Si dans le tempérament bilieux si fortement prononcé vous substituez
seulement à la vaste capacité de la poitrine un poumon étroit et
serré, et que vous supposiez un foie peu volumineux, les résistances
deviennent à l'instant _supérieures_ aux moyens de les vaincre. La
liqueur séminale reste l'unique principe d'activité.
La roideur originelle des solides, qui est fort grande, s'accroît
de plus en plus par la langueur de la circulation. Ces gens-là ne
sont abordables qu'après les repas. Les extrémités nerveuses ont une
sensibilité vive, les muscles sont très-vigoureux, la vie s'exerce avec
une énergie constante; mais elle s'exerce avec embarras, avec une sorte
d'hésitation. Il y a de la difficulté dans tous les mouvements, et ils
sont accompagnés d'un sentiment de gêne et de malaise. Il manque une
chaleur active et pénétrante: le cerveau n'a point ce mouvement et
cette _conscience de sa force_, dont l'effet moral est si nécessaire
pour venir à bout de tant d'obstacles. Les forces sont très-grandes,
mais elles sont ignorées. L'humeur séminale tyrannise le mélancolique;
c'est elle qui donne une physionomie nouvelle aux impressions, aux
volontés, aux mouvements; c'est elle qui crée dans le sein de l'organe
cérébral ces forces étonnantes employées à poursuivre des fantômes,
ou à réduire en système les visions les plus étranges. Vous voyez les
solitaires de la Thébaïde, les martyrs, beaucoup d'illustres fous;
vous voyez qu'une partie de la biographie des grands hommes doit être
fournie par leur médecin.