XIII

Souvent, dans ses ouvrages, Rusbrock insiste sur le Sacrement de

l’autel, et sur l’immense amour dont l’Eucharistie est le témoignage. Il

est certain que l’amour du Père pour le saint Sacrement fut le feu même

dont brilla son âme. Jusqu’aux derniers temps, il garda inviolablement

la coutume de célébrer la messe tous les jours. Il avait dépassé

soixante-dix et quatre-vingts ans; il fallait encore une maladie ou un

empêchement grave pour l’en détourner.

Un jour, Rusbrock disait la messe; il en était arrivé au canon; mais il

fut ravi en esprit, et liquéfié par la surabondance de grâce, prêt à

perdre connaissance, il était naturellement hors d’état de continuer.

Celui qui répondait la messe fut épouvanté; le jeune homme ne savait pas

encore que cet accident, habituel chez Rusbrock, n’était pas une

défaillance naturelle, mais un excès surnaturel. Vers la fin de sa vie,

ayant presque perdu la vue, il distinguait à peine les espèces

eucharistiques; mais son transport d’amour brûlait du même feu.

Un autre jour, pendant la messe, il subit, dans l’extase, un

évanouissement physique si profond que le répondant crut que l’âme du

père Rusbrock abandonnait son corps. Du reste, ce jour-là, sans une

grâce particulière qui lui conserva la vie, il est vraisemblable que

Rusbrock eût rendu l’esprit devant l’autel du Dieu vivant.

Après la messe, le répondant raconta le fait au gardien. Celui-ci

engagea Rusbrock à s’abstenir pendant quelque temps de célébrer la

messe, à cause du danger. «Mon Père, dit Rusbrock, ne m’éloignez pas de

l’autel pour cette raison; au moment où j’ai perdu connaissance,

Jésus-Christ me touchait et me disait: Tu es mien, et je suis tien.»

Immédiatement après la communion, il fermait les lèvres, ne faisait

aucun mouvement de sa bouche, et restait uni au Saint-Esprit dans une

contemplation si profonde qu’il ne paraissait pas avaler l’hostie.

Peut-être les espèces eucharistiques ne se comportaient pas dans sa

bouche comme dans la bouche des autres hommes.

Ce qu’il y a de certain c’est que son esprit, volant au-devant de

l’Esprit d’en haut, montait vers le Père des esprits, comme l’épouse

appuyée sur le bras de l’époux.

Un frère, très familier avec Rusbrock, lui demanda un jour comment il

avalait si vite l’hostie.

Rusbrock répondit simplement:

«Cher ami, Dieu fait ce qu’il veut dans ses serviteurs.»

Rusbrock l'Admirable (œuvres choisies) · 第 21 / 117 题