VIII

J’espère, dans les lignes précédentes, avoir fixé les principaux traits

de la physionomie du Saint. Je ne m’étendrai donc pas sur les incidents

qui marquèrent sa réclusion à Assise d’abord, puis à Petra Rubea, à

Fossombrone et enfin à Osimo où il passa les dernières années de sa vie.

Notons seulement que, partout, on le maintint en clôture et que, partout

aussi, malgré les précautions prises pour le dérober à l’empressement

des fidèles, les Grands comme la multitude venaient à lui, attirés par

un aimant mystérieux, et rompaient toutes les barrières. Ses

ravissements, ses envolées persistaient, soit devant témoins, soit qu’il

fût seul dans sa cellule. Il continuait à faire des miracles, à lire

dans les âmes. Il obtenait des conversions d’hérétiques--par exemple

celle d’un duc de Brunswick, luthérien opiniâtre qui avait déconcerté la

dialectique des théologiens les plus autorisés et qui fut conquis à la

vraie foi par l’éloquence brûlante du prisonnier.

Tant de merveilles que Dieu opérait par l’humble moine auraient dû

convaincre ses gardiens qu’ils n’avaient pas affaire à un possédé et les

déterminer à lui rendre le libre exercice de sa mission. Mais point: ils

reconnaissaient volontiers l’empreinte divine sur ses prodiges; ils

louaient l’orthodoxie de ses propos; ils rendaient justice sans

restrictions à ses vertus; et, cependant, ils redoublaient d’efforts

pour que l’éteignoir ne cessât de coiffer cet irréductible luminaire.

Le biographe de Joseph ne sait trop comment s’y prendre pour expliquer

un aussi étrange entêtement. Faute de mieux, afin de ne froisser

personne, il emploie des termes vagues et courtois.

Il écrit: «Le tribunal de l’Inquisition, qui avait constaté la sainteté

de Joseph à Naples, et le pape Urbain VIII avaient, dans leur sagesse,

jugé convenable et nécessaire de tenir un si riche trésor en réserve

pour Dieu qui saurait manifester les œuvres de son serviteur.»

Fort bien. Seulement, lorsque mille faits eurent démontré cette sainteté

jusqu’à l’évidence, pourquoi ne pas lui donner carrière? Pourquoi

prolonger pendant vingt-cinq ans une épreuve dont rien ne semble

légitimer la rigueur?

Avec quelque scrupule qu’on étudie les documents contemporains, on en

revient toujours à la même conjecture: la faculté redoutable que Joseph

possédait de lire dans le fond des cœurs gênait beaucoup de dignitaires

du clergé, sans doute parce qu’ils savaient que leur propre tréfonds ne

fournirait rien d’édifiant à la clairvoyance du Saint. Par suite, ne

pouvant dissimuler à Dieu l’état de leur conscience, ils s’évertuaient,

du moins, à le cacher aux hommes.

Cette hypothèse s’appuie sur l’histoire; en effet, les chroniques nous

apprennent qu’au temps où vécut Joseph, _le sel de la terre_, en Italie

et surtout à Rome, _s’était fort affadi_.

Le soleil intérieur · 第 11 / 48 题