CARACTÈRES PHYSIQUES.

Vous voyez s'avancer un gros et grand homme blond avec une poitrine

extrêmement large. D'après les observations rapportées jusqu'ici, on

s'attend à le trouver plein de feu; c'est le contraire. C'est que ce

poumon si vaste, comprimé par une graisse surabondante, ne reçoit, et

surtout _ne décompose_ qu'une petite quantité d'air. Des organes de

la génération et un foie qui manquent d'énergie, un système nerveux

moins actif, une circulation plus lente et une chaleur plus faible,

des fibres originairement molles, une sanguification entravée par

l'abondance des sucs muqueux, telles sont les premières données du

tempérament flegmatique[277].

Bientôt les sucs muqueux émoussent la sensibilité des extrémités

nerveuses. Ils assoupissent le système cérébral lui-même[278].

Les fibres charnues que ces mucosités inondent, et qui ne se trouvent

sollicitées que par de faibles excitations, perdent graduellement leur

ton naturel. La force totale des muscles s'énerve et s'engourdit. De là

un petit Gascon vif terrasse un énorme grenadier hollandais.

On ne remarque point l'appétit vif du bilieux; tout est plus faible

dans ce tempérament-ci; la puberté même, ce miracle de l'organisation,

produit des changements moins grands sur la physionomie et la voix.

Ces hommes ont souvent des muscles très-gros; mais ils sont moins

velus, et la couleur de leurs cheveux est moins foncée. Les mouvements

sont faibles et lents. Il y a une tendance générale vers le repos. Ce

tempérament, qui règne en Allemagne, a son extrême en Hollande. La

constitution des Anglais peut expliquer leur énergie; mais comment

expliquer la vivacité des cochers russes (mougiks) que nous prîmes à

Moskou?

Privé de société par la solitude héroïque de cette grande ville, ennuyé

de mes camarades, j'aimais à parcourir la Slabode allemande et tous

ces grands quartiers ruinés par l'incendie. Je ne savais que cinq mots

russes; mais je faisais la conversation par signes avec Arthemisow, le

plus vif de mes cochers, et qui tenait toujours mon droski au galop.

L'émigration de Smolensk, de Giat, de Moskou, quittée en quarante-huit

heures par tous ses habitants, forme le fait moral le plus étonnant de

ce siècle; pour moi, ce n'est qu'avec respect que je parcourais la

maison de campagne du comte Rostopchin[279], ses livres en désordre et

les manuscrits de ses filles.

Je voyais une action digne de Brutus et des Romains, digne, par sa

grandeur, du génie de l'homme contre lequel elle était faite.

Puis-je admettre quelque chose de commun entre le comte Rostopchin et

les bourgmestres de Vienne, venant dans Schœnbrunn faire leur cour à

l'empereur, et _avec respect_[280]?

La disparition des habitants de Moscou est tellement peu un fait

appartenant au tempérament flegmatique, que je ne crois pas un tel

événement possible même en France[281].

Histoire de la peinture en Italie · 第 225 / 465 题