UNE CARMÉLITE SOUS LA TERREUR

I

Il y a plusieurs manières d’envisager la Révolution. Les dénombrer

toutes serait fastidieux et d’ailleurs ce n’est pas l’objet que je me

suis proposé dans ce chapitre. Rappelons-nous seulement qu’au point de

vue religieux, la Révolution eut et continue d’avoir pour but de

substituer le règne de l’homme au règne de Dieu. De là, ce caractère

satanique que Joseph de Maistre dénonçait en elle. De là aussi, cette

rage qui pousse le démocrate, logique avec ses principes, à traquer, à

bâillonner, à supprimer quiconque préfère la tiare du Pape au bonnet

rouge de Marat, l’amour du Crucifix au culte de la guillotine.

Certains esprits, dont la naïveté déconcerte, tentent de ménager un

accord entre ces inconciliables et d’établir des distinctions. Ils

vénèrent les bavards illusionnés de la Constituante mais réprouvent les

massacreurs de septembre; et pourtant ceux-ci procédaient de ceux-là

comme le poussin sort de l’œuf. Avec une inconscience stupéfiante, ils

s’efforcent de coudre au manteau de l’Église la loque dont Sanson se

servait pour essuyer «le rasoir national». Ce faisant, ils s’imaginent

prouver leur libéralisme et mériter un siège au conseil de ces

démagogues qui, sous couleur de République, nous mènent à l’enlisement

rapide dans le marécage du socialisme intégral.

Cependant, pour peu qu’on étudie, à la clarté de la Révélation, la

période qui commence à 1789 et qui dure encore, on s’aperçoit très vite

que les promoteurs du délire humanitaire dont nous ne cessons de subir

les accès, furent tout simplement--des possédés.

Or, à l’une des époques où cette fièvre chaude tourna en frénésie

meurtrière, c’est-à-dire sous la Terreur, il y eut un certain nombre de

dévoués pour assumer les blessures dont l’athéisme révolutionnaire

criblait le corps mystique de Jésus-Christ. Les uns confessèrent

joyeusement leur foi sur l’échafaud. D’autres, errant parmi la boue

sanglante dont s’empoissait le pavé des rues, maintinrent, par l’oraison

et le sacrifice, un peu de Lumière incréée dans les ténèbres qui

couvraient la face de la France en folie.

Au nombre de ces derniers, on compte une Carmélite: la Mère Camille de

l’Enfant-Jésus, née de Soyecourt, dont j’essaierai d’évoquer la figure.

Je ne donnerai pas sa vie entière. Elle est racontée dans un volume,

d’un style un peu clapotant, rédigé par une Carmélite, annoté par l’abbé

Lescœur et publié en 1897. D’après ce livre et quelques écrits

postérieurs, je m’efforcerai seulement de profiler la Mère Camille telle

qu’elle se montra,--à savoir paisiblement énergique--à travers les

gambades, les grimaces et les grincements de canines des anthropoïdes

sanguinaires échappés de leur cage que les Michelet, les Hugo et autres

rêveurs romantiques nomment: «les géants de 93».

Le soleil intérieur · 第 34 / 48 题