CARACTÈRE MORAL.

Comme, par la souplesse et la flexibilité des parties, les fonctions

vitales n'éprouvent pas de grandes résistances, le flegmatique ne

connaît point cette inquiétude, mère des grandes choses, qui presse

le bilieux. Son état habituel est un bien-être doux et tranquille; sa

vie a quelque chose de médiocre et de borné. Comme, dans ces grands

corps, les organes n'éprouvent que de faibles excitations; comme les

impressions reçues par les extrémités nerveuses se propagent avec

lenteur, ils n'ont ni la vivacité, ni la gaieté brillante, ni le

caractère changeant du sanguin: c'est le tempérament de la constance.

On voit d'ici sa douceur, sa lenteur, sa paresse et tout le _terne_

de son existence. Une médiocrité exempte de chagrins est son lot

habituel[282].

Le théâtre d'Ifland, le célèbre acteur, donne beaucoup de personnages

de ce genre. Comparez son _Joueur_ à celui de Regnard. Le joueur

allemand fait cinq ou six prières à Dieu, et s'évanouit une ou deux

fois; ce tempérament ne comprend les saillies qu'un quart d'heure

après; c'est ce qui rend si plaisantes les critiques des Allemands sur

Molière et Regnard[283].

Voyez Rivarol à Hambourg[284]. Ce tempérament national a pénétré jusque

dans les pièces de Schiller, ce spirituel élève du grand Shakspeare.

Si l'on compare son rôle de Philippe II au Philippe II d'Alfieri, on

verra une lumière soudaine éclairer les deux nations. L'Italien, par

une bizarre manie, se prive d'événements; mais quels vers frappés à la

noire bile de la tyrannie!

Histoire de la peinture en Italie · 第 226 / 465 题