IV

Pendant que Rusbrock vivait encore dans le monde, il y avait une femme à

Bruxelles, qui inventa et propagea une doctrine exécrable. Elle avait

une immense réputation de sainteté. Jamais, disait-on, elle ne va à la

sainte table, sans être escortée de deux séraphins, l’un à droite,

l’autre à gauche. Elle écrivait beaucoup sur l’esprit de liberté. Elle

parlait beaucoup de cet amour que le paganisme divinisa sous le nom de

Vénus, et enseigna que cette passion était séraphique en elle-même.

Cette femme eut des admirateurs qui saluèrent en elle l’apôtre même de

la vérité divine. Elle devint l’objet d’un culte. Rusbrock eut pitié de

tant d’erreur: il s’opposa aux dogmes infâmes. Une armée de furieux se

leva contre lui. Mais il mit à nu le mensonge, et confondit la menteuse.

Beaucoup de savants passaient à côté pleins de respect, sans dénoncer

l’erreur, ni même l’apercevoir. Ce fut l’ignorant Rusbrock qui fit

l’œuvre. Sa promptitude à découvrir le mal, sa sagesse à le démasquer,

son audace à le confondre, malgré tant d’hostilités et tant de ruses,

tout indiqua chez lui le mouvement de l’Esprit-Saint.

V

Rusbrock avait soixante ans. Il avait vécu au milieu des hommes, comme

un exemple et comme une lumière. Il avait gravi les sommets de la

perfection; il était inondé des rayons de la contemplation divine. Il

avait écrit magnifiquement sur la vie intérieure.

Cependant, pour se livrer plus profondément et plus pleinement à la

contemplation divine, il quitta le monde avec quelques compagnons, et se

dirigea vers la Vallée-Verte. Il avait vu, dans la lumière de Dieu, que,

pour lui, la solitude serait désormais favorable à la contemplation.

En effet, dans la solitude, la jeunesse de son génie fut renouvelée

comme celle de l’aigle. Les regards qu’il jeta sur la splendeur

éternelle furent si perçants et si profonds que très peu de

contemplateurs ont pu, en cette vie, les suivre où ils allaient. Les

théologiens les plus élevés regardent les œuvres de Rusbrock avec

admiration et vénération Que celui qui ne comprendra pas commence par

croire et par se sanctifier. Qu’il dise le _Credo_, qu’il redresse son

âme, suivant le conseil de Rusbrock. Qu’il mérite la lumière; qu’il vive

en elle. Alors il comprendra, il comprendra et il verra.

Rusbrock l'Admirable (œuvres choisies) · 第 14 / 117 题