le froid qui
a repris.
[GU] MM. T. de R.,--R. de G.,--et Eug. B., les deux premiers jeunes
gentilshommes _appartenant à monseigneur le Dauphin_, et le dernier _de
plume_, sont sortis hier d'un cabaret de la place de la Bourse, après le
couvre-feu, et un peu _jolis garçons_; arrêtés par le _guet_, ils ont
battu l'_exempt_ et ses _archers_;--M. le _lieutenant_ civil en a été
informé et veut, dit-on, porter l'affaire au parlement.
[GU] On assure que la petite***, de l'Opéra, plus connue sous le nom
de Fifille, qui a été à M. le duc de***, et qui a passé depuis au comte
de***, va entrer _en religion_.
[GU] M. Alphonse Karr, _gazetier_, qui s'est permis de réciter dans
quelques _ruelles_ une épigramme contre monseigneur Thiers, grand
connétable de France, a été rudement _bâtonné_ par sa _livrée_.--Il a
chargé M. Léon Gatayes d'_appeler_ M. Thiers, mais MM. les
_maréchaux_--ont décidé que M. Karr, n'étant pas d'épée, n'avait aucun
droit à une réparation de ce genre.
[GU] M. Roussin vient d'être nommé général des galères de Sa Majesté.
[GU] MM. Th. Burette et Léon Bertrand, pris en flagrant délit de
braconnage _sur les terres du roi_,--ont été condamnés à être _pendus
haut et court_.--Leurs parents ont voulu se jeter aux pieds du
roi,--mais, malgré la protection du R. P. Oll***, confesseur de Sa
Majesté et de M. Barthe, qui vient _de traiter de la charge de premier
président de la cour des aides_ avec M. Persil, ils n'ont pu parler à Sa
Majesté.
[GU] Au bal de l'ancienne liste civile, la société a paru mieux composée
qu'au bal au profit des inondés de Lyon, où il faut dire qu'elle était
beaucoup plus nombreuse.--M. de Ganneron, duc de la Cassonnade, l'un de
nos plus élégants seigneurs,--y a dit ce mot, qui a été approuvé: «Le
Parisien est généreux, mais très laid.»
[GU] Monseigneur le _Dauphin_--y a paru avec une magnifique cotte de
maille de _Milan_ et un _pourpoint garni de vair_.
[GU] Les jeunes gens du commerce semblaient s'y être donné rendez-vous,
ils étaient tous si frisés et si pommadés, que la réunion de ces divers
cosmétiques produisait un mélange horriblement nauséabond.
Une femme du monde disait: «C'est singulier, à chaque instant, je crois
voir une figure de connaissance, et ce n'est qu'après que je me rappelle
que ce monsieur que j'ai failli saluer n'est connu de moi que pour
m'avoir vendu du satin ou de la dentelle.--Celui-ci--est
très-cher,--celui-là surfait beaucoup,--cet autre aune à ravir.--La
Truie qui file y avait ses représentants,--ainsi que l'Y grec,--les Deux
Magots,--le Chat qui pêche,--et la Balance d'or.
[GU] On remarquait la fleur de la nouvelle noblesse française, de
puissants barons et des seigneurs avec leurs dames:
M. GENTIL, vidame de Saint-Ouen,--duc du Chat qui pêche,--avait un
costume des plus galants: surcot mi-parti avec blasons de l'un en
l'autre doublé de petit-gris et menu vair, tricot également mi-parti
d'écarlate verte et d'écarlate blanche, manches déchiquetées en barbe
d'écrevisse, souliers à la poulaine, rattachés au genou avec une chaîne
de pierreries, camail nacarat à queue du même, aumônière en dague, gants
de fauconnerie en buffle, garnis avec un tiercelet d'autour dûment
chaperonné et clocheté.
[GU] On a remarqué sa voiture: il porte de sinople à deux ablettes
d'argent, adossées, écartelé de gueules à trois chats au naturel,
passant, avec un bonnet de coton, en abîme au trescheur d'or, le tout
timbré d'un chapeau de soie imperméable avec des lambrequins assortis,
et l'ordre de la Légion d'honneur _contournant_.
[GU] Madame MARTIN (du Nord), la chancelière, avec la tunique à la
Spartiate, fendue sur la cuisse, et retenue d'agrafes de pierreries, le
manteau de peau de panthère, la demi-lune de diamants et les cothurnes
opales glacées de paille, et le sourire bleu de ciel de Diane allant
visiter Endymion; elle a sur le dos la trousse (_pharetra_) de rigueur
où elle serre ses gants, ses flacons de sels d'Angleterre, son mouchoir
de Chapron (spécialité), et les trente-deux sous pour son fiacre.
[GU] Madame BARTHE,--_femme du lieutenant criminel_,--rotonde goudronnée
et fenestrée en truelle de poisson, béguin à la Médicis _orlé_ de
perles, corsage à pointe, manches déchiquetées et tailladées à
l'espagnole, vertugadin à sept pans, souliers carrés losangés de rubans
feu, gants cousus et brodés d'or de Florence, parfumés de benjoin et de
civette, aumônière de velours incarnadin, ouvré et ramagé de la façon la
plus galante du monde, chemise et robe de dessous garnies de point de
Venise.
[GU] M. FOULD,--_comte de Jérusalem_,--turban à l'orientale, caftan de
brocart, barbe pailletée de limaille d'or, l'anneau de Salomon à l'index
de la main gauche, une roue jonquille au milieu du dos, et les
pantoufles jaunes de rigueur.
[GU] M. DE RAMBUTEAU,--_échevin de la ville de Paris_,--poudré à
frimats, coiffé à l'oiseau royal, habit à la française de velours
épinglé, gorge de colombe, boutons tabatière, renfermant chacun une
lettre du nom de ce monsieur, veste lilas glacé, brodé de soie couleur
sur couleur, boutons en pointe de diamants, culotte de drap d'or doublée
de toile d'argent, claque garni de plumes, à un louis le brin, cravate
en maline de la bonne faiseuse, épée la poignée en bas, à lame de
baleine, fourreau de chagrin, dragonne de rubans d'argent, baudrier
congrant deux montres à miniature; bonbonnière en ivoire de Dieppe,
garnie de pralines à la Reine.
[GU] Madame LEBŒUF, _duchesse du denier douze_,--coiffée en hérisson
avec un œil de poudre, deux repentirs au naturel des assassins au
coin de la bouche, un corset cuisse de nymphe émue, lacé d'une échelle
de rubans assortis, jupes de linon des Indes, à paniers relevés de roses
pompon et de papillons de porcelaine de Saxe, les bas chinés à coins,
mules à talons rouges, patin d'un demi-pied de haut, du rouge.
[GU] Monseigneur GOUIN, _baron de la rue Tiquetonne_.--Ancien
surintendant général des finances, perruque in-folio, canons du grand
volume, juste-au-corps à brevet, veste mordorée, jarretière de diamants,
souliers à oreilles, canne d'ivoire à tête de porcelaine, tabac
d'Espagne dans les poches, à la façon de M. le prince, solitaire
extravagant au petit doigt de la main droite.
[GU] M. ROGER (du Nord), _grand maître de l'artillerie_.--Juste-au-corps
de buffle, ceinturon bouclé de fer, bottes à entonnoir, grègues de cuir
de Cordoue, agréments de non-pareille rouge, col rabattu, colichemarde
de Tolède, baudrier piqué, feutre à plume rouge, gilet de flanelle à
maille d'acier, royale et moustaches poignardant le ciel.
[GU] A la Chambre, pendant la discussion des fortifications, M. de
Lamartine s'est embrouillé dans les nouvelles mesures et a proposé de
charger un canon avec plusieurs milliers de poudre.
[GU] A la représentation au bénéfice de Mario, mademoiselle Albertine
avait un diadème en pierreries si indécent,--que le prince de Joinville
et le duc de Nemours, ne pouvant en supporter l'éclat, se sont retirés
au fond de leur loge,--pendant tout le temps qu'elle a dansé.
[GU] M.***, qui m'a paru un honnête garçon de quarante-cinq ans
environ, a eu autrefois le bonheur de rendre un service important à
madame Adélaïde, sœur du roi.
Tout récemment, et peut-être en voyant l'état peu agréable des rues de
Paris, il a pris fantaisie à M.*** de travailler à l'embellissement
et à l'assainissement de la grande cité.--Il se rend alors chez son
ancienne obligée, lui expose des plans, des résolutions, et reçoit
d'elle, avec l'accueil le plus gracieux et le plus cordial, une lettre
de recommandation pour le chef de l'édilité parisienne.
Cette lettre était conçue en termes tellement vifs et pressants, que
M.*** dut penser naturellement à l'embarras qu'éprouverait M.
Delessert pour satisfaire la princesse sans se démettre de ses fonctions
en faveur du recommandé.
La lettre remise, on annonça une réponse prochaine. Il fallait bien, en
effet, prendre au moins quelques jours pour se décider à accomplir le
sacrifice que la princesse paraissait désirer, ou du moins, pour
l'éviter d'une manière convenable et par un palliatif suffisant.
Enfin, la lettre d'investiture arrive, et voici ce qu'elle contenait:
«Monsieur, j'ai l'honneur de vous annoncer que vous serez
_incessamment_ admis PROVISOIREMENT à remplir les fonctions
«DD'ASPIRANT AU SURNUMÉRARIAT dans l'administration de la salubrité
publique.
«J'ai l'honneur d'être, etc.»
M.*** assure qu'il a répondu par une lettre très-piquante.
[GU] Il y a en Belgique plusieurs contrefaçons des _Guêpes_--à divers
prix.--Mon ami Gérard de Nerval m'écrivait dernièrement:--«J'ai vu votre
portrait dans la contrefaçon belge,--je ne vous cache pas que vous êtes
fort contrefait.»
Un autre voyageur m'écrit aujourd'hui même:
«J'ai vu les _Guêpes_, je te porterai le volume où est ton
portrait,--Dieu! que tu es laid.»
La contrefaçon belge,--pardon, messieurs les libraires belges, de vous
faire imprimer ceci--la contrefaçon belge est appelée par les gens
sévères--un vol.
Car, sans faire entrer les auteurs dans le partage d'aucun bénéfice, la
librairie belge--fournit à leur détriment leurs ouvrages à toute
l'Europe,--à un prix naturellement inférieur à celui auquel les vendent
les libraires français, qui sont obligés de partager avec les auteurs.
[GU] Pour moi, je ne me plains jamais de ces choses-là,--et, chaque fois
que je mange un pain et deux harengs,--je serais enchanté que les
miettes pussent nourrir cinq mille hommes,--et je n'élèverais aucune
réclamation--quand ces miettes auraient un peu l'air de rognures.
M. Jamar,--celui qui, je crois, contrefait les _Guêpes_ en Belgique avec
le plus de succès, connaît sans doute cette insouciance, car, en me
priant de faire quelque chose qui lui sera agréable,--il commence ainsi
sa lettre:
«Monsieur A. Karr,
«En ma qualité d'éditeur de votre ouvrage, les _Guêpes_, à
Bruxelles, je me crois permis de vous adresser une demande, etc.,
etc.
JAMAR.»
[GU] On disait hier, en grosse compagnie, que M. Couveley, peintre du
roi, qui a l'habitude de porter beaucoup d'or sur lui,--a été assailli
par des malandrins qui lui ont pris la bourse et ses deux montres.
[GU] M. Cousin a acheté la charge de premier porte-parasol du roi.
A une soirée, un de ces jours derniers.
Un jeune homme, appelé Batta, a joué du luth avec quelque succès;--on a
également applaudi le téorbe du sieur Artot.