un imbécile et ne pas être un lâche,--je vous prierai, si vous n'y voyez
pas d'inconvénient, de me faire parvenir l'adresse de vos oreilles.
Il y a de bonnes gens qui crient à tue-tête: «Moi, je ne me vendrais pas
à l'or du pouvoir!»--des gens qui,--aussitôt qu'on ne partage pas les
idées saugrenues qu'ils prennent je ne sais où,--vous déclarent corrompu
et vendu.
Je pense que ces gens ont besoin de beaucoup de vertu et de
désintéressement pour conserver ainsi leur indépendance,--et que le
gouvernement est sans cesse à leur porte pour les supplier d'accepter
cinquante mille livres de rente,--une voiture à panneaux œil de
corbeau--et des chevaux alezan brûlé.
Pour moi, j'avouerai humblement que je ne puis me rendre compte à
moi-même de la brutalité de ma vertu à cet endroit, attendu qu'elle n'a
jamais été attaquée jusqu'ici.
Mais,--mes braves gens,--je veux bien vous avouer toutes choses: je suis
subventionné, il est vrai,--je le nierais en vain;--cela d'ailleurs est
facile à voir,--je n'ai pas de chevaux, mais j'ai des pigeons blancs;
j'avais un paletot neuf il n'y a pas plus de trois mois.--Après cet
aveu, je n'hésite pas à vous dénoncer mes corrupteurs:--tenez, en voici
un qui passe,--c'est un étudiant avec un habit noir blanchi aux coudes
et aux coutures; il monte ses cinq étages--en fumant son cigare;--il
vient d'acheter un de mes petits volumes.
Eh! bon Dieu, en voici un autre:--celui-là c'est une femme: la
voyez-vous à la fenêtre de sa mansarde,--ses cheveux blonds se mêlent au
feuillage bruni des cobéas,--elle lit un de mes romans.
Mais j'en rencontre partout de ces corrupteurs qui me
subventionnent:--j'en ai dans les salons et dans les ateliers.--Il y a
quelque temps,--comme je courais les bois avec un de mes amis, nous
avons trouvé un volume des _Guêpes_ chez un garde-chasse,--dans une
hutte au milieu d'une forêt.--Ce brave homme me fait un revenu de trois
francs par an.
Mais si cela ne me suffisait pas, monsieur E. Bouchereau,--qui
m'empêcherait d'ajouter quelques pages d'annonces à mes petits livres,
comme font les journaux et les revues?--qui m'empêcherait de me faire,
par ce moyen, un revenu de cinq à six mille francs?--personne et rien au
monde,--sinon que je suis un poëte et ne suis pas un homme d'argent.
[GU] En lisant la brochure de ce monsieur, je me suis rappelé l'époque
de ma vie à laquelle il faisait allusion.
Moi pauvre! je n'ai jamais été si heureux, je n'ai jamais été si riche
qu'à cette époque où je dînais souvent avec un morceau de pain et un
verre d'eau.--Moi pauvre! mais il y avait des jours,--seulement quand
j'avais vu s'entr'ouvrir le rideau d'une certaine fenêtre, où j'évitais
de toucher les passants du coude dans la crainte de les briser.--Moi
pauvre! j'ouvre des notes que j'écrivais tous les soirs,--et voici ce
que j'y trouve.--Voyez si j'étais pauvre et si j'étais malheureux:
Août 182.....
Je me suis levé de bonne heure. Le soleil se levait dans de tièdes
vapeurs; ses rayons obliques scintillaient à travers les haies comme des
paillettes d'or, et il semblait que le soleil me disait: «Je te salue,
Alphonse; c'est pour toi que je purifie l'air que tu vas respirer; c'est
pour toi, ce matin, que je couvre de pierreries les pointes vertes de
l'herbe; je te salue, tu aimes, tu es le roi du monde.»
_Une fauvette à tête noire sur un châtaignier chanta et dit_: «Je te
salue, Alphonse; c'est pour toi, aujourd'hui, que sont nos concerts;
c'est une grande fête que le premier sentiment d'amour qui se glisse au
cœur; je te salue, tu aimes, tu es le roi du monde.»
_Une campanule dans l'herbe_: «Je te salue, Alphonse; c'est pour toi que
j'ouvre, ce matin, mes corolles de saphir, c'est pour réjouir tes yeux
que les pâquerettes étoilent la prairie de leur petit disque d'or et de
leurs rayons d'argent. Tu aimes, tu es le roi du monde.»
_La clématite_: «Je te salue, Alphonse; c'est pour toi que j'embaume
l'air de mes parfums pénétrants, c'est vers toi que je tourne mes petits
encensoirs d'argent. Tu aimes, tu es le roi du monde.»
_Le châtaignier_: «Je te salue, Alphonse; j'étends sur toi mes larges
éventails verts; il y a cent ans qu'on m'a planté, cent ans que je
résiste aux vents pour t'abriter aujourd'hui contre les âpres baisers du
soleil. Tu aimes, tu es le roi du monde.»
_Le vent dans les feuilles_: «Je te salue, Alphonse; c'est pour toi
aujourd'hui que seront mes plus suaves et plus mystérieuses harmonies,
pour toi qui seul les comprendras. Pour les autres, je ferai crier
aigrement une girouette, mais, pour toi, je te dirai les plus doux
secrets de l'amour, et j'enlèverai la poussière du chemin par où tu dois
aller la voir, je t'apporterai l'air qu'elle chante en pensant à toi. Tu
aimes, tu es le roi du monde.»
[GU] On demande l'adresse des oreilles de M. E. Bouchereau.
Décembre 1840.
Rançon et retour des _Guêpes_.--Le cheval Ibrahim.--Un mot de M.
Vivien.--Mot de M. Pelet (de la Lozère).--M. Griel.--M. Dosne
considéré comme péripatéticien.--La mare d'Auteuil.--Comment se
fait le discours du roi.--Un mot de M. Énouf.--Les échecs.--Un mot
de M. Lherbette.--M. Barrot.--M. Guizot.--M. de Rémusat.--M.
Jaubert.--Les vaudevilles de M. Duvergier de Hauranne.--Deux
lanternes.--Le roi et M. de Cormenin.--Naissance du duc de
Chartres.--M. de Chateaubriand.--La reine Christine.--Le général
d'Houdetot.--Bureau de l'esprit public.--M. Malacq et mademoiselle
Rachel.--M. Lerminier et M. Villemain.--Une guêpe de la
Malouine.--M. A. Dumas.--Forts non détachés.--Mot de M. Barrot
revendiqué par les _Guêpes_.--M. Cochelet.--M. Drovetti.--M.
Marochetti.--Une messe d'occasion.--_Obolum Belisario_.--MM.
Hugo,--de Saint-Aulaire,--Berryer,--Casimir Bonjour.--M. Legrand
(de l'Oise).--M. Jourdan.--Un logogriphe de M.
Delessert.--Dénonciation contre les conservateurs du musée.--M.
Ganneron mécontent.--M. E. Sue et monseigneur Affre.--Les fourreurs
de Paris et les marchands de rubans de Saint-Étienne.--M.
Bouchereau paraît.--Les inondations.--Le maire de Saint-Christophe.
DÉCEMBRE.--D'après le jugement dont je vous ai parlé,--on allait vendre
le _titre_ des _Guêpes_ aux enchères publiques.--Mes pauvres guêpes,
qu'allaient-elles devenir? Qu'en aurait-on fait?--Elles, si libres, si
indépendantes,--à quel parti, à quel valet de parti allaient-elles
appartenir?--Au service de quelle sottise allaient-elles se mettre?--Au
profit de quelle friponnerie allaient-elles combattre?
Je me suis ému,--et, pour leur rançon, j'ai donné tout mon argent.
[GU] J'ai racheté ça titre que j'avais créé, qui m'appartenait selon
l'équité,--mais non selon la justice.
Revenez donc à moi,--Astarté,--Grimalkin,--Moloch,--j'ai pour vous
recevoir de beaux camélias--et des tussilages, des héliotropes d'hiver
parfumés. Revenez, mes pauvres prisonnières; revenez, mes enfants, mon
escadron ailé, mon bel escadron d'or,--revenez à moi.
Nous allons recommencer notre guerre contre l'avidité et contre la
sottise. En avant!
J'ai raconté dans les _Guêpes_--comment M. Thiers avait acquis de M.
Leroy--un petit cheval que M. Leroy prête d'ordinaire à un enfant que
l'on appelle familièrement _Tata_.--Les journaux se sont emparés des
faits, et, au lieu de dire le cheval de _Tata_, ont dit le cheval
_Tata_.--Le cheval s'appelle _Ibrahim_.--Depuis que M. Thiers a été _mis
à pieds_, il paraît qu'il a rendu _Ibrahim_ à M. Ernest Leroy,--que j'ai
aperçu dessus l'autre jour. Ibrahim a beaucoup gagné depuis qu'il n'est
plus aux affaires.
[GU] M. Vivien a dit spirituellement, en quittant l'hôtel du ministère
pour retourner chez lui: «C'est égal, j'aurai toujours appris ce qu'il
faut se donner de peine pour être un mauvais ministre.»
Pendant que M. _Pelet de la Lozère_ était ministre des finances,--il
faisait le relevé de ses comptes avec M. _Griel_,--et il était
très-mécontent de certaines énormités.--M. Griel lui dit: «Mais c'est M.
le président du conseil qui les a ordonnées _pour l'État._
--On voit bien, dit M. Pelet, que M. le président n'y met pas du sien.»
[GU] Docile à nos conseils, M. Dosne, que M. L..., un de ses collègues à
la Banque, appelle le beau-père du gouvernement, est venu immédiatement
jouer la hausse à la Bourse sur la démission de son gendre.
Ce grand philosophe continue ses promenades au passage des Panoramas, de
une heure à quatre heures; une demi-heure avant l'ouverture des cours et
une demi-heure après.
On s'obstine à demander ce qu'est devenue la fameuse enquête sur les
affaires de la Bourse.
[GU] A un journaliste très-spirituel--on demandait s'il pensait
réellement ce qu'il avait dit au sujet d'une pièce de théâtre. «Le
public,--répondit-il,--a besoin qu'on lui donne _une_ opinion;--on me
donne, à moi, cinq cents francs par mois pour donner une opinion sur les
pièces nouvelles.--J'en donne _une_, mais ce n'est pas la mienne;--la
mienne, ce serait plus cher.»
[GU] Sous prétexte de guerre possible avec l'_étranger_,--on en fait une
certaine et acharnée à nos propriétés et à nos plaisirs.--Le bois de
Boulogne est saccagé;--cet endroit délicieux qu'on appelle la mare
d'Auteuil est livré aux ouvriers du génie.--On a abattu les plus beaux
arbres et on entasse des mœllons.
[GU] Il est bon, pour édifier nos lecteurs sur la majesté de la royauté
constitutionnelle, de bien leur dire ce que c'est que le discours du
roi,--que l'on appelle, dans l'argot de ce temps-ci, discours du
Trône,--ou discours de la Couronne.
Ce discours est fait par les ministres--_constitutionnellement_, le roi
ne doit prendre aucune part à sa rédaction;--il l'apprend par cœur et
le lit à la Chambre à peu près comme un enfant récite une fable. Dans le
plus grand nombre de cas, on peut, il est vrai, supposer que le roi, qui
choisit ses ministres,--n'a à répéter que l'expression de sa propre
pensée;--cependant la majorité peut forcer le choix du roi, et il lui
faut alors dire des choses dont il ne pense pas un mot, et dont il pense
précisément le contraire.
Le discours du roi a été fait par les ministres, dont deux sont membres
de l'Académie française.--Il est impossible de rien voir de plus plat,
de plus nul,--de plus mal écrit--que ce discours.
Si ce n'est pourtant l'_adresse_ en réponse au discours, qui est encore
bien plus plate, bien plus nulle et bien plus mal écrite.--Il y avait
dans la rédaction de l'adresse trois académiciens.
Dans la nomination de la commission de l'adresse, on a remarqué que M.
de Lamartine a obtenu une voix; M. de Salvandy, trois; M. Dupin,
six.--C'est-à-dire que le nombre des suffrages est en raison inverse du
talent littéraire de chacun des concurrents.
D'ordinaire les sots importants et les sottises sérieuses ont soin de se
bien habiller, sachant bien que c'est le seul mérite qu'il leur soit
permis d'atteindre.--Je n'ai jamais vu de sottises plus mal vêtues que
celles du discours et celles de l'adresse.
[GU] Il y a des gens qui ont un procédé facile pour paraître bien
informés, c'est la contradiction; ces gens-là ont dit que l'adresse si
hautement revendiquée par Me Dupin avait été faite par le roi, qui se
vengeait de ne pouvoir parler lui-même--en se donnant le plaisir de se
répondre.--On a été jusqu'à préciser le nombre des couverts de vermeil
qui auraient été donnés par le roi à Me Dupin--pour récompenser sa
complaisance.--Ces bruits, qui n'ont aucun fondement, n'en ont pas moins
pour cela trouvé de l'écho. Me Dupin, dans son adresse, donne au roi
plusieurs conseils fort utiles, tels que de _s'entourer de conseillers
fidèles et éclairés_.--Cela me rappelle ce conseiller municipal qui
pendant une longue sécheresse--interrompit une délibération--demanda la
parole et dit: «Il serait bien à désirer qu'il vînt de la pluie.»--Après
quoi il conseille à Louis-Philippe de se fier à _son étoile_,
c'est-à-dire de s'en rapporter à la _Providence_, qui est le nom
chrétien, le nom de baptême du hasard.--Ce qui n'a pas paru d'une
politique bien transcendante.
[GU] Pendant que je parle de Me Dupin, il me revient sur lui que,
tandis qu'il était président de la Chambre des députés, il eut l'idée
_bien naturelle_ de faire augmenter les appointements de la
présidence.--Ces appointements se payaient par mois; or la cession ne
dure pas toute l'année.--C'est pourquoi Me Dupin demanda à être payé
par an; il n'osa pas assister à la séance de la Chambre où cette
augmentation fut votée; un de ses amis alla aussitôt lui apprendre le
résultat de la délibération. «Réjouissez-vous, lui dit-il,
l'augmentation est votée.
--Mais,--dit l'avocat,--mais comment cela est-il formulé?
--De la façon la plus simple du monde, _le traitement du président de la
Chambre_.
--Comment, le traitement!
--Certainement, le traitement.
--Je suis perdu.
--Vous m'effrayez, que voulez-vous dire?
--Que je ne puis cumuler mon traitement de président de la Chambre des
députés avec mon traitement de procureur général.--Il faudra opter.»
Cependant M. Dupin, après quelques instants d'abattement, se
rassura,--sortit,--courut, fit des visites et obtint que dans le rapport
de la séance on substituât le mot _indemnité_ au mot traitement,--ce qui
lui permit de garder le tout.
Comme on plaisantait Me Dupin sur l'_étoile du roi_,--il répondit:
«Vous ririez bien plus si j'avais parlé de _sa fortune_.»
Je n'aurai plus à parler de Me Dupin,--grâce à Dieu, c'en est fait de
lui,--il est tout à fait effacé de la scène politique,--c'est
aujourd'hui un homme tellement et si bas tombé,--qu'on ne peut plus même
l'attaquer. Me Dupin a été un des fléaux de ce temps-ci.
Il était le représentant de la médiocrité jalouse et taquine, et
envieuse de toute supériorité, le chef des avocats--bavards, importants,
cauteleux et vulgaires; insolent envers la royauté à la Chambre de une
heure à cinq, pour conserver sa popularité, il allait s'excuser le soir,
aux Tuileries, pour conserver ses places.
L'étoile de Me Dupin a filé.
[GU] Sous prétexte de l'adresse, on parle sans discontinuer depuis cinq
jours, à la Chambre. On se querelle, on se dispute;--on s'injurie, on
s'interrompt.--J'avouerai qu'il me semble quelquefois pénible d'être
représenté par des gens aussi mal élevés que le sont beaucoup d'entre
MM. les députés.--Dans un des moments de la plus grande agitation,--M.
Enouf, scandalisé, s'est écrié dans un groupe: «Messieurs, une idée! si
nous ne parlions que quatre à la fois?»
[GU] Tout ce débat est misérable, et je ne comprends pas comment on peut
encore prendre au sérieux les discours de MM. les ministres et de ceux
qui aspirent à les remplacer.
Il y a, il paraît, en France plusieurs millions de bonnes gens qui, dans
leur encourageante crédulité, se disent:
«Tiens, M. Thiers dit que ce qu'il a fait c'était pour l'_honneur du
pays_;--il paraît que c'était pour l'honneur du pays.
«Oh! oui,--mais M. Villemain répond que _M. Thiers a gâté la fortune de
la France_.--_Il paraît_ que la fortune de la France a été gâtée par M.
_Thiers_.»
Ne voyez-vous donc pas encore, mes bonnes gens, que ceci n'est qu'une
partie d'échecs que jouent ces messieurs;--que chacune des phrases
qu'ils jettent de la tribune n'est qu'un _pion_ qu'ils avancent;--qu'une
phrase plus ronflante est un _cavalier_ ou une _tour_;--que ces
phrases-là sont toutes faites, comme les pièces de l'échiquier sont
toutes tournées,--et que les phrases, comme les pions, se serrent et se
prennent dans une boîte?--M. Thiers, aujourd'hui, a les _noirs_,--M.
Guizot a les _blancs_.
Que demain M. Thiers revienne aux affaires en renversant M.
Guizot,--vous verrez M. Guizot prendre à son tour les noirs et jouer la
partie que joue aujourd'hui M. Thiers, lequel prendra les blancs et
jouera la partie de M. Guizot.
Ne voyez-vous pas encore que, quel que soit le gagnant, c'est vous qui
payez,--et que toutes ces parties se jouent--comme Gatayes jouait tantôt
avec mon frère dans mon jardin?--c'était une partie de boules dont
l'enjeu était un verre de mon rhum contre un verre de mon kirsch.
Mais il vous plaît de vous intéresser à cela.--Vous me semblez des gens
qui se croiraient purgés si on leur disait de belles choses sur
l'émétique.
Pour faire de grandes phrases ou du pathos,--M. Thiers, qui n'est plus
aux affaires, a un grand avantage sur M. Guizot, qui est forcé
d'appliquer les théories qu'il émet.--M. Thiers, qui voudrait absolument
tomber à la tête de quelque chose, se livre à la gauche de telle façon,
que M. _Lherbette_, qui siége dans cette partie de la Chambre, a dit:
«Sous le ministère du 12 mai,--M. Thiers a fait un discours qu'on a
appelé discours-ministre;--voilà, cette fois, un discours-dictateur.»
[GU] Pour moi, quand je lis, le soir ou le matin, dans les grands
journaux, ces grands discours,--ces phrases empoulées,--_verba
sesquipedalia_,--entremêlées de parenthèses (Mouvement.)
(Impression profonde.)
(Marques d'assentiment.)
(Bravo!)
(Murmures d'indignation.)
Etc., etc., etc.,
Je ne me sens pas, à beaucoup près, aussi impressionnable que messieurs
les honorables, et je me vois forcé d'attribuer une immense puissance au
débit, à la voix et aux gestes des orateurs.
Et tous ces discours qui ont produit tant d'effet à la Chambre, me
semblent alors «les carcasses d'un feu d'artifice tiré, avec ses fusées
vides et ses bombes crevées.»
[GU] Le parti de M. Thiers a des déserteurs qu'il serait trop long de
compter. Il y a, à la Chambre, comme partout, un très-grand nombre de
gens fermes et immuables dans leurs convictions, que rien ne peut
ébranler, et qui sont invariablement dévoués au _pouvoir
actuel_.--Fermes appuis de M. Thiers, qu'ils étaient récemment, ils
donnent aujourd'hui leur concours à M. Guizot, et sont prêts à le
donner à M. _Barrot_,--s'il devient, un de ces jours, _pouvoir actuel_ à
son tour.
Le parti doctrinaire, dont M. _Guizot_ a été si longtemps le chef, a
perdu MM. _Duvergier de Hauranne_--_de Rémusat_,--_Jaubert_,--et
_Piscatory_, qui ont passé à l'admiration de M. Thiers.
La position parlementaire perdue, il faut la refaire par la presse. De
ces quatre messieurs, deux savent écrire;--ils ont été incorporés au
_Siècle_ sous M. le lieutenant général Chambolle.
M. Duvergier de Hauranne va rarranger, pour le théâtre de la
Renaissance, quelques-uns des vaudevilles de sa jeunesse, si injustement
sifflés sous leurs anciens titres de _Une visite à Gretna-Green_,--et
_l'Amant comme il y en a peu_.
Il est fâcheux pour ces messieurs que ce ne soit pas au moment de
l'avénement de M. Guizot qu'ils se soient séparés de lui:--leur scission
aurait eu un éclat de désintéressement en faveur de M. Thiers, qu'elle
n'a pas eu au moment où il est rentré aux affaires.
[GU] Le ministère du Ier mars avait cet avantage sur S. M.
Louis-Philippe, que tous les soirs deux étoiles s'allumaient pour lui.
Ces deux étoiles étaient deux lanternes qui servaient d'enseigne aux
deux journaux du soir, le _Messager_ et le _Moniteur parisien_.--Ces
journaux, tous deux honorés des communications officielles,--disaient
absolument la même chose; aussi, tandis qu'on se demandait: «A quoi
servent donc au ministère deux journaux du soir?» chacun des deux
journaux se demandait à quoi servait l'autre.--Le ministère Soult-Guizot
a pris le parti de supprimer à l'un des deux et son appui et ses
communications et surtout sa subvention. On a longtemps hésité entre M.
Brindeau et M. Beaudoin,--rédacteurs en chef de ces deux feuilles sans
rédaction.--M. Brindeau, il est vrai, a pris dans le fameux procès
Gisquet une position d'homme vertueux qui rend son concours d'un
excellent effet pour un gouvernement;--mais M. Beaudoin a retrouvé en
1830--des drapeaux tricolores qu'il avait cachés dans sa cave. M.
Brindeau est plus homme du monde,--M. Beaudoin est plus homme
d'affaires.--M. Beaudoin a la croix d'honneur, M. Brindeau porte des
transparents rouges.
Après de longues délibérations, on a soufflé la lanterne de M. Beaudoin.
[GU] On lit dans le journal l'_Abbevillois_:
«L'observation faite par l'auteur des _Guêpes_, que le plus sûr moyen
d'empêcher la fraude dans la vente du pain était d'en taxer les diverses
qualités au kilogramme, a porté ses fruits: M. le préfet de police de
Paris vient de prendre un arrêté qui prescrit la taxe et la vente du
pain au poids.»
Mais voici qu'aujourd'hui on me fait remarquer que, depuis cette
ordonnance,--les boulangers vendent du pain qui n'est pas cuit.
[GU] On assure que sous beaucoup de rapports le roi est très-ignorant de
ce qui se passe,--et qu'on lui fait croire de singulières choses,--entre
autres, que les écrits de M. de Cormenin sur la liste civile ont excité
contre le vicomte de lettres une telle indignation, que le peuple lui
jette des pierres dans la rue.
Quelques jours après l'attentat de Darmès, comme on prononçait devant le
roi le nom de M. de Cormenin:
«Ce pauvre M. de Cormenin, dit Sa Majesté, il paraît qu'il est comme
moi, qu'il ne peut plus sortir.--Il fait un temps affreux; eh bien! je
ne puis m'empêcher de porter envie à ceux qui se crottent tranquillement
dans les rues.»
[GU] Le jour où le canon a annoncé que la duchesse d'Orléans venait
d'accoucher,--quelqu'un a dit: «Voyez les Parisiens, comme ils sont
contents!--C'est un prince de plus... à outrager... à chasser.»
En effet, dès le lendemain, certains journaux attaquaient déjà le duc de
Chartres sur ses manières... de naître.--Il n'avait encore fait que
cela.
Un libraire a profité de ce que M. de Chateaubriand avait donné de l'eau
du Jourdain pour le baptême du duc de Chartres--pour annoncer les
œuvres complètes de l'auteur de René.
[GU] La reine d'Espagne, Christine, est à Paris,--où le roi
Louis-Philippe l'a parfaitement reçue;--c'est une belle personne,--un
peu trop grosse, mais ses yeux ont une remarquable intelligence.--Ses
adieux aux Espagnols, qui ont été publiés par les journaux, sont d'une
grande éloquence.--Elle voulait aller en Italie--et le général
d'Houdetot a eu quelque peine à la décider à venir à Paris.--Il est vrai
de dire qu'en fait de gouvernement constitutionnel,--pour se servir
d'une expression populaire:--_elle sortait d'en prendre_.
[GU] Il y a au ministère de l'intérieur un bureau qui s'appelle bureau
de l'esprit public.--C'est de ce bureau que partent des instructions,
des discours et des articles tout faits pour les journaux de Paris et de
la province et pour messieurs les préfets des départements.
Ce bureau, depuis l'avénement de M. Duchâtel, n'est pas encore
organisé.--M. Duchâtel a fait prévenir par le télégraphe M. Malacq, qui
était en province, qu'il eût à revenir promptement prendre la direction
de l'_esprit public_, dont mademoiselle Rachel avait fait l'intérim.
D'un autre côté, M. Villemain, qui, par respect pour la hiérarchie, ne
veut pas influencer le choix de M. Duchâtel, a cependant promis au
maréchal Soult de surveiller un peu l'orthographe des défenseurs du
ministère. Il a proposé un grand cabinet où l'on ferait de la polémique
d'avance à l'usage des départements.--Ce cabinet serait mis sous la
direction de M. Lerminier,--ce jeune savant qui, placé dans sa chaire
par la volonté d'un ministre, n'en est sorti que par la force des
pommes cuites et autres.
Ce choix étonne d'autant plus certaines personnes, que M. Villemain est
un homme d'esprit, qui sait dans l'occasion sacrifier aux grâces comme
aux muses.
[GU] Une guêpe, qui était partie dans les vergues de la _Malouine_,
revient après un long voyage et me dit: «Quel charmant talent que celui
de ton ami Dumas!--quelle verve entraînante!--Mais pourquoi parle-t-il
quelquefois de choses qu'il ne connaît pas?--Ainsi, vois par exemple le
_Capitaine Paul_, 1er volume:
_Hauteur et finesse des mâtereaux_. (Page 20.)
Qu'est-ce que des mâtereaux? ce sont les pièces de bois avec lesquelles
on fait les mâts légers; mais appeler mâtereaux des mâts, c'est comme si
on appelait une corde un _chanvre_.