VI

Parmi les compagnons de Rusbrock, il faut citer Jean d’Afflighen.

C’était un laïque, sans titre d’aucune espèce[3].

[3] Jean d’Afflighen serait-il ce laïque qui eut avec Tauler de

célèbres, d’intimes et de mystérieuses relations?

(Note du traducteur.)

Il suivit dans la Vallée-Verte Jean Rusbrock et ses amis. Là il parvint

à de telles hauteurs spirituelles que le récit le plus authentique de

cette vie prodigieuse paraîtrait maintenant incroyable au lecteur. Dès

les premiers jours de sa conversion, il dépassa les frères. Quand il

survenait des étrangers, Jean d’Afflighen leur prodiguait tous les soins

matériels dont ils avaient besoin; puis il leur parlait de Dieu, et les

étrangers fondaient en larmes. Il était sévère pour lui-même. Les restes

des repas, les morceaux de rebut composaient sa nourriture. Toute sa vie

fut plus admirable qu’imitable. Pour suivre sa voie, il faudrait des

trésors de grâce exactement semblables aux siens. Très occupé de soins

et de travaux extérieurs, il conserva toujours au milieu d’eux une telle

paix, une telle pureté d’esprit et d’âme, qu’adonné en même temps à la

vie active et à la vie contemplative, jamais il ne fut distrait de la

seconde par les labeurs de la première. Il avait acquis cette grâce

admirable par une profonde méditation des souffrances de Jésus-Christ.

Bien qu’il portât avec lui, partout où il allait, tous les parfums de

toutes les vertus, cependant le principal attrait de son âme l’attirait

vers les plaies de Jésus-Christ; sa compassion l’avait entraîné à offrir

sa personne, corps et âme, en holocauste. Le souvenir ardent de la

passion du Sauveur avait ouvert sur lui les sources de la grâce avec une

telle abondance qu’il était à chaque instant arraché à lui-même et ravi

en extase. La distance qu’il voyait entre lui et Jésus-Christ, lui avait

donné la conviction intime qu’il était la dernière des créatures, et de

beaucoup la dernière. Il lui arriva une épreuve terrible: sept douleurs

fondirent sur lui, qui ressemblaient aux douleurs de l’enfer, et, pour

les mesurer, il faudrait les avoir partagées; mais je n’entre dans aucun

détail. Dieu fit en lui des choses qui ne peuvent être ici racontées.

Une multitude de secrets divins furent révélés à ce laïque ignorant. Il

ne mourut pas sans avoir laissé par écrit quelques paroles très

profondes où il exalte Rusbrock l’Admirable. Il porte aux nues ce maître

sublime avec un enthousiasme qui n’a guère d’exemple en ce monde. Car

c’était pendant le ravissement que l’excellence et la sublimité du

Maître lui avaient été révélées.

Jean d’Afflighen était le cuisinier des frères. Quand il sentit venir sa

fin, il continua ses fonctions, jusqu’à la dernière extrémité. Puis, sa

mort très prochaine lui ayant été révélée d’en haut, il reçut

l’extrême-onction, et mourut trois jours après, le 5 février, en la fête

de sainte Agathe, vierge et martyre.

Rusbrock l'Admirable (œuvres choisies) · 第 15 / 117 题