Rusbrock était humble partout et toujours. On eût pu croire que ce
profond et sublime contemplateur allait se passer de la vie active.
C’est le contraire qui arriva. Dans la pratique extérieure et vigilante
de toute vertu et de toute justice, il fut le premier du monastère, et
l’exemple des religieux. Il se livra même au travail des mains. Déjà
vieux, il s’offrait aux fonctions les plus dures et les plus humbles; il
voulait, par exemple, porter lui-même le fumier dont avaient besoin les
frères, et il descendit à des services encore plus humbles. Il est vrai
que, dans les travaux du jardinage, avec la meilleure volonté du monde,
il fut, dans certains jours, plus gênant qu’utile. Car, dans ses moments
de maladresse, il arrachait à la fois les bonnes et les mauvaises
herbes. Mais l’exemple de son humilité et de son activité n’en était pas
moins frappant pour les frères.
Au milieu des travaux extérieurs, il gardait son âme appliquée au
dedans, et jamais l’activité du dehors ne gêna en lui le sublime esprit
de contemplation. Ainsi Marthe et Marie s’étaient donné rendez-vous.
Rusbrock avait pris l’habitude d’avoir toujours, pendant le travail
extérieur, un chapelet à la main. C’était pour lui une façon de
symboliser l’acte du travailleur, qui doit offrir à Dieu tous ses pas et
tous ses gestes.
Le père Rusbrock avait reçu cette grâce: dans le travail ou dans la
solitude, partout où il se trouvait, il avait la faculté de se livrer,
dès qu’il le voulait, à la contemplation intérieure.
«Il est beaucoup plus facile pour moi, disait-il aux frères, d’élever
mon âme à Dieu que ma main à ma tête.»