VII

La réputation de Rusbrock arriva à Gérard le Grand. Gérard le Grand

était un juste, et sa vie était dans sa religion. Le désir de voir

Rusbrock s’étant allumé dans son âme, Gérard choisit un compagnon, et se

prépara au voyage. Quand il arriva avec cet ami dans la Vallée-Verte,

Rusbrock, le vieillard inspiré, Rusbrock, qui ne l’avait jamais vu,

averti de sa visite, le salua par son nom, lui fit une réception

honorable, et l’introduisit avec son compagnon dans la demeure des

frères. Quelques jours s’étaient passés dans l’intimité; Gérard dit à

Rusbrock:

«Père, j’admire la sublimité de vos œuvres. Mais ne craignez-vous pas

l’envie et la calomnie?

--Maître Gérard, répondit Rusbrock, j’évite d’écrire, toutes les fois

que je ne sens pas en moi le souffle du Saint-Esprit, et une présence

singulière de la Trinité, plus que sainte.»

Les frères ont affirmé que Rusbrock, près de mourir, leur laissa pour

testament et pour dernière parole cette solennelle affirmation, de

n’avoir jamais écrit un mot en l’absence du Saint-Esprit. Gérard le

Grand ne comprenait pas parfaitement l’immense portée de cette réponse,

et son compagnon ne le comprenait pas du tout.

L’esprit de prophétie toucha Rusbrock: «Maître Gérard, dit-il, vous

comprendrez bientôt mes paroles. Mais votre compagnon ne les comprendra

pas, de ce côté-ci du tombeau.»

En effet, Gérard comprit: les œuvres et la personne de Rusbrock

devinrent l’objet de son éternelle admiration. «C’est de lui, disait

Gérard, que j’ai appris la vie: c’est de lui que j’ai reçu la prudence

et le discernement des choses divines.»

Un jour, dans les entretiens de la Vallée-Verte, Gérard fut

singulièrement frappé de la confiance parfaite de Rusbrock en Dieu.

Cette confiance n’avait rien de téméraire. Mais l’amour, dans son

transport, avait mis la peur à la porte. Gérard, qui peut-être voulait

l’éprouver, lui cita sur les jugements de Dieu les passages les plus

effrayants de l’Écriture.

Mais plus il appuyait dans le sens de la terreur, plus Rusbrock était

transporté dans le sens de l’amour.

Rusbrock l'Admirable (œuvres choisies) · 第 16 / 117 题