Souvent, dans ses ouvrages, Rusbrock insiste sur le Sacrement de
l’autel, et sur l’immense amour dont l’Eucharistie est le témoignage. Il
est certain que l’amour du Père pour le saint Sacrement fut le feu même
dont brilla son âme. Jusqu’aux derniers temps, il garda inviolablement
la coutume de célébrer la messe tous les jours. Il avait dépassé
soixante-dix et quatre-vingts ans; il fallait encore une maladie ou un
empêchement grave pour l’en détourner.
Un jour, Rusbrock disait la messe; il en était arrivé au canon; mais il
fut ravi en esprit, et liquéfié par la surabondance de grâce, prêt à
perdre connaissance, il était naturellement hors d’état de continuer.
Celui qui répondait la messe fut épouvanté; le jeune homme ne savait pas
encore que cet accident, habituel chez Rusbrock, n’était pas une
défaillance naturelle, mais un excès surnaturel. Vers la fin de sa vie,
ayant presque perdu la vue, il distinguait à peine les espèces
eucharistiques; mais son transport d’amour brûlait du même feu.
Un autre jour, pendant la messe, il subit, dans l’extase, un
évanouissement physique si profond que le répondant crut que l’âme du
père Rusbrock abandonnait son corps. Du reste, ce jour-là, sans une
grâce particulière qui lui conserva la vie, il est vraisemblable que
Rusbrock eût rendu l’esprit devant l’autel du Dieu vivant.
Après la messe, le répondant raconta le fait au gardien. Celui-ci
engagea Rusbrock à s’abstenir pendant quelque temps de célébrer la
messe, à cause du danger. «Mon Père, dit Rusbrock, ne m’éloignez pas de
l’autel pour cette raison; au moment où j’ai perdu connaissance,
Jésus-Christ me touchait et me disait: Tu es mien, et je suis tien.»
Immédiatement après la communion, il fermait les lèvres, ne faisait
aucun mouvement de sa bouche, et restait uni au Saint-Esprit dans une
contemplation si profonde qu’il ne paraissait pas avaler l’hostie.
Peut-être les espèces eucharistiques ne se comportaient pas dans sa
bouche comme dans la bouche des autres hommes.
Ce qu’il y a de certain c’est que son esprit, volant au-devant de
l’Esprit d’en haut, montait vers le Père des esprits, comme l’épouse
appuyée sur le bras de l’époux.
Un frère, très familier avec Rusbrock, lui demanda un jour comment il
avalait si vite l’hostie.
Rusbrock répondit simplement:
«Cher ami, Dieu fait ce qu’il veut dans ses serviteurs.»