Les uns veulent être peints frisés, vernis, cravatés dans un désert,

lisant un roman à cent cinquante lieues de toute habitation. Il est

facile de voir les efforts du malheureux peintre, qui, ayant sous les

yeux un canapé en velours d'Utrecht jaune, a été obligé de peindre un

monticule couvert de mousse. Dans la forme de ces rochers, vous

trouverez la forme moins pittoresque de la cheminée et de la pendule qui

la surmonte. Vous vous apercevez que les chaises ont servi de modèle aux

chênes séculaires, que les nuages recélant la foudre ont été faits

d'après les ondulations des rideaux de damas, et la foudre, qui

s'échappe en zigzags immobiles, d'après les tringles. L'eau de ce lac,

au fond du tableau, a été étudiée par le peintre dans un flacon d'eau de

Cologne placé sur un guéridon, le guéridon lui-même, avec son tiroir

ouvert, a servi de modèle à une caverne.

S'il y a une chose intéressante dans l'aspect de ces portraits, pour la

plupart peu agréables à la vue, c'est que, s'ils ressemblent peu aux

personnes dont ils portent le nom, ils sont le portrait fidèle de _leurs

prétentions_, dont ils ne laissent ignorer aucune.

[GU] Mais quel avantage mademoiselle M.... D...., placée sous le nº

7266, trouve-t-elle à nous faire savoir qu'elle a la peau

jonquille?--Mademoiselle M..., nº 1629, est-elle bien heureuse depuis

que tout Paris sait qu'elle a le visage bleu de ciel?--M. E... T..., nº

1374, ne pouvait-il vivre sans nous faire connaître son front chauve

ombragé de quelques cheveux pris à l'occiput, au moyen de cette formule

d'arithmétique: J'en emprunte un qui vaut dix.

Je n'ai pu admirer avec tout le monde le tableau de M. Delacroix,--la

Justice de Trajan.--Le tout ressemble à la procession du bœuf

gras.--Trajan a particulièrement un air de garçon boucher enluminé de

rouge de brique.

J'ai demandé quel mérite on trouvait à cela.--On m'a répondu: «la

couleur.»

Et j'ai demandé à tout le monde: qu'est-ce que la couleur? la couleur

consiste-t-elle à faire un cheval blanc lie de vin? Cela me paraît une

misérable excuse pour un dessin aussi incorrect que celui de plusieurs

figures du tableau de M. Delacroix.--L'architecture est fort belle et

d'une grande légèreté.

Il y a des gens condamnés à voir tout ou jaune ou rouge ou bleu.--Le 18

brumaire, de M. Bouchot, est écarlate.--Les États généraux, de M.

Couder, sont d'un violet saupoudré de blanc.

Il y a des tableaux verts, il y en a de gris, il y en a d'orange.--Un

monsieur paysagiste a inventé deux couleurs inusitées pour les bœufs,

il en a fait un gris tourterelle, et l'autre pain à cacheter.

Pour ce qui est des batailles,--on n'en peint qu'une, toujours la

même.--Une bataille représente toujours un endroit et un moment où on ne

se bat pas,--ou bien où on ne se bat plus.

[GU] Il y a une heure où les tableaux exposés au Musée changent tout à

coup d'aspect, une heure où l'habileté du pinceau, la finesse de la

touche, la science de l'anatomie, de la perspective, disparaissent comme

par enchantement. Le public nombreux, le public qui vient de onze heures

à midi, ne fait aucun cas de ces qualités qu'il ne voit pas; il ne

s'inquiète que du sujet; s'il voit une bataille, il veut savoir

laquelle; si les Français sont vainqueurs, le tableau lui semble déjà

une fois meilleur.

Il est singulier de remarquer combien ce public, le plus étranger aux

arts, admet facilement la convention, à quel degré il accepte

l'intention du peintre pour le fait: quelque balai vert qu'on lui

montre, il consent sans hésiter à le prendre pour un arbre, quelque

chose qui ait une robe est une femme sans contestation;--une redingote

grise, Napoléon;--une chose à deux pieds est un homme; si la chose a

quatre pieds, c'est un cheval, un chien ou un bœuf, suivant la

couleur. Du bleu en haut du tableau est reçu comme le ciel; si le bleu

est en bas, c'est la mer.

Voilà des gens pour lesquels il est agréable de peindre; voilà un

public!

[GU] CHOSES QUELCONQUES.--On continue à envoyer en prison les gardes

nationaux qui refusent de s'habiller;--cet impôt exorbitant excite les

plus vives réclamations.

C'est en effet une exaction odieuse que celle qui force une foule de

gens à dévoiler à tous les yeux une misère qu'ils cachent avec tant de

soin,--ou à s'imposer les plus dures privations pour ne pas _déparer_ la

compagnie de MM. tel ou tel.

Qu'on se représente un petit marchand qui arrive tout juste à payer ses

petits billets et à faire honneur à ses petites affaires.--Qu'il soit un

peu gêné;--que pour faire un remboursement il ait fait escompter à gros

intérêts, à un Jacques Lefèvre quelconque;--qu'il ait mis son

argenterie, la montre et la chaîne de sa femme en gage. C'est une

situation où se trouve assez fréquemment le petit commerçant.

Il est pauvre, malheureux, il vit de privations, ou plutôt il ne vit

pas; mais extérieurement, tout va bien, il _noue les deux bouts_.

Si vous lui imposez une dépense pour le moins de cent écus, et qu'il ne

puisse retirer cent écus de ses affaires, ce que les petits marchands ne

peuvent jamais,--il faut qu'il vienne devant ce conseil de discipline,

composé d'autres marchands, avouer sa gêne et sa pauvreté.

Mais, le lendemain, il est ruiné, perdu,--il n'a plus ni crédit ni

confiance, on exige des règlements,--ou plutôt on ne veut plus de sa

signature.

Et tous ces pauvres gens qui ont tant de peine à conquérir sur le sort

un habit propre, auquel ils doivent leur place, leurs amitiés, leurs

amours, leurs plaisirs; cet habit, qui seul peut élever l'homme d'esprit

et l'homme de cœur à l'égalité avec le sot et le cuistre, il faudra

donc qu'ils le suppriment pour acheter votre habit d'arlequin, ou qu'ils

viennent vous en dire tous les secrets,--les coutures noircies à

l'encre, et les boutons rattachés, par eux-mêmes.

MM. les députés,--qui sont exempts de la garde nationale, _nous ont

donné ces loisirs_.

[GU] Lorsque, pendant la discussion des fonds secrets,--il fut un moment

question de voir reparaître M. Molé,--madame Dosne s'écria:--Comment

penser à M. Molé quand on a des hommes comme nous!

[GU] Après le vote, un député a dit: «Voilà le Thiers consolidé.»

[GU] Le jury et les circonstances atténuantes vont toujours leur

train;--il y a en ce moment au seul bagne de Brest _quatorze

parricides_.

[GU] La souscription pour la médaille de M. le vicomte de Cormenin se

traîne assez péniblement.--Une petite lettre parfumée et toute féminine

m'assure que le beau-père dudit M. de Cormenin a envoyé aux journaux une

centaine de francs ainsi divisés:--un patriote, trois francs,--un ami du

peuple, deux francs, etc., etc.,--c'est bien méchant.--Sérieusement,

parmi les souscripteurs, beaucoup se sont glissés qui ne portent d'autre

intérêt à la chose que celui de lire leurs noms imprimés.

D'autres, plus habiles, font par ce moyen sur leur commerce et leur

industrie, moyennant un ou deux francs, une annonce qui leur en eût

coûté sept ou huit.

Ainsi j'ai lu dans le _National_:

Musch, quinze centimes,--Taillard, vingt centimes,--Dumon père, dix

centimes,--Frainrie, doreur, rue Saint-Antoine, 168.

_N. B._ Il faut qu'un esprit aussi ingénieux que celui de M. Frainrie

trouve sa récompense, je le prie donc de faire prendre chez moi un petit

cadre gothique, qui a besoin d'être doré.

Voici une autre souscription que l'on m'envoie:

M. L., rue du Monthabor, 3,--qui a perdu son parapluie dans un fiacre,

et promet une récompense honnête à la personne qui le rapportera,--deux

francs.

[GU] A propos de la police, voici de sa part une remarquable preuve

d'intelligence: une ordonnance prescrit aux cabriolets de louage de

porter affiché à l'intérieur le tarif de leurs prix.

Dans les cabriolets, le cocher se met à droite pour conduire, et le

_bourgeois_ à gauche.--De quel côté supposez-vous que l'on mette la

plaque contenant le tarif en question?--Sans doute à gauche, pour que la

personne qui loue le cabriolet puisse le consulter. Nullement,

l'ordonnance porte que la plaque sera à droite, c'est-à-dire, derrière

le chapeau du cocher s'il est grand, et derrière son épaule s'il est

petit, de telle façon qu'il est entièrement impossible d'en faire usage.

[GU] Une proposition a été faite à la Chambre tendant à faire établir

qu'une loi qui ne donnerait lieu à aucune réclamation serait dispensée

de discussion et de scrutin.--La proposition n'a pas été prise en

considération.

En effet, cela irait trop vite,--et ferait perdre à messieurs les

avocats des occasions de discourir.

[GU] Madame de Girardin a bien voulu faire à ma dernière homélie sur les

femmes une réponse que je voudrais bien avoir faite moi-même.--A la

Chambre des députés, M. Abraham ayant cédé son tour et M. Delacroix

ayant parlé, on a dit: nous avons eu le sacrifice d'Abraham et le

supplice de la croix.--Un lycéen me conseille de parler un peu de son

proviseur et de détacher une guêpe de confiance sur la maison de M... à

l'heure où il fait servir le brouet à ses élèves.

Diverses circonstances qui se sont présentées depuis la publication de

mes petits volumes,--des lettres anonymes que je reçois où on m'appelle

diffamateur,--bretteur, etc., etc., m'obligent, une fois pour toutes, à

faire une profession de foi nette et positive. Il y a onze ans que je me

suis mêlé pour la première fois aux débats de la presse périodique--j'ai

toujours admis la responsabilité de l'écrivain dans sa plus large

acception.--Je n'ai jamais écrit une ligne sans la signer, au moins de

mes initiales A. K. Je défie qui que ce soit de me reprocher, dans cette

période de onze ans, d'avoir manqué une seule fois à la plus stricte

loyauté.--Je ne crois pas avoir usé de l'arme que j'ai dans les

mains,--arme dont je connais la puissance et le danger--autrement que

dans l'intérêt de la vérité, du bon sens et du bien public.--La forme

ironique que j'ai adoptée de préférence a pu blesser quelques

personnes.--Mais c'est ainsi que je vois et que je suis, et le reproche

que l'on me ferait à ce sujet équivaudrait à mes yeux à celui qu'on

pourrait me faire d'avoir les cheveux bruns.--Il m'est arrivé bien

rarement d'avoir l'intention d'offenser quelqu'un, et si, dans ce

cas-là, j'ai cru devoir ne pas dissimuler cette intention; si, dans

d'autres circonstances, j'ai cru devoir admettre comme meilleurs juges

que moi des personnes qui demandaient une réparation à une blessure

qu'elles avaient sentie sans que je crusse l'avoir faite, et me mettre à

leur disposition; les personnes qui me connaissent me rendent la justice

que, lorsqu'il m'est arrivé--et j'ai eu soin que cela arrivât

rarement--d'avoir exprimé un fait inexact,--j'ai mis le plus grand

empressement à reconnaître mon erreur quand elle m'a été prouvée.

Si l'on ne m'accuse pas d'avoir jamais reculé devant la responsabilité

de mes écrits, on doit me rendre témoignage également que je n'ai, en

aucune circonstance, pris des airs de matamore et de fanfaron, et que je

n'ai jamais hésité à donner de franches et loyales explications,

lorsqu'elles m'ont été convenablement demandées.

[GU] Quand arrivent les dernières représentations des Italiens, les

habitués se croient en droit de se faire donner _bonne mesure_, comme

disent les marchands, et, sous prétexte de bienveillance pour les

chanteurs, ils crient bis à tous les morceaux, et se font chanter deux

fois un opéra dans la même soirée. De plus, dans les entr'actes, ils

jettent sur la scène des billets dans lesquels ils demandent différents

morceaux à leur choix. Le dernier jour où on a joué la _Norma_,--comme

on était encore tout ému des accents passionnés de mademoiselle Grisi,

on a entendu des cris: «Le billet, le papier, ouvrez le papier, lisez

le papier!» Lablache s'est alors présenté en costume de druide,--a obéi

a l'injonction du public,--et a dit qu'il était désolé de ne pas pouvoir

se rendre au désir exprimé par le billet, mais que Tamburini était

absent pour le _duo_,--et qu'il n'y avait pas de piano pour l'_air_. Or,

le duo était un duo bouffe, celui du _Mariage Secret_, et l'air n'était

autre que la _Tarentelle_, de Rossini, qu'on voulait faire chanter à

Lablache en costume de druide, guirlande verte et manteau drapé.

Cela rappelle qu'en octobre 1830, Nourrit, sur l'ordre du parterre,

chanta la _Parisienne_ à la fin de _Moïse_, après le passage de la mer

Rouge.

Les Égyptiens et les Israélites chantèrent le refrain en chœur.--M.

de Lafayette était dans la salle, et, à son couplet, on fit lever tout

le monde.

[GU] Chaque fois qu'il meurt une célébrité, une foule de gens, qui n'ont

jamais vu ladite célébrité, s'intitulent ses amis intimes, et, sous ce

prétexte frivole, la pleurent et prononcent sur _sa tombe_ de longs

discours que les véritables amis sont forcés d'entendre,--ce qui serait

pour eux un raisonnable sujet de deuil.--Heureusement que, lorsque

l'improvisation s'embrouille, lorsque l'orateur commence à patauger dans

les phrases, _son émotion l'empêche de continuer_.

M. Bouilli prononce beaucoup de discours sur les tombes. Comme

dernièrement il s'abstenait, au sujet d'un ami mort qu'il ne se

souvenait pas d'avoir connu et dont il n'avait absolument rien à dire,

un croque-mort s'approcha de lui, et lui touchant la manche: «Monsieur

Bouilli, lui dit-il, est-ce que nous n'aurons rien de vous aujourd'hui?»

[GU] Les dames bienfaisantes répètent activement leur opéra au théâtre

de la Renaissance.--A chaque répétition la chose va plus mal.

On parle de joindre un ballet à l'opéra, c'est-à-dire des jupes courtes

et une exhibition publique de jambes, et on sait tout ce que les

bienséances du langage appellent les jambes des danseuses. D'autres

bruits qui circulent, et auxquels je n'ajoute pas foi, feraient croire

que la bienfaisance de ces dames ne s'arrêtera pas en si beau chemin.

21 MARS.

LE PRINTEMPS.--Cette saison commence

le 20 mars à 0 heure 50 minutes du soir,--le

soleil entrant dans le bélier.

(Mathieu LÆNSBERG.)

Et comme tout cela m'aurait été égal, si le printemps était venu le 21

mars, comme il le devait.

Si une petite pluie douce, tiède et bénie, était venue sur la terre

répandre la vie et l'amour, faire épanouir dans l'herbe les

pâquerettes,--et fleurir dans l'âme les silencieuses rêveries et tous

ces bonheurs dont le plus pauvre poëte est si riche.--Alors qu'on se

sent heureux de vivre comme les fauvettes, qui chantent dans les bois,

comme les abeilles qui bourdonnent dans les abricotiers en fleurs, comme

les petits papillons bleus qui jouent dans la luzerne rose.

Mais le 21 mars est le jour de l'année où il est tombé le plus de

neige;--quelques pruniers en fleurs ont mêlé tristement à cette neige la

neige de leurs pétales flétris.

Réveillez-vous, petits génies,

Petits gnomes, réveillez-vous;

Il est temps de rendre aux prairies

Leurs belles robes reverdies

Et leurs fleurs au parfum si doux.

Paresseux! les filles, penchées,

Cherchent, depuis bientôt un mois,

Sous les vieilles feuilles séchées,

Les premières fleurs cachées

De la violette des bois.

A l'œuvre, cohortes pressées!

Venez déchirer les bourgeons

Où les feuilles embarrassées

Attendent, encore plissées,

Les premiers, les plus doux rayons

Fondez l'onde de la citerne

Où s'en vont boire les troupeaux;

Otez aux prés leur couleur terne,

Et faites croître la luzerne

Pour cacher les nids des oiseaux.

Allons, gnomes, qu'on se dépêche!

Préparez les parfums amers!

Préparez la couleur si fraîche

Des premières fleurs de la pêche,

Roses sur leurs rameaux verts.

Au printemps, chaque année, alors que la nature

Revêt tout de parfum, de joie et de verdure,

Quand tout aime et fleurit,

Dans les fleurs des lilas et des ébéniers jaunes,

De mes doux souvenirs, cachés comme des faunes,

La troupe joue et rit.

De chaque fleur qui s'ouvre et de chaque corolle

S'exhale incessamment quelque douce parole

Que j'entends dans le cœur.

Alors qu'au mois de juin fleurit la rose blanche,

Savez-vous bien pourquoi sur elle je me penche

Avec un air rêveur?

C'est qu'à ce mois de juin la rose me répète:

«Tenez, Jean, je n'ai point oublié votre fête,»

Depuis plus de quinze ans.

Chaque fleur a son mot qu'elle dit à l'oreille,

Qui souvent fait pleurer et cependant réveille

Des souvenirs charmants.

Vous savez celle-là qui se pend aux murailles,

Et, comme un réseau vert, entrelace ses mailles

De feuilles et de fleur,--c'est le frais liseron.

C'est le volubilis aux clochettes sans nombre;--

Le soir et le matin,--ses cloches, d'un bleu sombre,

Chantent une chanson.

Une chanson d'amour bien naïve et bien tendre

Que je fis certain jour que j'étais à l'attendre

Sous un arbre touffu.

Voici là-bas fleurir la jaune giroflée.--

Rien n'est si babillard que sa fleur étoilée

Qui dit: «Te souviens-tu?

»Te souviens-tu des lieux où ta vie était douce,

De ce vieil escalier,--tout recouvert de mousse,

Qui menait au jardin?

Dans les fentes de pierre étaient des fleurs dorées--

D'un long vêtement blanc, en passant, effleurées

Presque chaque matin.

* * * * *

Et, dans un coin, s'il advient que je passe

Auprès de l'oranger en fleurs sur la terrasse,

J'entends cet oranger

Qui dit: «Te souvient-il d'une belle soirée,

Tu te promenais seul,--et ton âme enivrée

Évoquait l'avenir;

Et tu me dis à moi: «De tes fleurs virginales

»Ouvre, bel oranger, les odorants pétales;

»Sois heureux de fleurir.

»Sois heureux de fleurir pour la femme que j'aime;

»Tes fleurs se mêleront au charmant diadème

»De ses longs cheveux bruns.»

«Eh bien!--depuis quinze ans, je réserve pour elle,

Chaque saison, en vain, ma parure nouvelle,

Et je perds mes parfums.»

Mai 1840.

Condamnés à la vertu.--M. de Remilly.--M. Molé.--M. Soult.--M.

Janin.--S. M. Louis-Philippe.--Le duc d'Orléans.--La carte à

payer.--Les nouvelles recrues.--Les chevaux du roi.--M. Hope.--M.

de Vigogne.--M. de Strada.--Napoléon, Louis XVIII, Charles X.--Les

chevaux d'Abd-el-Kader.--Pacha.--M. de Montalivet.--Le duc

d'Aumale.--M. Adolphe Barrot.--M. Gannal.--Les dames

bienfaisantes.--M. Panel.--M. de Flottow.--Combien coûte sa musique

aux Polonais.--M. de Castellane.--Les lions.--Règlement de la salle

de danse de madame veuve Deleau.--Question du pain.--M. Bugeaud,

protecteur de la viande française.--Petits cadeaux.--Les

circonstances atténuantes.--Le numéro 1266.--M. de Rovigo.--M. de

Saint-Pierre.--Me Dupin et le maréchal Clauzel.--Le soleil.--Un

perruquier.--Folie de vieille femme.--M. Thiers.--M. de

Rémusat.--M. Gisquet.--M. Pillet.--Mademoiselle R.--Les femmes

laides.--M. Cousin, disciple de Platon.--M. Villemain.--Madame

Collet, née Revoil.--M. Droz.--Un homme qui a froid.--Chansons de

table.--M. Guizot.--M. Véron.--Le roi et M. Thiers dévoilés.--M.

de Cormenin couronne des rosières.--Les initiales.--Longchamps.--M.

de Feuillide.--M. Méville.--Babel.--M. Altaroche.--M.

Desnoyers.--Sur la société des gens de lettres.--Un conseil de

révision.--M. Listz.--Un monsieur très-méchant.--Histoire d'un

peintre et de son tailleur.--Mémoires d'une jeune fille.--Les

lovelaces du ministère.--Mesdames L....., E....., B.....,

etc.--Politique des femmes.--M. Thiers et Antinoüs.--M. de Balzac

et Apollon.--Le fidèle Berger.--M. Vivien.--M. Pelet (de la

Lozère).--L'Angleterre.--Commerce à main armée.--Le soufre et

l'opium.--Embarras des journaux ministériels.--Les baisers de M. de

Rambuteau.--M. Poisson.--Frayeur de l'auteur des _Guêpes_.--Une

matinée chez madame W***.--Les vicomtes.--M. Sosthènes de la

Rochefoucauld.--M. de Chateaubriand.--M. Ch. Delaunay.--M.

d'Arlincourt.--Comment appeler les _auditeurs_ quand ils n'écoutent

pas?--Dupré et M. Isabey.--Le chapeau à fresques.--Réjouissances à

l'occasion du mariage du duc de Nemours.--Le char-à-bancs.--M.

Fould.--M. Michel (de Bourges).--Madame de Plaisance.--M. Roussin

n'ose pas s'accorder ses propres faveurs.--Un juré innocent.--Aux

lecteurs des _Guêpes_.--M. Vivien.--M. Baude.--M. Villemain.--M.

Hugo.--_Post-Scriptum._--Amnistie.

AVRIL.--_Mercredi, premier avril._--Lorsque le parti aujourd'hui au

pouvoir était dans l'opposition, on se rappelle ses clameurs contre la

corruption que le gouvernement exerçait sur les fonctionnaires publics.

Les gens clairvoyants s'apercevaient bien qu'il y avait dans ces

plaintes plus de jalousie que de vertueuse indignation;--mais il était

destiné au ministère Thiers de rendre la chose évidente à tout le monde.

Les amis du 15 avril et du 12 mai, c'est-à-dire de M. Molé et de M.

Soult, dirent aux nouveaux arrivés: «Parbleu, messieurs, puisque vous

voilà, vous allez, s'il vous plaît, nous édifier par la pratique de

toutes les austérités que vous avez exigées de nous avec tant de bruit

et de sévérité.»

Pour commencer, M. de Remilly déposa sur le bureau du président une

proposition posant en principe et en loi qu'à l'avenir aucun

fonctionnaire public ne pourrait obtenir d'avancement pendant le cours

de son mandat législatif.

Je suis déterminé à ne pas prendre le gouvernement constitutionnel au

sérieux, sans cela, je ferais remarquer ici,--que cette proposition est

inutile.--Un député promu à de nouvelles fonctions est soumis à la

réélection;--c'est un hommage complet à la souveraineté des électeurs

qui sont libres de lui retirer leur mandat. La proposition de M. de

Remilly attaque cette souveraineté en exagérant les pouvoirs de la

chambre basse.--Les députés doivent faire des lois et non des

députés;--mais cela m'est égal,--je trouve la plaisanterie

excellente--de condamner ces pauvres honorables à l'exercice des vertus

qu'ils ont préconisées,--et j'approuve fort en ce sens M. de Remilly.

Les incorruptibilités fatiguées--crient beaucoup.

En effet, que devient la politique constitutionnelle, dont un philosophe

faisait cette définition:--_C'est l'art de faire payer à une nation la

corruption de ses représentants._

--Janin est allé un de ces jours passés aux Tuileries.--Le roi lui a

dit: «Je ne vous vois pas souvent, mais je vous lis.» Le duc d'Orléans

l'a ensuite pris par le bras et a causé avec lui.--Janin, qui était venu

en habit de ville, a dit au duc d'Orléans: «Ma foi, puisqu'on me reçoit

si bien ici, je vais me faire faire un habit.»

--Le quart d'heure de Rabelais, que nous avions signalé, est tout à fait

arrivé.--On a présenté au nouveau ministère la _carte à payer_ des

dévouements, vertus et incorruptibilités qu'il a consommés.--Le

Gargantua, trouvant le total supérieur au contenu de sa bourse,--refait

l'addition dans l'espoir d'y trouver une erreur, et gagne un peu de

temps.

Généralement on dit aux impatients:--Ce que je vous ai promis, je vous

le promets encore.--Mais le parti conservateur observe; attendons que

les vendanges aient rappelé les députés chez eux.

Les plus pressés et les plus embarrassants sont les journaux,--nouvelles

recrues ministérielles:--le _Constitutionnel_,--le _Courrier

Français_,--le _Siècle_,--le _Messager_,--le _Nouvelliste_.

Pour le _Moniteur parisien_ et les revues qui faisaient partie du

mobilier précédent, ils se sont eux-mêmes installés et traités en amis

de la maison.

Les seuls journaux _libéraux_ qui soient restés dans l'opposition

sont--le _Commerce_ et le _National_.

Le _Journal des Débats_,--qui a appartenu successivement à tous les

ministères,--tient rigueur à M. Thiers qui prétend le braver.

On dit que le _Journal des Débats_ est encouragé dans son

incorruptibilité par une subvention qu'il reçoit directement de la liste

civile,--mais je n'ai pas à ce sujet de renseignements assez précis pour

pouvoir l'affirmer.

[GU] 2.--Comme je revenais hier de chez Gatayes qui demeure aux

Champs-Élysées,--je vis passer de très-beaux équipages et de superbes

chevaux appartenant à M. Hope.

Des piqueurs au galop annoncèrent la voiture du roi, et je fus alors

saisi d'une émotion pénible en voyant ses chevaux; ils allaient un train

médiocre,--sur les huit, deux seulement trottaient et les autres se

livraient à un galop plus ou moins intempestif et irrégulier. Je me

rappelai les beaux attelages de l'empereur Napoléon,--de Charles X--et

de Louis XVIII, qui, mené avec la plus grande rapidité, disait à son

cocher:

--Germain, tu me conduis comme un fiacre.

Quelque temps auparavant, j'avais rencontré la reine de France. Sa

Majesté sort ordinairement en daumont, eh bien! je ne lui ai jamais vu

quatre chevaux bien ensemble.

Les guêpes ­— séries 1 & 2 · 第 14 / 47 段