[Note 201: «Tu quoque magnam Partem opere in tanto, sineret dolor,

Icare, haberes Bis conatus erat casus effingere in auro,--Bis patriæ

cecidere manus.»

Il n'y a, de parti pris, aucun pathétique de permis dans la sculpture

primitive. Ses héros conquièrent sans joie et meurent sans

chagrin.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 202: Voyez _Fors Clavigera_, lettre LXI, p. 22.--(Note de

l'Auteur.)]

[Note 203: Ainsi, le commandement aux enfants d'Israël «qu'ils

marchent en avant» est adressé à leurs propres volontés. Eux

obéissant, la mer se retire mais pas avant qu'ils aient osé s'y

avancer. _Alors_ les eaux leur font une muraille à leur main droite et

à leur gauche.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 204: L'original est écrit en latin seulement: «Supplico tibi,

Domine, Pater et Dux rationis nostræ, ut nostræ nobilitatis

recordemur, qua tu nos ornasti: et ut tu nobis presto sis, ut iis qui

per sese moventur; ut et a Corporis contagio, Brutorumque affectuum

repurgemur, eosque superemus, atque regamus; et, sicut decet pro

instrumentis iis utamur. Deinde, ut nobis ad juncto sis; ad accuratam

rationis nostræ correctionem, et conjunctionem, cum iis qui vere sunt,

per lucem veritatis. Et tertium, Salvatori supplex oro, ut ab oculis

animorum nostrorum caliginem prorsus abstergas; iit norimus bene, qui

Deus, au mortalis habendus. Amen.»--(Note de l'Auteur.)]

[Note 205: Viollet-le-Duc, vol. VIII, p. 256.--Il ajoute: «L'une

d'elles est comme art» (voulant dire art général de la sculpture)

«un monument de premier ordre»; mais ceci n'est vrai que

partiellement; ainsi je trouve une note dans l'étude de M. Gilbert (p.

126). «Les deux doigts qui manquent à la main droite de l'évêque

Godefroy paraissent un défaut survenu à la fonte.» Voyez plus loin

sur ces monuments et ceux des enfants de saint Louis, Viollet-le-Duc,

vol. IX, p. 61, 62.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 206: Je vole encore à l'abbé Rozé les deux inscriptions avec sa

notice introductive sur l'intervention mal inspirée dont elles avaient

été l'objet.

«La tombe d'Évrard de Fouilloy (mort en 1222) coulée en bronze en

plein relief, était supportée, dès le principe, par des monstres

engagés dans une maçonnerie remplissant le dessous du monument, pour

indiquer que cet évêque avait posé les fondements de la cathédrale.

Un architecte _malheureusement inspire_ a osé arracher la maçonnerie

pour qu'on ne vît plus la main du prélat fondateur, à la base de

l'édifice.

«On lit, sur la bordure, l'inscription suivante en beaux caractères du

XIIIe siècle:

«Qui populum pavit, qui fundameta locavit

Huius Structure, cuius fuit urbs data cure

Hic redolens nardus, fama requiescit Ewardus,

Vir plus afflictis, viduis tutela, relictis

Custos, quos poterat recreabat munere; vbis,

Mitib agnus erat, tumidis leo, lima supbis.»

«Geoffroy d'Eu (mort en 1237) est représenté comme son prédécesseur

en habits épiscopaux, mais le dessous du bronze supporté par des

chimères est évidé, ce prélat ayant élevé l'édifice jusqu'aux

voûtes. Voici la légende gravée sur la bordure:

»Ecce premunt humile Gaufridi membra cubile.

Seu minus aut simile nobis parai omnibus ille;

Quem laurus gemina decoraverat, in medicina

Lege qû divina, decuerunt cornua bina;

Clare vir Augensis, quo sedes Ambianensis

Crevit in imensis; in cœlis auctus, Amen, sis.»

Tout est à étudier dans ces deux monuments; tout y est d'un haut

intérêt, quant au dessin, à la sculpture, à l'agencement des

ornements et des draperies.»

En disant au-dessus que Geoffray d'Eu rendit grâces dans la cathédrale

pour son achèvement, je voulais dire qu'il avait mis au moins le chœur

en état de servir: «Jusqu'aux voûtes», peut signifier ou ne pas

signifier que les voûtes étaient terminées.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 207: En français dans le texte.]

[Note 208: Cf. _Sesame and lilies_: 1. _Of kings treasuries_, 22: «Un

«pasteur» est une personne qui _nourrit_, un «évêque» est une

personne qui _voit._ La fonction de l'évêque n'est pas de gouverner,

gouverner c'est la fonction du roi; la fonction de l'évêque est de

veiller sur son troupeau, de le numéroter brebis par brebis, d'être

toujours prêt à en rendre un compte complet. En bas de cette rue, Bill

et Nancy se cassent les dents mutuellement. L'évêque sait-il tout

là-dessus? Peut-il en détail nous expliquer comment Bill a pris

l'habitude de battre Nancy, etc. Mais ce n'est pas l'idée que nous nous

faisons d'un évêque. Peut-être bien, mais c'était celle que s'en

faisaient saint Paul et Milton.»--(Note du Traducteur.)]

[Note 209: Allusion à saint Matthieu: «Or tout cela arriva afin que

s'accomplit ce que Dieu avait dit par le prophète: Une vierge sera

enceinte et elle enfantera un fils et on le nommera Emmanuel, ce qui

veut dire: Dieu avec nous» (I, 23). Le prophète dont parle saint

Matthieu est Isaïe (III, 14).--(Note du Traducteur.)]

[Note 210: Regardez maintenant le plan qui est à la fin de ce

chapitre.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 211: Saint Jean, 14, 60.--(Note du Traducteur.)]

[Note 212: Saint Matthieu, XVII, 5.--(Note du Traducteur.)]

[Note 213: Saint Matthieu, XXI, 7.--(Note du Traducteur.)]

[Note 214: Pour mieux distinguer ces différentes espèces de lys,

reportez-vous aux belles pages de _The Queen of the Air_ et de _Val

d'Arno_: «Considérez ce que chacune de ces cinq tribus (des Drosidæ)

a été pour l'esprit de l'homme. D'abord dans leur noblesse; les lys

ont donné le lys de l'Annonciation, les Asphodèles la fleur des

Champs-Élysées, les iris, la fleur de lys de la Chevalerie; et les

Amaryllidées, le lys des champs du Christ, tandis que le jonc, toujours

foulé aux pieds, devenait l'emblème de l'humilité. Puis, prenez

chacune de ces tribus et continuez à suivre l'étendue de leur

influence. «La couronne impériale, les lys de toute espèce» de

Perdita, forment la première tribu; qui donnant le type de la pureté

parfaite dans le lys de la Madone, ont, par leur forme charmante,

influencé tout le dessin de l'art sacré de l'Italie; tandis que

l'ornement de guerre était continuellement enrichi par les courbes des

triples pétales du «giglio» florentin et de la fleur de lys

française; si bien qu'il est impossible de mesurer leur influence pour

le bien dans le moyen âge, comme symbole partie du caractère féminin,

et partie de l'extrême splendeur, et raffineront de la chevalerie dans

la cité, dans la cité qui fut la fleur des cités.» (_The Queen of

the Air_, II, § 82.)

Dans _Val d'Arno_, à la conférence intitulée _Fleur de Lys_, il

faudrait noter (§ 251) le souvenir de Cora et de Triptolène à propos

de la Fleur de Lys de Florence, et la couronne d'Hera qui typifie la

forme de l'iris pourpré, ou de la fleur dont parle Pindare quand il

décrit la naissance d'Iamus, et qui se rencontre aussi près d'Oxford.

La note que Ruskin met à la page 211 de _Val d'Arno_ fait remarquer que

les artistes florentins mettent généralement le vrai lys blanc dans

les mains de l'ange de l'Annonciation, mais à la façade d'Orvieto

c'est la «fleur de lys» que lui donne Giovanni Pisano, etc., etc., et

la conférence entière se termine par la belle phrase sur les lys que

j'ai citée dans la préface (page 70).--(Note du Traducteur.)]

[Note 215: «Ô Proserpine, que n'ai-je ici les fleurs que dans ton

effroi tu laissas tomber du char de Pluton, les asphodèles qui viennent

avant que l'hirondelle se risque..., les violettes sombres... les pâles

primevères, la primerole hardie et la couronne impériale, les iris de

toute espèce, et entre autres la fleur de lys!» (_Conte d'Hiver_,

scène XI, traduction François-Victor Hugo).--(Note du Traducteur.)]

[Note 216: Cantique des Cantiques, II, 1.--(Note du Traducteur.)]

[Note 217: Saint Jean, XV, 1.--(Note du Traducteur.)]

[Note 218: Selon M. Émile Male, le sculpteur d'Amiens s'est inspiré

ici d'un passage d'Honorius d'Autun. Voici ce passage (Male, p. 61):

«L'aspic est une espèce de dragon que l'on peut charmer avec des

chants. Mais il est en garde contre les charmeurs et quand il les

entend, il colle, dit-on, une oreille contre terre et bouche l'autre

avec sa queue, de sorte qu'il ne peut rien entendre et se dérobe à

l'incantation. L'aspic est l'image du pêcheur qui ferme ses oreilles

aux paroles de vie.» M. Male conclut ainsi: «Le Christ d'Amiens qu'on

appelle communément le Christ enseignant est donc quelque chose de

plus: il est le Christ vainqueur. Il triomphe par sa parole du démon,

du péché et de la mort. L'idée est belle et le sculpteur l'a

magnifiquement réalisée. Mais n'oublions pas que le _Speculum

Ecclesiæ_ lui a fourni la pensée première de son œuvre et lui en a

dicté l'ordonnance. À l'origine d'une des plus belles œuvres du XIIIe

siècle on trouve le livre d'Honorius d'Autun (_Art religieux au_ XIIIe

_siècle_, p. 62).--(Note du Traducteur.)]

[Note 219: «Tu marcheras sur l'Aspic et sur le Basilic et tu fouleras

aux pieds le lion et le dragon» (Psaume XCI, 13).--(Note du

Traducteur.)]

[Note 220: Voyez mon résumé de l'histoire de Barberousse et Alexandre

dans _Fiction, Beau et Laid. Ninetenth century_, novembre 1880, p. 752,

seq. Voyez _Sur la Vieille Route_, vol. II, p. 3.--(Note de l'Auteur.)

La citation faite par Alexandre III est aussi rappelée dans _Stones of

Venice_, II, III, 59.--(Note du Traducteur.)]

[Note 221: Cf. chapitre Ier, § 33, de ce volume «jusqu'à ce que le

même signe soit lu à rebours par un trône dégénéré».--(Note du

Traducteur.)]

[Note 222: Voyez ce qu'en dit et les dessins très exacts qu'en donne

Viollet-le-Duc (art. _Christ, Dictionnaire d'architecture_, III,

245).--(Note de l'Auteur.)

Voir aussi plus haut, page 76, l'opinion de Huysmans sur cette

statue.--(Note du Traducteur.)]

[Note 223: Psaume XXIV.--(Note du Traducteur.)]

[Note 224: Voyez le cercle des Puissances des Cieux dans les

interprétations byzantines, I, la Sagesse; II, les Trônes; III, les

Dominations; IV, les Anges; V, les Archanges; VI, les Vertus; VII, les

Puissances; VIII, les Princes; IX, les Séraphins. Dans l'ordre

Grégorien (Dante, _Par._, XXVIII, note de Cary), les anges et les

archanges sont séparés, donnant, en tout, neuf ordres, mais non pas

neuf classes dans un ordre hiérarchique. Remarquez que, dans le cercle

byzantin, les chérubins sont en premier, et que c'est la force des

Vertus qui ordonne aux monts de se lever (_Saint Mark's Rest_, p. 97 et

p. 158, 159).--(Note de l'Auteur.)]

[Note 225: Saint Luc, X, 5.--(Note du Traducteur.)]

[Note 226: Aujourd'hui le mot d'argot pour désigner un prêtre dans le

peuple, en France, est un _Pax vobiscum_ ou, en abrégé, un

_vobiscum._--(Note de l'Auteur.)]

[Note 227: C'est là (dans le _De orte et obitu Patrum_, attribué à

Isidore de Séville), dit M. Mule, que nous apprenons qu'Isaïe fut

coupé en deux avec une scie, sous le règne de Manassé (Émile Male,

_Histoire de l'Art religieux au XIIIe siècle_, p. 214). Au Portail

Saint-Honoré à Amiens, Isaïe est représenté la tête fendue.--(Note

du Traducteur.)]

[Note 228: Voir la version des Septante.--(Note de l'Auteur.)]

[Note 229: En français dans le texte.]

[Note 230: Selon M. Male, c'est un lion.--(Note du Traducteur.)]

[Note 231: Interprété différemment par M. Male: «Nos artistes ont

représenté la lâcheté à Paris, à Amiens, à Chartres et à Reims,

par une scène pleine de bonhomie populaire. Un chevalier pris de

panique jette son épée et s'enfuit à toutes jambes devant un lièvre

qui le poursuit; sans doute il fait nuit, car une chouette perchée sur

un arbre, semble pousser son cri lugubre. Ne dirait-on pas un vieux

proverbe ou quelque fabliau. Je croirais volontiers que l'anecdote du

soldat poursuivi par un lièvre était au nombre des historiettes que

les prédicateurs aimaient à raconter à leurs ouailles. Il y a, dans

la _Somme le Roi_ de Frère Lorens, quelque chose qui ressemble fort à

notre bas-relief (_Histoire de l'art religieux_, p. 166 et 167). Voir la

description de la Patience du Palais des Doges 4° face du 7° chapiteau

(_Stones of Venice_, I, V, § LXXI).--(Note du Traducteur.)]

[Note 232: Dans la cathédrale de Laon il y a un joli compliment fait

aux bœufs qui transportèrent les pierres de ses tours au sommet de la

montagne sur laquelle elle s'élève. La tradition est qu'ils se

harnachèrent eux-mêmes, mais la tradition ne dit pas comment un bœuf

peut se harnacher lui-même (*), même s'il en avait envie. Probablement

la première forme du récit fut qu'ils allaient joyeusement «en

mugissant». Mais, quoi qu'il en soit, leurs statues sont sculptées sur

le haut des tours, au nombre de huit, colossales, regardant de ses

galeries, à travers les plaines de France. Voyez le dessin dans

Viollet-le-Duc, article _Clocher._--(Note de l'Auteur.)

(*) Voir plus haut chapitre III: «La vie de Jérôme ne commence pas

comme celle d'un moine Palestine. Dean de Milman ne nous a pas expliqué

comment celle d'aucun homme le pourrait.»--Voir dans Male (page 77) une

légende de Guibert de Nogent relative aux bœufs de Laon.--(Note du

Traducteur.)]

[Note 233: Cf. _Stones of Venice_, I, V, LXXXVIII.]

[Note 234: Symbole de la douceur selon les théologiens parce qu'il se

laisse prendre sans résistance ce qu'il a de plus précieux, son lait

et sa laine (voir Male).--(Note du Traducteur.)]

[Note 235: Le rameau d'olivier de la Concorde (Voir Male, p.

170).--(Note du Traducteur.)]

[Note 236: Voir la Discorde du Palais des Doges (troisième face du

septième chapiteau) avec la citation de Spencer, _Stones of Venice_, I,

V, LXX.--(Note du Traducteur.)]

[Note 237: Cf. Volney: «Enfin la nature l'a (le chameau) visiblement

destiné à l'esclavage en lui refusant toutes défenses contre ses

ennemis. Privé des cornes du taureau, du sabot du cheval, de la dent de

l'éléphant et de la légèreté du cerf, que peut le chameau? etc.»

(_Voyage en Égypte et en Syrie_).--(Note du Traducteur.)]

[Note 238: Cf. l'Obéissance au Palais des Doges (sixième face du

septième chapiteau) et la comparaison avec l'Obéissance de Spencer et

celle de Giotto à Assise. _Stones of Venice_, I, V, § LXXXIII.--(Note

du Traducteur.)]

[Note 239: «La rébellion n'apparaît au moyen âge que sous un seul

aspect, la désobéissance à l'église... La rose de Notre-Dame de

Paris» (ces petites scènes sont presque identiques à Paris, Chartres,

Amiens et Reims) «offre un curieux détail: l'homme qui se révolte

contre l'évêque porte le bonnet conique des Juifs... Le Juif qui

depuis tant de siècles refusait d'entendre la parole de l'église

semble être le symbole même de la révolte et de l'obstination»

(Male, p. 112).--(Note du Traducteur.)]

[Note 240: Apocalypse, III, 2.--(Note du Traducteur.)]

[Note 241: Cf. la Constance du Palais des Doges (deuxième face du

septième chapiteau): _Constantia sum, nil timens_, et la comparaison

avec Giotto et le Pilgrim's Progress (_Stones of Venice_, I, V, §

LXIX).--(Note du Traducteur.)]

[Note 242: Éphésiens, VI, 15.--(Note du Traducteur.)]

[Note 243: Cantique des cantiques, VII, 1.--(Note du Traducteur.)]

[Note 244: À Paris une croix, à Chartres un calice. Au Palais des

Doges (première face du neuvième chapiteau) sa devise est: _Fides

optima in Deo._ La Foi de Giotto tient une croix dans sa main droite,

dans la gauche un phylactère, elle a une clef à sa ceinture et foule

aux pieds des livres cabalistiques. Sur la Foi de Spencer (_Fidelia_),

voir _Stones of Venice_, I, V, § LXXVII.--(Note du Traducteur.)]

[Note 245: Saint Jean, VI, 33.--(Note du Traducteur.)]

[Note 246: Dans ce passage ce furent pour moi, non pas les paroles du

Christ, mais les paroles de Ruskin qui pendant plusieurs années

«restèrent dans leur mystère». J'ai toujours pensé pourtant que

c'était du caractère sacré de la nourriture dans son sens le plus

général et le plus matériel qu'il s'agissait ici, qu'en parlant des

lois de la vie et de l'esprit comme liées à son acceptation et à son

refus, Ruskin entendait signifier le support indispensable et incessant

que la nutrition donne à la pensée et à la vie, tout refus partiel de

nourriture se traduisant par une modification de l'état de l'esprit,

par exemple dans l'ascétisme. Quant à la distribution de la

nourriture, les lois de l'esprit et de la vie me paraissaient lui être

liées aussi en ce que d'elle dépend, si on se place au point de vue

subjectif de celui qui donne (c'est-à-dire au point de vue moral), la

charité du cœur, et si on se place au point de vue de ceux qui

reçoivent, et même de ceux qui donnent considérés objectivement, au

point de vue politique), le bon état social.--Mais je n'avais pas de

certitude, ne trouvant ni les mêmes idées, ni les mêmes expressions

dans aucun des livres de Ruskin que j'avais présents à l'esprit. Et

les ouvrages d'un grand écrivain sont le seul dictionnaire où l'on

puisse contrôler avec certitude le sens des expressions qu'il emploie.

Cependant cette même idée, étant de Ruskin, devait se retrouver dans

Ruskin. Nous ne pensons pas une idée une seule fois. Nous aimons une

idée pendant un certain temps, nous lui revenons quelquefois, fût-ce

pour l'abandonner à tout jamais ensuite. Si vous avez rencontré avec

une personne l'homme le plus changeant je ne dis même pas dans ses

amitiés, mais dans ses relations, nul doute que pendant l'année qui

suit cette rencontre si vous étiez le concierge de cet homme vous

verriez entrer chez lui l'ami ou une lettre de l'ami que vous avez

rencontré ou si vous étiez sa mémoire vous verriez passer l'image de

son ami éphémère. Aussi faut-il faire avec un esprit, si l'on veut

revoir une de ses idées, ne fût-elle pour lui qu'une idée passagère

et un temps seulement préférée, comme font les pêcheurs: placer un

filet attentif, d'un endroit à un autre (d'une époque à une autre) de

sa production, fut-elle incessamment renouvelée. Si le filet a des

mailles assez serrées et assez fines, il serait bien surprenant que

vous n'arrêtiez pas au passage une de ces belles créatures que nous

appelons idées, qui se plaisent dans les eaux d'une pensée, y naissant

par une génération qui semble en quelque sorte spontanée et où ceux

qui aiment à se promener au bord des esprits sont bien certains de les

apercevoir un jour, s'ils ont seulement un peu de patience et un peu

d'amour. En lisant l'autre jour dans _Verona and other Lectures_, le

chapitre intitulé: «The Story of Arachné», arrivé à un passage

(§§ 25 et 26) sur la cuisine, science capitale, et fondement du

bonheur des états, je fus frappé par la phrase qui le termine. «Vous

riez en m'entendant parler ainsi et je suis content que vous riez à

condition que vous compreniez seulement que moi je ne ris pas, et de

quelle façon réfléchie, entière et grave, je vous déclare que je

crois nécessaires à la prospérité de cette nation et de toute autre:

premièrement une soigneuse purification et une affectueuse

_distribution de la nourriture_, de façon que vous puissiez, non pas

seulement le dimanche, mais après le labeur quotidien, qui, s'il est

bien compris, est un perpétuel service divin de chaque jour--de façon,

dis-je, à ce que vous puissiez manger des viandes grasses et boire des

liqueurs douces, et envoyer des portions à ceux pour qui rien n'est

préparé.» (Cette dernière phrase est de Néhémie, VIII, 10.) Je

trouverai peut-être quelque jour un commentaire précis des mots

«acceptance» et «refusal». Mais je crois que pour «food» et pour

«distribution» ce passage vérifie absolument mon hypothèse.--(Note

du Traducteur.)]

[Note 247: «L'insensé a dit dans son cœur, il n'y a point de Dieu»

(Psaume XIV).

Le _Dixit incipiens_ reparaît souvent dans Ruskin. Je cite de mémoire

dans _The Queen of the Air_: «C'est la tâche du divin de condamner les

erreurs de l'antiquité et celle du philosophe d'en tenir compte. Je

vous prierai seulement de lire avec une humaine sympathie les pensées

d'hommes qui vécurent, sans qu'on puisse les blâmer, dans une

obscurité qu'il n'était pas en leur pouvoir de dissiper et de vous

souvenir que quelque accusation de folie qui se puisse justement

attacher à l'affirmation: «Il n'y a pus de Dieu», la folie est plus

orgueilleuse, plus profonde et moins, pardonnable qui consiste à dire:

«Il n'y a de Dieu que pour moi» (_Queen of Air_, I), et dans _Stones

of Venice_:

«Comme il est écrit: «Celui-là qui se fie à son propre cœur est un

fou», il est aussi écrit «L'insensé a dit dans son cœur: il n'y a

pas de Dieu». Et l'adulation de soi-même conduisit graduellement à

l'oubli de tout excepté de soi et à une incrédulité d'autant plus

fatale qu'elle gardait encore la forme et le langage de la foi»

(_Stones of Venice_, II, IV, XCII) et aussi _Stones of Venice_, I, V,

56, etc., etc.--(Note du Traducteur.)]

[Note 248: Selon M. Male, symbole de résurrection, car la croix ornée

d'un étendard est le symbole de Jésus-Christ sortant du tombeau.

Nous aurons notre couronne, notre récompense, le jour de la

résurrection.--(Note du Traducteur.)]

[Note 249: L'espérance de Giotto a des ailes, un ange devant elle porte

une couronne. L'espérance de Spencer est attachée à une ancre. Voir

_Stones of Venice_, I, V, § LXXXIV.--(Note du Traducteur.)]

[Note 250: Avant le XIIIe siècle, c'est la Colère qui se poignarde. À

partir du XIIIe siècle, c'est le Désespoir. La transition est visible

à Lyon, où le Désespoir est opposé encore à la Patience

(Male).--(Note du Traducteur.)]

[Note 251: Parlant du caractère réaliste et pratique du christianisme

dans le nord, Ruskin évoque encore cette figure de la charité d'Amiens

dans _Pleasures of England_: «Tandis que la Charité idéale de Giotto

à Padoue présente à Dieu son cœur dans sa main, et en même temps

foule aux pieds des sacs d'or, les trésors de la terre, et donne

seulement du blé et des fleurs: au porche ouest d'Amiens elle se

contente de vêtir un mendiant avec une pièce de drap de la manufacture

de la ville (_Pleasures of England_, IV).

La même comparaison (rencontre certainement fortuite) se trouve être

venue à l'esprit de M. Male, et il l'a particulièrement bien

exprimée.

«La Charité qui tend à Dieu son cœur enflammé, dit-il, est du pays

de saint François d'Assise. La charité qui donne son manteau aux

pauvres est du pays de saint Vincent de Paul.»

Ruskin compare encore différentes interprétations de la Charité dans

_Stones of Venice_ (chap. sur le _Palais des Doges_): «Au cinquième

chapiteau est figurée la charité. Une femme, des pains sur ses genoux

en donne un à un enfant qui tend les bras vers elle à travers une

ouverture du feuillage du chapiteau. Très inférieure au symbole

giottesque de cette vertu. À la chapelle de l'Arena elle se distingue

de toutes les autres vertus à la gloire circulaire qui environne sa

tête et à sa croix de feu. Elle est couronnée de fleurs, tend dans sa

main droite un vase de blé et de fleurs, et dans la gauche reçoit un

trésor du Christ qui apparait au-dessus d'elle pour lui donner le moyen

de remplir son incessant office de bienfaisance, tandis qu'elle foule

aux pieds les trésors de la terre. La beauté propre à la plupart des

conceptions italiennes de la Charité est qu'elles subordonnent la

bienfaisance à l'ardeur de son amour, toujours figuré par des flammes;

ici elles prennent la forme d'une croix, autour de sa tête; dans la

chapelle d'Orcagna à Florence elles sortent d'un encensoir qu'elle a

dans sa main; et, dans le Dante, l'embrasent tout entière, si bien que

dans le brasier de ces claires flammes, on ne peut plus la distinguer.

Spencer la représente comme une mère entourée d'enfants heureux,

conception qui a été, depuis, banalisée et vulgarisée par les

peintres et les sculpteurs anglais» (_Stones of Venice_, I, V, §

LXXXI). Voir au paragraphe LXVIII du même chapitre comment le sculpteur

vénitien a distingué la Libéralité de la Charité.--(Note du

Traducteur.)]

La Bible d'Amiens · 第 22 / 24 段