Une taciturnité sombre, une gravité dure et repoussante, les
âpres inégalités d'un caractère plein d'aigreur, la _recherche
de la solitude_, un regard oblique, le timide embarras d'une âme
artificieuse, trahissent, dès la jeunesse, la disposition mélancolique
de Louis XI. Tibère et Louis XI ne se distinguent à la guerre que
durant l'effervescence de l'âge. Le reste de leur vie se passe
en immenses préparatifs militaires qui n'ont jamais d'effet, en
négociations remplies d'astuce et de perfidie.
Tous les deux, avant de régner, s'exilent volontairement de la cour,
et vont passer plusieurs années dans l'oubli et les langueurs d'une
vie privée, l'un dans l'île de Rhodes, l'autre dans une solitude de la
Belgique.
L'été de leur vie est dominé par les affaires, à travers lesquelles
cependant perce toujours leur noire tristesse.
Vers la fin, quand ils osent de nouveau être eux-mêmes, en proie à de
noirs soupçons, aux présages les plus sinistres, à des terreurs sans
cesse renaissantes, ils vont cacher l'affreuse image du despotisme puni
par lui-même, le roi dans le château de Plessis-les-Tours, l'empereur
dans l'île de Caprée. Mais, quoi qu'on en dise, il y a plus de naturel
dans les distractions de Tibère; elles ont au moins l'avantage de nous
rappeler de charmantes _spinthries_.