Rusbrock était encore prêtre séculier; mais il cherchait déjà à
ressembler au Christ par son humilité. Peu curieux de lui-même et du
monde, il faisait l’effet d’un malheureux et d’un homme de rien à ceux
qui ne le connaissaient pas. (En général les amis de Dieu sont des
énigmes vivantes, et, pour les connaître, il faut leur ressembler.)
Il vivait dans une paix profonde, silencieux et négligé. Adonné à la
contemplation, il évitait volontiers les foules; un jour (c’était à
Bruxelles), il passait par une place publique, l’esprit penché sur les
choses divines; il était simple comme une colombe; deux laïques le
regardaient marcher:
«Oh! mon Dieu, disait l’un d’eux, pourquoi ne suis-je pas aussi élevé en
grâce que ce prêtre!»
L’autre répondit:
«Moi, pour tout l’or du monde, je ne voudrais pas être à sa place. Je
n’aurais pas, dans ma vie, un jour de plaisir.»
Rusbrock entendit par hasard ce dernier mot, et, traversant la place en
silence, il disait intérieurement:
«Tu ne connais donc pas les jouissances que Dieu donne et le goût
délicieux du Saint-Esprit!»