Parmi les compagnons de Rusbrock, il faut citer Jean d’Afflighen.
C’était un laïque, sans titre d’aucune espèce[3].
[3] Jean d’Afflighen serait-il ce laïque qui eut avec Tauler de
célèbres, d’intimes et de mystérieuses relations?
(Note du traducteur.)
Il suivit dans la Vallée-Verte Jean Rusbrock et ses amis. Là il parvint
à de telles hauteurs spirituelles que le récit le plus authentique de
cette vie prodigieuse paraîtrait maintenant incroyable au lecteur. Dès
les premiers jours de sa conversion, il dépassa les frères. Quand il
survenait des étrangers, Jean d’Afflighen leur prodiguait tous les soins
matériels dont ils avaient besoin; puis il leur parlait de Dieu, et les
étrangers fondaient en larmes. Il était sévère pour lui-même. Les restes
des repas, les morceaux de rebut composaient sa nourriture. Toute sa vie
fut plus admirable qu’imitable. Pour suivre sa voie, il faudrait des
trésors de grâce exactement semblables aux siens. Très occupé de soins
et de travaux extérieurs, il conserva toujours au milieu d’eux une telle
paix, une telle pureté d’esprit et d’âme, qu’adonné en même temps à la
vie active et à la vie contemplative, jamais il ne fut distrait de la
seconde par les labeurs de la première. Il avait acquis cette grâce
admirable par une profonde méditation des souffrances de Jésus-Christ.
Bien qu’il portât avec lui, partout où il allait, tous les parfums de
toutes les vertus, cependant le principal attrait de son âme l’attirait
vers les plaies de Jésus-Christ; sa compassion l’avait entraîné à offrir
sa personne, corps et âme, en holocauste. Le souvenir ardent de la
passion du Sauveur avait ouvert sur lui les sources de la grâce avec une
telle abondance qu’il était à chaque instant arraché à lui-même et ravi
en extase. La distance qu’il voyait entre lui et Jésus-Christ, lui avait
donné la conviction intime qu’il était la dernière des créatures, et de
beaucoup la dernière. Il lui arriva une épreuve terrible: sept douleurs
fondirent sur lui, qui ressemblaient aux douleurs de l’enfer, et, pour
les mesurer, il faudrait les avoir partagées; mais je n’entre dans aucun
détail. Dieu fit en lui des choses qui ne peuvent être ici racontées.
Une multitude de secrets divins furent révélés à ce laïque ignorant. Il
ne mourut pas sans avoir laissé par écrit quelques paroles très
profondes où il exalte Rusbrock l’Admirable. Il porte aux nues ce maître
sublime avec un enthousiasme qui n’a guère d’exemple en ce monde. Car
c’était pendant le ravissement que l’excellence et la sublimité du
Maître lui avaient été révélées.
Jean d’Afflighen était le cuisinier des frères. Quand il sentit venir sa
fin, il continua ses fonctions, jusqu’à la dernière extrémité. Puis, sa
mort très prochaine lui ayant été révélée d’en haut, il reçut
l’extrême-onction, et mourut trois jours après, le 5 février, en la fête
de sainte Agathe, vierge et martyre.