profanée et lue à rebours par l'esprit français moderne, il vaut la
peine, pour le lecteur, de demander chez M. Goyer (place Saint-Denis),
le _Journal de Saint-Nicolas_ de 1880 et de regarder le Phénix tel
qu'il est représenté à la page 610. L'histoire a l'intention d'être
morale, et te Phénix représente l'avarice, mais l'entière destruction
de toute tradition sacrée et poétique dans l'esprit d'un enfant par
une telle image, est une immoralité qui neutraliserait la prédication
d'une année.
Afin que cela vaille la peine pour M. Goyer de vous montrer le numéro,
achetez celui dans lequel il y a «les conclusions de Jeannie» (p.
337): La scène d'église (avec dialogue) dans le texte est
charmante.--(Note de l'Auteur.)
M. Male n'est pas éloigné de croire que l'artiste qui a représenté
la chasteté à Notre-Dame de Paris (Rose) voulait figurer sur son écu
une salamandre, symbole de la chasteté parce qu'elle vit dans les
flammes, a même la propriété de les éteindre et n'a pas de sexe.
Mais l'artiste s'étant trompé et ayant fait de la salamandre un
oiseau, son erreur aurait été reproduite à Amiens et à Chartres.--(Note
du Traducteur.)]
[Note 253: Mais chaste cependant: «Nous voilà loin des terribles
figures de la luxure sculptées au portail des églises romanes; à
Moissac, à Toulouse des crapauds dévorant le sexe d'une femme et se
suspendant à ses seins» (Male).--(Note du Traducteur.)]
[Note 254: «Son écu est décoré d'un serpent qui, parfois, s'enroule
autour d'un bâton. Aucun blason n'est plus noble puisque c'est Jésus
lui-même qui l'a donné à la prudence: «Soyez prudents, disait-il,
comme des serpents» (Male).
Giotto donne à la Prudence la double face de Janus et un miroir
(_Stones of Venice_, I, V, § LXXIII). Voir dans ce chapitre de _Stones
of Venice_ la définition des mots tempérance, σωροσύνη,
μανία, ὔβρις (§ LXXIX).--(Note du Traducteur.)]
[Note 255: «La folie, qui s'oppose à la prudence, mérite de nous
arrêter plus longtemps. Elle s'offre à nous à Paris, à Amiens, aux
deux portails de Chartres, à la rose d'Auxerre et de Notre-Dame de
Paris (*), sous les traits d'un homme, à peine vêtu, armé d'un
bâton, qui marche au milieu des pierres et qui parfois reçoit un
caillou sur la tête. Presque toujours il porte à sa bouche un objet
informe. C'est évidemment là l'image d'un fou que d'invisibles gamins
semblent poursuivre a coups de pierres. Chose curieuse, une figure si
vivante, et qui semble empruntée à la réalité quotidienne, a une
origine littéraire. Elle est née de la combinaison de deux passages de
l'Ancien Testament. On lit, en effet; dans les _Psaumes_: «L'insensé a
lancé contre Dieu une pierre, mais la pierre est tombée sur sa tête.
Il a mis une pierre dans le chemin pour y faire heurter son frère et il
s'y heurtera lui-même.» Voilà bien le fou d'Amiens. Il marche sur des
cailloux qui semblent rouler sous ses pieds et une pierre vient de
l'atteindre à la tête.
Mais quel est l'objet qu'il porte à sa bouche? Un passage des Psaumes,
suivant nous l'explique. Quiconque a feuilleté quelques psautiers à
miniatures du XIIIe siècle a remarqué que les illustrations, en fort
petit nombre, ne varient jamais. En tête du psaume LIII est dessiné un
fou tout à fait semblable au personnage sculpté au portail de nos
cathédrales. Il est armé d'un bâton et il s'apprête à manger un
objet rond, qui est tout simplement, comme on va le voir, un morceau de
pain. On lit, en effet, dans le texte: «Le fou a dit dans son cœur: il
n'y a pas de Dieu. Le fou accomplit des iniquités abominables... _il
dévore mon peuple comme un morceau de pain._» On ne peut douter, je
crois, que l'artiste ait essayé de rendre ce passage. Ainsi s'explique
la figure si complexe de la folie qui, comme tant d'autres, a été
imaginée d'abord par les miniaturistes, et adoptée ensuite par les
sculpteurs et les peintres verriers» (Male).--(Note du Traducteur.)
(*) La figure de la folie au portail de Notre-Dame de Paris a été
retouchée. Un cornet dans lequel souffle le fou a remplacé l'objet
qu'il semblait manger, le bâton est devenu une espèce de flambeau.]
[Note 256: Généralement les prophéties sont écrites sur des
banderoles au lieu d'être figurées comme à Amiens dans des
bas-reliefs. Pour compléter par des images ruskiniennes, le tableau que
donne ici Ruskin, nous cesserons de citer uniquement M. Male et nous
rapprocherons les prophéties figurées à Amiens, des prophéties
inscrites au baptistère de Saint-Marc. On sait que ces mosaïques sont
décrites dans _Saint Mark's Rest_ au chapitre _Sanctus, Sanctus,
Sanctus._ Et le baptistère de Saint-Marc, dont l'éblouissante
fraîcheur est si douce à Venise pendant les après-midi brûlants, est
à sa manière une sorte de Saint des Saints ruskinien. M. Collingwood,
le disciple préféré de Ruskin, a qui nous devons, en somme, le plus
beau livre qui ait été écrit sur lui, a dit que le _Repos de
Saint-Marc_ était aux _Pierres de Venise_ ce que la _Bible d'Amiens_
était aux _Sept Lampes de l'architecture._ Je pense qu'il veut dire par
là que le sujet de l'un et de l'autre a été choisi par Ruskin comme
un exemple historique, destiné à illustrer les lois édictées dans
ses livres de théorie. C'est le moment où, comme aurait dit Alphonse
Daudet, «le professeur va au tableau». Et, en effet, par bien des
points rien ne ressemble plus à _la Bible d'Amiens_ que cet _Évangile
de Venise._ Mais le _Repos de Saint-Marc_ n'est déjà plus du meilleur
Ruskin. Il dit lui-même, de façon touchante dans le chapitre: _The
Requiem_, cité plus haut: «Passons à l'autre dôme qui est plus
sombre. Plus sombre et très sombre; pour mes vieux yeux à peine
déchiffrable; pour les vôtres s'ils sont jeunes et brillants, cela
doit être très beau, car c'est l'origine de tous ces fonds dorés de
Bellini, Cima, Carpaccio, etc.» Mais c'est tout de même pour essayer
de voir ce qu'avaient vu ces «vieux yeux» que nous allions tous les
jours nous enfermer dans ce baptistère éclatant et obscur. Et nous
pouvons dire d'eux comme il disait des yeux de Turner: «C'est par ces
yeux, éteints à jamais que des générations qui ne sont pas encore
nées verront les couleurs.» (Note du Traducteur.)]
[Note 257: Ruskin dans un moment de découragement s'est appliqué à
lui-même ce verset d'Isaïe: «Malheur à moi, s'écrie-t-il dans _Fors
Clavigera_, car je suis un homme aux lèvres impures, et je suis un
homme perdu parce que mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur des armées»
(_Fors Clavigera_, III, LVIII).--(Note du Traducteur.)]
[Note 258: Au baptistère de Saint-Marc, comme à l'Arena à Padoue et
au porche occidental de la cathédrale de Vérone la prophétie
rappelée sur le phylactère d'Isaïe est: _Ecce virgo concipiet et
pariet filium et vocabitur nomen ejus Emmanuel_ (Isaïe, VI, 14). Et
l'aspect (qui sera plus évocateur des mosaïques byzantines pour ceux
qui en ont une fois vu) est celui-ci:
ECCE V
IRGO
CIPIET
ET PAR
IET FILI
UM ET V
OCABIT
UR NOM.
Et ces inscriptions, et ces couleurs éclatantes à côté des grises
allégories d'Amiens font penser à la page des _Stones of Venice_ que
nous avons citée plus haut, pages 81 et 82.--(Note du Traducteur.)]
[Note 259: Au baptistère de Saint-Marc le texte de Jérémie est: _Hic
est Deus noster et non extimabitur alius._--(Note du Traducteur.)]
[Note 260: Sur la manière de représenter les fleuves voir notamment
_Giotto and his work in Padua_ au Baptême du Christ.--(Note du
Traducteur.)]
[Note 261: «Comment croire que le sculpteur d'Amiens qui a représenté
Ézéchiel, la tête dans la main devant une mesquine petite roue, ait
eu la prétention d'illustrer ce passage du prophète: «Je regardais
les animaux et voici, il y avait des roues sur la terre près des
animaux. À leur aspect... les roues semblaient être en chrysolithe...
chaque roue paraissait être au milieu d'une autre roue. Elles avaient
une circonférence et une hauteur effrayantes et les quatre roues
étaient remplies d'yeux tout autour. Quand les animaux marchaient, les
roues cheminaient à côté d'eux. Au-dessus il y avait un ciel de
cristal resplendissant.» Toute l'horreur religieuse d'une pareille
vision disparaît à l'instant où on essaie de la représenter. Ces
petites images inscrites dans des quatre-feuilles sont charmantes comme
les claires figures qui ornent les livres d'heures français. Mais elles
n'ont rien retenu de la grandeur des originaux qu'elles prétendaient
traduire» (Émile Male, p. 216, _passim_).--(Note du Traducteur.)]
[Note 262: Je crains que cette main n'ait été brisée depuis que je
l'ai décrite, en tout cas elle est sans forme discernable dans la
photographie.--(Note de l'Auteur.)]
[Note 263: Peintre anglais (1789 à 1854). Son _Festin de Balthazar_ est
de 1821.--(Note du Traducteur.)]
[Note 264: Au baptistère de Saint-Marc: _Venite et revertamur ad
dominum quia ipse capit et sana (bit nos)._ (Osée, VI, 4.)--(Note du
Traducteur.)]
[Note 265: Allusion au verset: «Après cela l'Éternel me dit: «Va
encore aimer une femme aimée d'un ami et adultère, comme l'Éternel
aime les enfants d'Israël lesquels, toutefois, regardent à d'autres
dieux et aiment les flacons de vin (Osée, III, 1).
Et c'est alors que la prophétie ajoute: «Je m'acquis donc cette
femme-là pour quinze pièces d'argent et un homer et demi
d'orge.--(Note du Traducteur.)]
[Note 266: À Saint-Marc: _Super servos meos et super ancillas effundam
de spiritu meo_ (Joël, II. 29).--(Note du Traducteur.)]
[Note 267: À Saint-Marc: _Ecce parvulum dedit te in gentibus_ (Abdias,
2).--(Note du Traducteur.)]
[Note 268: «Ils lui répondirent: c'était un homme vêtu de poil... et
Achazia leur répondit: C'est Elie, le Tshischbite» (II Rois, I, 8). Ce
manteau de poils était une ressemblance de plus entre Elie et saint
Jean-Baptiste que l'on croyait être Elie ressuscité (Voir Renan, _la
Vie de Jésus_).--(Note du Traducteur.)]
[Note 269: «Il envoya vers lui un capitaine de cinquante avec ses
cinquante hommes» (II Rois, I, 9).--(Note du Traducteur.)]
[Note 270: Auprès d'Achazia qui les avait envoyés consulter
Beal-Zebub, Dieu d'Ekron.--(Note du Traducteur.)]
[Note 271: À Saint-Marc: _Clamavi ad dominun et exaudivit me de
tribulation(e) mea._--(Note du Traducteur.)]
[Note 272: Cf., plus haut, sur la connaissance qu'on pouvait avoir des
chameaux à Amiens.--(Note du Traducteur.)]
[Note 273: «Les nations forgeront leurs épées en hoyaux et leurs
lances en serpes.» Ce verset, se retrouve dans Isaïe (II, 4) et dans
Joël, (III, 10). Après avoir analysé ce passage de la Bible d'Amiens
et isolé le verset biblique qui en fait le fond, faisons l'opération
inverse, et en partant de ce verset, montrons comment il entre dans la
composition d'autres pages de Ruskin. Nous lisons par exemple dans _The
Two Paths_: «Ce n'est pas en supportant les souffrances d'autrui, mais
en faisant l'offrande des vôtres, que vous vous approcherez du grand
changement qui doit venir pour le fer de la terre: quand les hommes
_forgeront leurs épées en socs de charrue et leurs lances en serpes_,
et où l'on n'apprendra plus la guerre. (_The Two Paths_, 196.)
Et dans _Lectures on Art_: « Et l'art chrétien, comme il naquit de la
chevalerie, fut seulement possible aussi longtemps que la chevalerie
força rois et chevaliers à prendre souci du peuple. Et il ne sera de
nouveau possible que, quand, à la lettre, _les épées seront forgées
en socs de charrue_, quand votre saint Georges d'Angleterre justifiera
son nom, et que l'art chrétien se fera connaître comme le fit son
Maître, en rompant le pain.» (IV, 126).--(Note du Traducteur.)]
[Note 274: La statue du prophète, en arrière, est la plus magnifique
de la série entière; remarquez spécialement le «diadème» de sa
chevelure luxuriante, tressée, comme celle d'une jeune fille, indiquant
la force Achilléenne, de ce plus terrible des prophètes (Voyez _Fors
Clavigera_, lettre LXV, p. 157). D'ailleurs, cette longue chevelure
flottante a toujours été un des insignes des rois Franks, et leur
manière d'arranger leur chevelure et leur barbe peut être vue de plus
près et avec plus de précision dans les sculptures des angles des
longs fonts baptismaux, dans le transept nord, le morceau le plus
intéressant de toute la cathédrale, au point de vue historique, et
aussi de beaucoup de valeur artistique (Voir plus haut, chap. II, p.
86).--(Note de l'Auteur.)]
[Note 275: Voir dans Male (p. 198 et suiv.) l'interprétation des
sculptures du porche de Laon, représentant Daniel recevant dans la
fosse aux lions le panier que lui apporte Habakuk. Ce porche est
consacré à la glorification de la sainte Vierge. Mais, d'après
Honorius d'Autun, qu'a suivi le sculpteur de Laon, Habakuk faisant
passer la corbeille de nourriture à Daniel sans briser le sceau que le
roi y avait imprimé avec son anneau, et, le septième jour, le roi
trouvant le sceau intact et Daniel vivant, symbolisait, ou plutôt
prophétisait le Christ entrant dans le sein de sa mère sans briser sa
virginité et sortant sans toucher à ce sceau de la demeure
virginale.--(Note du Traducteur.)]
[Note 276: À Saint-Marc: _Expecta me in die resurrectionis meæ
quoniam_ (_judicium, meum ut congregem gentes_).--(Note du Traducteur.)]
[Note 277: Voir plus haut, p. 215, note.--(Note de l'Auteur.)
«Le médaillon représente un petit monument gothique, un oiseau est
perché sur le linteau, et un hérisson entre par la porte ouverte. On
pense à quelque fable d'Ésope, et non au terrible passage de Sophonie,
que l'artiste a la prétention de rendre: «L'Éternel étendra sa main
sur le Septentrion, il détruira l'Assyrie, et il fera de Ninive une
solitude, une terre aride comme le désert: des troupeaux se coucheront
au milieu d'elle, des animaux de toute espèce, le pélican et le
hérisson, habiteront parmi les chapiteaux de ses colonnes, des cris
retentiront aux fenêtres, la dévastation sera sur le seuil, caries
lambris de cèdre seront arrachés» (Émile Male, p. 211).--(Note du
Traducteur.)]
[Note 278: En français dans le texte.]
[Note 279: «Dans un autre médaillon sur Zacharie, deux femmes ailées
soulèvent une autre femme assise sur une chaudière et formant une
composition élégante; mais qu'est devenue l'étrangeté du texte
sacré? (suivent les versets 5 à 11 du chapitre V de Zacharie)» (Male,
p. 217).
Mais comparez surtout avec _Unto this last_:
«De même aussi dans la vision des femmes portant l'ephah, «le vent
était dans leurs ailes»; non les ailes «d'une cigogne», comme dans
notre version, mais «milvi», d'un milan, comme dans la Vulgate; et
peut être plus exactement encore dans la version des septante
«hoopoe», d'une huppe, oiseau qui symbolise le pouvoir des richesses
d'après un grand nombre de traditions dont sa prière d'avoir une
crête d'or est peut être la plus intéressante. Les _Oiseaux_
d'Aristophane où elle joue un rôle capital est plein de ces
traditions, etc. (_Unto this last_, § 74, p. 148, note). Dans _Unto
this last_, aussi (§ 68, p. 135), Ruskin interprète ces versets de
Zacharie. L'ephah ou grande mesure est la «mesure de leur iniquité
dans tout le pays». Et si la perversité y est couverte par un
couvercle de plomb, c'est qu'elle se cache toujours sous la
sottise.--(Note du Traducteur.)]
[Note 280: Voir _ante_, chap. I (p. 8, 9) l'histoire de saint Firmin, et
de saint Honoré (p. 77, § 8) dans ce chapitre, avec la référence qui
y est donnée.--(Note de l'Auteur.)]
[Note 281: Voir sur saint Geoffroy, Augustin Thierry, _Lettres sur
l'Histoire de France, Histoire de la Commune d'Amiens_, pp.
271-281.--(Note du Traducteur.)]
[Note 282: À Reims un portail est également consacré aux saints de la
province; à Bourges, sur cinq portails, deux sont consacrés à des
saints du pays. À Chartres, figurent également tous les saints du
diocèse; au Mans, à Tours, à Soissons, à Lyon, des vitraux retracent
leur vie. Chacune de nos cathédrales présente ainsi l'histoire
religieuse d'une province. Partout les saints du diocèse, tiennent
après les apôtres la première place (Male, 390 et suivantes).--(Note
du Traducteur.)]
[Note 283: L'étude des travaux des mois dans nos différentes
cathédrales est une des plus belles parties du livre de M. Male. «Ce
sont vraiment, dit-il en parlant de ces calendriers sculptés, les
Travaux et les Jours.» Après avoir montré leur origine byzantine et
romane il dit d'eux: «Dans ces petits tableaux, dans ces belles
géorgiques de la France, l'homme fait des gestes éternels.» Puis il
montre malgré cela le côté tout réaliste et local de ces œuvres:
«Au pied des murs de la petite ville du moyen âge commence la vraie
campagne... le beau rythme des travaux virgiliens. Les deux clochers de
Chartres se dressent au-dessus des moissons de la Beauce et la
cathédrale de Reims domine les vignes champenoises. À Paris, de
l'abside de Notre-Dame on apercevait les prairies et les bois; les
sculpteurs en imaginant leurs scènes de la vie rustique purent
s'inspirer de la réalité voisine», et plus loin: «Tout cela est
simple, grave, tout près de l'humanité. Il n'y a rien là des Grâces
un peu fades des fresques antiques: nul amour vendangeur, nul génie
aile qui moissonne. Ce ne sont pas les charmantes déesses florentines
de Botticelli qui dansent à la tête de la Primavera. C'est l'homme
tout seul, luttant avec la nature; et si pleine de vie, qu'elle a
gardé, après cinq siècles, toute sa puissance d'émouvoir.» On
comprend après avoir lu cela que M. Séailles parlant du livre de M.
Male ait pu dire qu'il ne connaissait pas un plus bel ouvrage de
critique d'art.--(Note du Traducteur.)]
[Note 284: Ce sont les préparatifs de Noël.--(Note du Traducteur.)]
[Note 285: Souvenir païen de Janus perpétué à Amiens, à Notre-Dame
de Paris, à Chartres, dans beaucoup de psautiers. Un des visages
regarde l'année qui s'en va, l'autre celle qui vient. À Saint-Denis,
dans un vitrail de Chartres, Janus ferme une porte derrière laquelle
disparait un vieillard, et en ouvre une autre à un jeune homme (Male,
p. 95).--(Note du Traducteur.)]
[Note 286: Il n'y a plus de vignobles à Amiens, mais il y en avait
encore au moyen âge. À Notre-Dame de Paris, le paysan va à sa vigne,
à Chartres, à Saumur, il la taille, à Amiens il la bêche. Comme le
vent est froid, à Chartres (porche nord), le paysan garde le capuchon
et le manteau (_ibid._, p. 97).--(Note du Traducteur.)]
[Note 287: En août la moisson continue au portail nord de Chartres, à
Paris, à Reims. Mais à Senlis, à Semur, à Amiens, on commence déjà
abattre (_ibid._, p. 99).--(Note du Traducteur.)]
[Note 288: Dans d'autres cathédrales on commence déjà la vendange. La
France du moyen âge paraît avoir été plus chaude que la nôtre
(_ibid._, p, 100).--(Note du Traducteur.)]
[Note 289: À Semur, à Reims, pays de vignes, c'est la fin des travaux
du vigneron. À Paris, à Chartres, c'est le temps des semailles. Le
paysan a déjà repris le manteau d'hiver (_ibid._, p. 100).--(Note du
Traducteur.)]
[Note 290: Voyez la description de la Madone de Murano dans le second
volume de _Stones of Venice._--(Note de l'Auteur.)]
[Note 291: Sur la manière «dont Raphaël pense à la Madone» et sur
la Vierge couronnée de Pérugin «tombant au rang d'une simple mère
italienne, la Vierge à la chaise de Raphaël». Voir Ruskin, _Modern
Painters_, III, IV, 4, cités par M. Brunhes.--(Note du Traducteur.)]
[Note 292: Cf. Male, p. 209 et 210. «On a rapproché non sans raison à
Chartres et à Amiens la statue de Salomon de celle de la reine de Saba.
On voulait signifier par là que, conformément à la doctrine
ecclésiastique, Salomon figurait Jésus-Christ et la Reine de Saba
l'église qui accourt des extrémités du monde pour entendre la parole
de Dieu. La visite de la reine de Saba fut aussi considérée au moyen
âge, comme une figure de l'adoration des mages. La Reine de Saba qui
vient de l'Orient symbolise les mages, le roi Salomon sur son trône
symbolise la Sagesse Éternelle assise sur les genoux de Marie (Ludolphe
le Chartreux, _Vita Christi_, XI). C'est pourquoi à la façade de
Strasbourg, on voit Salomon sur son trône gardé par douze lions et
au-dessus la Vierge portant l'enfant sur ses genoux».--(Note du
Traducteur.)]
[Note 293: Allusion au chapitre II de Daniel. Le prophète raconte à
Hebricatsar ses propres songes qu'il va interpréter et dit dans le
récit du songe: «Tu la contemplais (cette statue) lorsqu'une pierre
fut détachée de la montagne, sans mains, qui frappe la statue dans ses
pieds de fer et de terre et les brise. Alors le fer, la terre, l'airain
et l'or furent brisés, etc.» (Daniel, II, 34).--(Note du Traducteur.)]
[Note 294: Exode, III, 3, 4.--(Note du Traducteur.)]
[Note 295: Les Juges, VI, 37, 38.--(Note du Traducteur.)]
[Note 296: «Voici, la verge d'Aaron avait fleuri pour la maison de
Lévi et elle avait jeté des fleurs, produit des boutons et mûri des
amandes» (Nombres, XVII, 8).--(Note du Traducteur.)
Ces quatre sujets si éloignés en apparence de l'Histoire de la Vierge,
se retrouvent au porche occidental de Laon et dans un vitrail de la
collégiale de Saint-Quentin, tous deux consacrés à la Vierge comme le
portail d'Amiens. Le lien entre ses sujets et la vie de la Vierge se
trouve, selon M. Male, dans Honorius d'Autun (sermon pour le jour de
l'Annonciation). Selon Honorius d'Autun, la Vierge a été prédite, et
sa vie symboliquement figurée dans ces épisodes de l'Ancien Testament.
Le buisson que la flamme ne peut consumer, c'est la Vierge portant en
elle le Saint Esprit, sans brûler du feu de la concupiscence. Le
buisson où descend la rosée, est la Vierge qui devient féconde, et
l'aire qui reste sèche autour est la virginité demeurée intacte. La
pierre détachée de la montagne sans le secours d'un bras c'est
Jésus-Christ naissant d'une Vierge qu'aucune main n'a touché. Ainsi
s'exprime Honorius d'Autun dans le _Speculum Ecclesiæ._ M. Male pense
que les artistes de Laon, de Saint-Quentin et d'Amiens avaient lu ce
texte et s'en sont inspiré.--(Note du Traducteur.)]
[Note 297: Saint Luc, I, 13.--(Note du Traducteur.)]
[Note 298: Saint Matthieu, I, 20.--(Note du Traducteur.)]
[Note 299: Saint Luc, I, 61.--(Note du Traducteur.)]
[Note 300: Saint Luc, I, 61.--(Note du Traducteur.)]
[Note 301: Saint Luc, I, 63.--(Note du Traducteur.)]
[Note 302: Mise en scène d'une légende rapportée par tous les auteurs
du moyen âge. Jésus en arrivant dans la ville de Solime fit choir
toutes les idoles pour que s'accomplît la parole d'Isaïe. «Voici que
le Seigneur vient sur une nuée et tous les ouvrages de la main des
Égyptiens trembleront à son aspect» (Voir Male, p. 283, 284).--(Note
du Traducteur.)]
[Note 303: «À la façade d'Amiens, on voit sous les pieds de la statue
d'Hérode, devant qui les rois mages comparaissent, un personnage nu que
deux serviteurs plongent dans une cuve. C'est le vieil Hérode qui
essaie de retarder sa mort en prenant des bains d'huile: «Et Hérode
avait déjà soixante-quinze ans et il tomba dans une très grande
maladie; fièvre violente, pourriture et enflure des pieds, tourments
continuels, grosse toux et des vers qui le mangeaient avec grande
puanteur et il était fort tourmenté; et alors, d'après l'avis des
médecins, il fut mis dans une huile d'où on le tira à moitié mort»
(_Légende dorée_). «Hérode vécut assez longtemps pour apprendre que
son fils Antipater n'avait pas caché sa joie en entendant le récit de
l'agonie de son père. La colère divine éclate dans cette mort
d'Hérode... L'imagier d'Amiens a donc eu une idée ingénieuse en
mettant sous les pieds d'Hérode triomphant le vieil Hérode vaincu; il
annonçait l'avenir et la vengeance prochaine de Dieu» (Male, p. 283).
J'ai adopté la traduction adoucie de M. Male, n'osant pas reproduire la
crudité de l'original. Le lecteur peut se reporter à la belle
traduction de la _Légende dorée_ par M. Téodor de Wyzewa, mais M. de
Wyzewa ne donne pas le passage sur l'incendie du vaisseau des
rois.--(Note du Traducteur.)]
[Note 304: «Comme Hérode ordonnait la mort des Innocents, il... apprit
en passant à Tarse que les trois rois s'étaient embarqués sur un
navire du port, et dans sa colère il fit mettre le feu à tous les
navires, selon ce que David avait dit: «il brûlera les nefs de Tarse
en son courroux» (Jacques de Voragine, _Légende dorée_, au jour des
saints Innocents, 28 décembre).--(Note du Traducteur.)
On voit les mages revenant en bateau, dit M. Male, sur un des panneaux
de la rose de Soissons et sur le vitrail consacré à l'enfance de
Jésus-Christ qui orne la chapelle absidale de la cathédrale de
Tours.--(Note du Traducteur.)]
[Note 305: Saint Matthieu, II, 12.--(Note du Traducteur.)]
[Note 306: Isaïe, IX, 5.--(Note du Traducteur.)]