Bénéficiant de l’ancienne loi militaire, en 1906 Louis Peyrot s’engagea
à dix-huit ans au 121e de ligne à Clermont-Ferrand, afin de ne faire
qu’un an de service de par la dispense du P. C. N. Ses classes
terminées, comme étudiant en médecine, il fut employé à l’infirmerie
régimentaire. Il chercha bientôt à se faire affecter à l’hôpital où il
espérait travailler plus librement et étudier des cas intéressants. Mais
ce ne fut pas comme infirmier qu’il y entra. En janvier 1907, il tomba
malade de la grippe; une bronchite succéda et sans doute commenceront à
se développer en ses poumons fragiles les germes de la tuberculose.
On le transporte à Paris, on lui octroie des congés. Mais le mal ne cède
pas et, à la fin de l’année, il est obligé de se rendre compte qu’il est
gravement atteint et qu’il lui faudra se soumettre à une cure de longue
durée.
Tout d’abord la perspective de l’inaction qui le menaçait le consterna.
«Je n’avais jamais eu pareille épreuve et celle-ci m’a trouvé sans
courage pour la subir...»
Mais cet état de dépression ne persista point. Par la prière et
l’abandon sincère à la volonté divine, il ne tarda pas à réagir:
«Cette longue inaction est bien pénible, écrit-il. Mais puisqu’elle
était utile aux desseins que Dieu a sur moi, il faut l’accepter avec
joie. Le plus triste, dans une maladie comme celle-là, c’est qu’on ne
peut plus former de projets qui aient chance de se réaliser. Mais il
fallait bien apprendre que Dieu seul dispose entre tout ce que l’homme
propose et je dois comprendre que l’on ne vit pas pour soi, que l’on ne
s’arrange pas une vie mais que l’on va où Dieu a besoin de nous... J’ai
appris en même temps qu’on ne doit jamais s’exagérer sa propre valeur,
se croire indispensable. Dieu a assez le moyen de nous remplacer.»
On admirera cette vaillance dans la résignation. Parce qu’elle se
corroborait d’un grand esprit de foi, Peyrot en acquit un surcroît de
ferveur religieuse. Et c’est alors qu’une lumière lui fut donnée sur les
moyens d’_utiliser_ la maladie pour le bien des âmes. Voici en quelles
circonstances.
Après un séjour à Néris où, malgré les soins familiaux, son état ne
s’améliora pas, il consulta des spécialistes qui l’engagèrent à essayer
d’une cure d’air au sanatorium de Leysin dans le pays de Vaud.
Docile à leur avis, Peyrot se mit aussitôt en route. Il arriva à Leysin
le 21 novembre 1907.
Il acceptait courageusement la situation sans, toutefois, s’illusionner
à l’excès sur ses chances de guérison. Car, disait-il, «on voit à Leysin
des hommes qui se sont déjà soignés, il y a dix ans, qui se sont crus
guéris et qui sont forcés d’y revenir maintenant plus malades que
jamais. Enfin, à la grâce de Dieu!...»
Au sanatorium, il se lia d’amitié avec plusieurs jeunes gens, aussi
atteints ou plus atteints que lui-même. Il leur donnait l’exemple de la
patience; il les remontait par sa gaîté et par les effusions discrètes
du feu d’amour divin qui allait toujours s’accroissant dans son âme.
Plusieurs en subirent les effets et, sous cette influence, revinrent à
Dieu.
Jusqu’en 1913, son existence se partage en séjours alternés à Néris et à
Leysin. Parfois le mal reste stationnaire. Peyrot échafaude alors des
plans d’études médicales et d’activité sociale, publie des articles dans
divers journaux et revues. Mais bientôt, la fièvre et la toux
reviennent, plus implacables. Il passe par des périodes de découragement
où il ne trouve presque plus la force de prier. Toutefois, jamais il ne
cessa de prononcer le _Fiat_ consolateur. Il s’ensuivit une paix
intérieure et un accroissement de confiance en Dieu qui se sont
exprimées en des colloques d’une grande beauté dont il importe de citer
quelques passages.
Il s’écrie: «Mon Dieu, je ne demande pas à monter très haut. Je me
serais contenté des chemins faciles de la plaine où l’on a des
compagnons qui rient. Mon Dieu, ayez pitié!...» Et il poursuit, prenant
conscience que Dieu, par la souffrance, l’attire vers les sommets de la
Charité: «La main qui me tire et qui me guide, resserre son étreinte et
m’entraîne. J’entends une voix qui me dit:--Aie du courage! Sois humble.
Si tu savais les cimes radieuses auxquelles je te conduis! Si tu savais
quel soleil tu retrouveras après ces brumes éphémères!... Tu te plains
que tu es seul, que tu ne rencontres que des amis peu nombreux. Mais
c’est de quoi tu devrais me savoir gré. Je t’ai choisi du milieu de la
foule. Écoute: tantôt tu penses aux joies immondes que tu as quittées,
et tu murmures contre l’austérité de la voie où je te dirige. Tantôt
l’esprit du mal, qui cherche à te reprendre et à te détacher de Moi, te
souffle du mépris pour ceux que tu as un peu dépassés, grâce à mon aide.
Tu oscilles entre la nostalgie de la boue sensuelle et l’orgueil du
progrès que tu me dois. Reconnais que j’ai eu raison en enveloppant ta
voie de brouillard. Abandonne-toi humblement à moi; celui qui me suit ne
marche pas dans les ténèbres. Viens, je suis ta force et ta lumière. Tu
n’es pas seul puisque tu es avec moi et que je t’aime, moi, ton Dieu.»
Ainsi fortifié il ne tarda pas à démêler que Dieu ne lui demandait pas
seulement l’acceptation personnelle de la souffrance, mais lui inspirait
d’appliquer aux malades ce dogme de la communion des saints qui
constitue l’une des plus sublimes croyances de l’Église. Et peu à peu se
forma en lui le projet de cette _Union catholique des malades_, où se
dépensèrent généreusement ses dernières forces.