La sobriété du corps et de l’âme produit la chasteté. Il n’y a pas de
chasteté sans sobriété. La chasteté est le mouvement par lequel la
créature échappe à la créature pour adhérer à Dieu seul. Les choses
créées ne sont là que pour l’usage. Dieu seul pour notre jouissance. La
chasteté est une adhésion à Dieu, supérieure à l’intelligence et au
sentiment, supérieure à tous les dons que l’âme est apte à recevoir. La
chasteté dépasse d’un bond tout ce que le sentiment, l’expérience ou
l’intelligence peuvent saisir, et va, au-dessus des dons, se reposer en
Dieu seul.
La chasteté est la splendeur de l’homme intérieur. Elle est la force
suprême qui ferme le cœur aux choses d’ici-bas, et qui l’ouvre aux
choses d’en haut.
La chasteté demande que nous soyons armés des armes de Jésus, rédempteur
et vainqueur. Elle exige que nous bondissions à la joie de son nom, que
nous portions dans notre âme la mémoire de sa vie, la mémoire de sa
naissance, de ses institutions, de ses bienfaits, de son humilité, de sa
passion, de son sang répandu, de sa résurrection glorieuse, de son
ascension admirable. Il faut l’y suivre, il faut agenouiller notre homme
intérieur devant le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Les fantômes
étrangers, inutiles et malsains, mourront dans cette atmosphère. Si nous
portons avec nous l’Homme-Dieu crucifié, et sa vie, et sa mort, il vivra
en nous, et nous en lui; la chair et le sang, le monde et l’enfer seront
sous nos pieds. Sans négliger les images sensibles de Jésus-Christ, il
faut se plonger dans la sagesse intérieure où vivent les images
intellectuelles, où toute vérité et toute justice illuminera notre
esprit, et nous resplendirons en présence de Dieu. Il faut aussi que le
regard simple, le regard nu, plonge et s’abîme dans la lumière sans
image où la divinité de Jésus-Christ couronne la splendeur de la
chasteté. Dans la vision divine, Jésus nous revêtira du manteau de
pureté, qui est lui-même.