Rusbrock avait quatre-vingt-huit ans; ses forces commençaient à
diminuer.
Déjà sa mère lui était apparue dans une vision, pour lui indiquer le
moment de sa mort. Rusbrock se prépara avec une grande dévotion et avec
un immense désir. Il y a des hommes qui prennent la vie en patience,
mais qui gardent leur amour pour l’heure de la délivrance. N’ayant pas
ici de cité permanente, ils désirent la cité future, ils se sentent en
exil et savent que le Père est dans les cieux.
Quand vint l’heure de la mort, Rusbrock eut une joie tranquille, pure,
libre et gaie. Ni douleur, ni peur, ni anxiété. Toute sa personne
semblait rendre témoignage à cette parole: «Je désire être dissous, et
vivre avec le Christ.»
De temps en temps quelques profonds soupirs sortaient de sa poitrine
très profonde et très altérée, et il répétait:
«Mon âme a soif de la source vive; mon âme a soif de Dieu. Quand est-ce
que je viendrai, et que j’apparaîtrai devant la face de mon Seigneur?
«Comme le cerf vers la source vive, ainsi mon âme vers vous, Seigneur.»
Il avait passé tant d’années dans l’intime familiarité de Jésus qu’il ne
pouvait, au moment suprême de voir et de jouir, il ne pouvait autre
chose que brûler.
Il couchait dans le lit du gardien; mais il voulut être porté, comme un
simple frère, à l’infirmerie. La fièvre et la dysenterie durèrent quinze
jours. Les frères étaient autour de lui, assistant et priant; au dernier
moment, il les recommanda à Dieu.
Son esprit était sain; son visage était rose; la mort ne fit aucune
marque sur lui. Dans une suavité profonde et dans une joie immense,
Rusbrock rendit à Dieu son âme. Il avait quatre-vingt-huit ans; il en
avait passé plus de soixante dans le sacerdoce. C’était le 2 décembre
1381.
Or les frères l’ensevelirent avec la dévotion qui convenait à une telle
sépulture.
Il est vrai qu’on fit pour lui les cérémonies et les prières qu’on fait
pour tous les autres. Mais les frères espéraient intérieurement que
c’était leur Père qui priait pour eux.