Cet ami de Jésus-Christ était si délicieux à voir qu’au jugement et au
témoignage de ceux qui l’entouraient, personne n’approchait le père
Rusbrock sans revenir avec la consolation et même la gaieté dans l’âme.
Sur sa face resplendissait la grâce du Seigneur Dieu.
Il avait la sagesse dans la parole, la piété dans l’action, l’humilité
dans le geste, et partout l’intégrité des vertus. Il était sobre et doux
pour toutes choses et toutes personnes. Son costume était généralement
négligé.
Quant à sa commisération, quant à sa compassion, il en avait les
entrailles tellement pleines qu’après en avoir versé des torrents sur
les créatures raisonnables il en prodiguait ensuite aux animaux. Il fit
toujours tout ce qui était en son pouvoir pour venir, dans tous leurs
besoins, au secours des bêtes.
Souvent, l’hiver, l’excès du froid et l’abondance de la neige mettaient
dans la misère les pauvres petits oiseaux. Les frères, qui n’ignoraient
pas l’immense bonté et l’immense pitié de Rusbrock, allaient le trouver
et lui disaient: «Oh! notre Père! voici déjà la neige. Que vont faire
les pauvres petits oiseaux?»
A voir et à entendre de telles choses, Rusbrock souffrait beaucoup; et
sa compassion n’était pas vaine. Il prenait de telles mesures, si
efficaces et si opportunes qu’il sauvait la vie aux oiseaux du ciel.
Les avares feraient bien, je crois, de faire attention à son exemple. Ce
sont des hommes souffrants qui implorent des hommes opulents, et
ceux-ci, qui pourraient facilement secourir, ne le veulent pas.
Un jour, Rusbrock tomba malade. Il eut soif, et demanda de l’eau. Le
gardien, qui croyait l’eau dangereuse pour lui, ne voulut pas lui en
donner.
Ses lèvres se desséchaient. Il supportait le refus avec patience.
Cependant, comme il se sentait menacé: «Père, dit-il au gardien, si tu
ne me donnes pas d’eau, je vais mourir.»
Le gardien, dans une épouvante mortelle, fit apporter de l’eau. Rusbrock
but, et à l’instant même entra en convalescence.
Rusbrock avait une grâce singulière pour deviner et secourir les
nécessités de tous ceux qu’il voyait, sans aucune réflexion préalable.
Il devinait et agissait.
Quelquefois il parlait de Dieu aux frères jusqu’à l’heure des prières
nocturnes. Mais jamais de la vie un d’eux n’en éprouva la moindre
fatigue. Au contraire, quand Rusbrock avait parlé, ils étaient tous
fortifiés physiquement et prêts à toute veille.
Le Seigneur Jésus lui apparut plusieurs fois. Il lui apparut un jour
avec la Vierge Marie et plusieurs saints. Et Jésus dit, montrant
Rusbrock:
«Voici mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes complaisances.»