Mais ceux-ci sont tous deux conçus comme en retrait derrière la grande

fondation du Christ et des prophètes; et les étroits enfoncements où

ils sont réfugiés[210] masquent en partie leur sculpture, jusqu'au

moment où vous y entrez. Ce que vous avez d'abord à méditer et à

lire, c'est l'Écriture du grand porche central et la façade

elle-même.

Vous avez donc au centre de la façade l'image du Christ lui-même vous

recevant:

«Je suis le chemin, la vérité et la vie[211].»

Et la meilleure manière de comprendre l'ordre des pouvoirs subalternes

sera de les considérer comme placés à la main droite et à la gauche

du Christ; ceci étant aussi l'ordre que l'architecte adopte dans

l'histoire de l'Écriture sur la façade--de façon qu'elle doit être

lue de gauche à droite, c'est-à-dire de la gauche du Christ à la

droite du Christ, comme Lui les voit. Ainsi donc, en prenant les grandes

statues dans l'ordre:

D'abord, dans le porche central, il y a six apôtres à la droite du

Christ, six à Sa gauche.

À Sa gauche, à côté de Lui, Pierre; puis par ordre en s'éloignant,

André, Jacques, Jean, Matthieu, Simon; à Sa droite, à côté de Lui,

Paul; et successivement, Jacques l'évêque, Philippe, Barthélemy,

Thomas et Jude. Ces deux rangées symétriques des apôtres occupent ce

qu'on peut appeler l'abside ou la baie creusée du porche, et forment un

groupe à peu près demi-circulaire, clairement visible quand on

s'approche. Mais sur les côtés du porche, non pas sur la même ligne

que les apôtres, et ne se voyant pas distinctement tant qu'on n'est pas

entré dans le porche, sont les quatre grands prophètes. À la gauche

du Christ, Isaïe et Jérémie; à sa droite, Ézéchiel et Daniel.

Puis sur le devant, en prenant la façade dans toute sa longueur--lisez

par ordre, de la gauche du Christ à Sa droite--viennent les séries des

douze petits prophètes, trois sur chacun des quatre trumeaux du temple,

commençant à l'angle sud avec Osée, et finissant avec Malachi.

Quand vous regardez la façade entière en vous plaçant devant elle,

les statues qui remplissent les porches secondaires sont ou obscurcies

dans leurs niches plus étroites ou dissimulées l'une derrière l'autre

de façon à ne pas être vues.

Et la masse entière de la façade est vue, littéralement, comme bâtie

sur la fondation des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même

étant la pierre angulaire. Et ceci à la lettre; car le porche en

s'ouvrant forme un profond «angulus» et le pilier qui est au milieu

est le sommet de l'angle.

Bâti sur la fondation des apôtres et des prophètes, c'est-à-dire des

prophètes qui ont prédit la venue _du Christ_ et les apôtres qui

l'ont proclamée. Quoique Moïse ait été un apôtre de _Dieu_, il

n'est pas ici. Quoique Elie ait été un prophète de _Dieu_, il n'est

pas ici. La voix du moment tout entier est celle du Ciel à la

Transfiguration: «Voici mon fils bien-aimé, écoutez-le[212].»

Il y a un autre prophète et plus grand encore, qui, comme il semble

d'abord, n'est pas ici. Est-ce que le peuple entrera dans les portes du

temple en chantant «Hosanna au fils de David[213]», et ne verra aucune

image de son père?

Christ lui-même déclare: «Je suis la racine et l'épanouissement de

David», et cependant la racine ne garde près d'elle aucun souvenir de

la terre qui l'a nourrie?

Il n'en est pas ainsi, David et son Fils sont ensemble.

David est le piédestal du Christ. Nous commencerons donc notre examen

de la façade du temple par ce beau piédestal.

La statue de David, qui n'a que les deux tiers de la grandeur naturelle,

occupe la niche qui est sur le devant du piédestal. Il tient son

sceptre dans la main droite, son phylactère dans la gauche: Roi et

Prophète, le symbole à jamais de toute royauté qui agit avec une

justice divine, la réclame et la proclame.

Le piédestal qui a cette statue pour sculpture sur sa face occidentale,

est carré et, sur les deux autres côtés, il y a des fleurs dans des

vases; du côté nord le lys et du côté sud la rose. Et le monolithe

entier est un des plus nobles morceaux de sculpture chrétienne du monde

entier.

Au-dessus de ce piédestal en vient un moins important, portant en

façade un pampre de vigne qui complète le symbolisme floral du tout.

La plante que j'ai appelée un lys n'est pas la Fleur de Lys ni le lys

de la Madone[214], mais une fleur idéale avec des clochettes comme la

couronne impériale (le type des «lys de toutes les espèces» de

Shakespeare[215]), représentant le mode de croissance du lys de la

vallée qui ne pouvait pas être sculpté aussi grand dans sa forme

littérale sans paraître monstrueux, et se trouve ainsi représenté

sur cette pièce de sculpture où il réalise, associé à la rose et à

la vigne ses compagnes, la triple parole du Christ: «Je suis la Rose de

Saron et le Lys de la Vallée[216].» «Je suis la Vigne véritable[217].»

33. Sur les côtés de ce socle sont des supports d'un caractère

différent. Des supports, non des captifs, ni des victimes; le Basilic

et l'Aspic représentant les plus actifs des principes malfaisants sur

la terre dans leur malignité extrême; pourtant piédestaux du Christ,

et même dans leur vie délétère, accomplissant sa volonté finale.

Les deux créatures sont représentées exactement dans la forme

médiévale traditionnelle, le basilic, moitié dragon, moitié coq;

l'aspic, sourd, mettant une oreille contre la terre et se bouchant

l'autre avec sa queue[218].

Le premier représente l'incrédulité de l'Orgueil. Le

basilic--serpent-roi ou le premier des serpents--disant qu'il est Dieu

et qu'il _sera_ Dieu.

Le second, l'incrédulité de la Mort. L'aspic (le plus bas serpent)

disant qu'il est de la boue et _sera_ de la boue.

34. En dernier lieu, surmontant le tout, placés sous les pieds de la

statue du Christ lui-même, sont le lion et le dragon; les images du

péché charnel ou humain, en tant que distinct du péché spirituel et

intellectuel de l'orgueil par lequel les anges tombèrent aussi.

Désirer régner plutôt que servir--péché du basilic--ou la mort

sourde plutôt que la vie aux écoutes--péché de l'aspic--ces deux

péchés sont possibles à toutes les intelligences de l'univers. Mais

les péchés spécialement humains, la colère et la convoitise,

semences en notre vie de sa perpétuelle tristesse, le Christ dans Sa

propre humanité les a vaincus et les vainc encore dans Ses disciples.

C'est pourquoi Son pied est sur leur tête, et la prophétie:

«Inculcabis super leonem et aspidem[219]» est toujours reconnue comme

accomplie en Lui, et en tous Ses vrais serviteurs, selon la hauteur de

leur autorité et la réalité de leur influence.

35. C'est en ce sens mystique qu'Alexandre III se servit de ces paroles

en rétablissant la paix en Italie et en accordant le pardon à l'ennemi

le plus mortel de ce pays sous le portique de Saint-Marc[220]. Mais le

sens de chaque action, comme de chaque art des âges chrétiens, perdu

maintenant depuis trois cents ans, ne peut dans notre temps être lu

qu'à rebours[221], s'il peut être lu du tout, au travers de l'esprit

contraire qui est maintenant le nôtre. Nous glorifions l'orgueil et

l'avarice comme les vertus par lesquelles toutes choses existent et se

meuvent, nous suivons nos désirs comme nos seuls guides vers le salut,

et nous exhalons le bouillonnement de notre propre honte, qui est tout

ce que peuvent produire sur la terre nos mains et nos lèvres.

36. De la statue du Christ elle-même je ne parlerai pas longuement ici,

aucune sculpture ne satisfaisant ni ne devant satisfaire l'espérance

d'une âme aimante qui a appris à croire en lui; mais à cette époque

elle dépassa ce qui avait jamais été atteint jusque-là en tendresse

sculptée; et elle était connue au loin comme de près sous le nom de:

«Le Beau Dieu d'Amiens[222].» Elle était toutefois comprise,

remarquez-le, juste assez clairement pour n'être qu'un symbole de la

Présence Divine, comme les pauvres reptiles enroulés en bas n'étaient

que les symboles des présences démoniaques. Non une idole, dans notre

sens du mot--seulement une lettre, un signe de l'Esprit Vivant, que

pourtant chaque fidèle concevait comme venant à sa rencontre ici à la

porte du temple: «la Parole de Vie, le Roi de Gloire[223] et le

Seigneur des Armées.»

«_Dominus Virtutum_, le Seigneur des Vertus[224]», c'est la meilleure

traduction de l'idée que donnait à un disciple instruit du XIIIe

siècle les paroles du XXIVe psaume.

Aussi sous les pieds de Ses apôtres dans les quatre-feuilles de la

fondation apostolique sont représentées les vertus que chaque apôtre

a enseignées ou manifestées dans sa vie;--ce peut être une vertu qui

aura été en lui durement mise à l'épreuve et il peut avoir manqué

de la force même du caractère qu'il a ensuite conduit à sa

perfection. Ainsi saint Pierre reniant par crainte est ensuite l'apôtre

du courage; et saint Jean, qui avec son frère aurait brûlé le village

inhospitalier, est ensuite l'apôtre de l'Amour. Ayant compris ceci,

vous voyez que dans les côtés des porches les apôtres avec leurs

vertus spéciales sont placés sur deux rangs qui se font vis à vis.

Saint Paul, Foi. Courage, Saint Pierre.

Saint Jacques l'év., Espérance. Patience, Saint André.

Saint Philippe, Charité. Douceur, Saint Jacques.

Saint Barthélemy, Chasteté. Amour, Saint Jean.

Saint Thomas, Sagesse. Obéissance, Saint Matthieu.

Saint Jude, Humilité. Persévérance, Saint Simon.

Maintenant vous voyez comme ces vertus se répondent l'une à l'autre

dans leurs rangs symétriques. Rappelez-vous que le côté gauche est

toujours le premier et voyez comment les vertus de gauche conduisent à

celles de droite.

Le Courage à la Foi.

La Patience à l'Espérance.

La Douceur à la Charité.

L'Amour à la Chasteté.

L'Obéissance à la Sagesse.

La Persévérance à l'Humilité.

Notez de plus que les Apôtres sont tous calmes, presque tous avec des

livres, quelques-uns avec des croix, mais tous avec le même

message,--«Que la Paix soit sur cette maison. Et si le Fils de la Paix

est ici[225]», etc.[226].

Mais les Prophètes, tous chercheurs, ou pensifs, ou tourmentés, ou

priant, à la seule exception de Daniel. Le plus tourmenté de tous est

Isaïe, moralement scié en deux[227]. Le bas-relief qui est au-dessus

ne représente aucune scène de son martyre, mais montre le prophète au

moment où il voit le Seigneur dans son temple et où cependant il a le

sentiment qu'il a les lèvres impures. Jérémie aussi porte sa croix

mais avec plus de sérénité.

39. Et maintenant je donne, en une suite claire, l'ordre des statues de

la façade entière avec les sujets des quatre-feuilles placés sous

chacune d'elles, désignant le quatre-feuilles placé le plus haut par

un A, le quatre-feuilles inférieur par un B.

Les six prophètes qui sont debout à l'angle des porches, Amos, Abdias,

Michée, Nahum, Sophonie et Aggée ont chacun quatre quatre-feuilles,

désignés, les quatre-feuilles supérieurs par A et C, les inférieurs

par B et D.

En commençant donc, sur le côté gauche du porche central et en lisant

de l'intérieur du porche vers le dehors, vous avez:

1. Saint Pierre.......... {A. Courage.

{B. Lâcheté.

2. Saint André........... {A. Patience.

{B. Colère.

3. Saint Jacques......... {A. Douceur.

{B. Grossièreté.

4. Saint Jean............ {A. Amour.

{B. Discorde.

5. Saint Matthieu........ {A. Obéissance.

{B. Rébellion.

6. Saint Simon........... {A. Persévérance.

{B. Athéisme.

Maintenant, à droite du porche en lisant vers le dehors:

7. Saint Paul............ {A. Foi.

{B. Idolâtrie.

8. Saint Jacques, l'év... {A. Espérance.

{B. Désespoir.

9. Saint Philippe........ {A. Charité.

{B. Avarice.

10. Saint Barthélémy..... {A. Chasteté.

{B. Luxure.

11. Saint Thomas......... {A. Prudence.

{B. Folie.

12. Saint Jude........... {A. Humilité.

{B. Orgueil.

Maintenant, de nouveau à gauche, les deux statues les plus

éloignées du Christ.

13. Isaïe:

A. «Je vois le Seigneur assis sur un trône.» (VI, 1.)

B. «Vois, ceci a touché tes lèvres.» (VI, 7.)

14. Jérémie:

A. L'enfouissement de la ceinture. (XIII, 4, 5.)

B. Le bris du joug. (XVIII, 10.)

Et à droite:

15. Ézéchiel:

A. La roue dans la roue. (I, 16.)

B. «Fils de l'homme, tourne ton visage vers Jérusalem.»

(XXI, 2.)

16. Daniel:

A. «Il a fermé les gueules des lions.» (VI, 22.)

B. «Au même moment sortirent les doigts de la main d'un

homme.» (V, 5.)

40. Maintenant en commençant à gauche (côté sud de la façade

entière), et en lisant tout droit à la suite sans jamais entrer dans

les porches excepté pour les quatre-feuilles appariés aux statues qui

nous concernent.

17. Osée:

A. «Ainsi je l'achetai pour moi, pour quinze pièces

d'argent.» (III, 2.)

B. «Ainsi serais-je aussi pour toi.» (III, 3.)

18. Joël:

A. Le soleil et la lune sans lumière. (II, 10.)

B. Le figuier et la vigne sans feuilles. (I, 7.)

19. Amos:

Sur la façade {A. «Le Seigneur criera de Sion.» (I, 2.)

{B. « Les habitations des bergers se lamenteront.» (I, 2.)

À l'intérieur du {C. Le Seigneur avec le cordeau du maçon. (VII, 8.)

porche.

{D. La place où il ne pleuvait pas. (IV, 6.)

20. Abdias:

À l'intérieur du {A. «Je les cachai dans une caverne.» (I, les

porche. Rois, XVIII, 13.)

{B. «Il tomba sur la face.» (XVIII, 7.)

Sur la façade. {C. Le capitaine des 50.

{D. Le messager.

21. Jonas:

A. Échappé à la mer.

B. Sous le calebassier.

22. Michée:

Sur la façade. {A. La tour du troupeau (IV, 8.)

{B. Chacun se repose et «personne ne les

effraiera». (IV, 4.)

{C. «Les épées en socs de charrue.» (IV, 3.)

{D. «Les lances en serpes.» (IV, 3.)

23. Nahum:

À l'intérieur du {A. «Nul ne regardera en arrière.» (II, 8.)

porche. {B. «Prophétie contre Ninive.» (I, 1.)

{C. Tes princes et tes chefs, (III, 17.)

{D. Les figues précoces, (III, 12.)

24. Habacuc:

A. «Je veillerai pour voir ce qu'il dira.» (II, 1.)

B. Le ministère auprès de Daniel.

25. Sophonie:

Sur la façade. {A. Le Seigneur frappe l'Éthiopie. (II, 12.)

{B. Les bêtes dans Ninive. (II, 15.)

À l'intérieur du {C. Le Seigneur visite Jérusalem. (I, 12.)

porche. {D. Le cormoran et le butor[228]. (II, 14.)

26. Aggée:

A. Les maisons des princes _ornées de lambris_[229]. (I, 4.)

B. «Le ciel retenant sa rosée.» (I, 10.)

C. Le temple du Seigneur est désolé. (I, 4.)

D. «Ainsi dit le Seigneur des armées.» (I, 7.)

27. Zacharie:

A. L'iniquité s'envole. (V, 6, 9.)

B. «L'ange qui me parla.» (IV, 1.)

28. Malachi:

A. «Vous avez offensé le Seigneur.» (II, 17.)

B. «Ce commandement est pour vous.» (II, 1.)

41. Ayant ainsi mis rapidement sous les yeux du spectateur la succession

des statues et de leurs quatre-feuilles (au cas où l'heure du train

presserait, il peut être charitable de lui faire savoir que, prendre à

l'extrémité est de la cathédrale la rue qui va vers le sud, la rue

Saint-Denis, est le plus court chemin pour arriver à la gare) je vais y

revenir en commençant par saint Pierre et j'interpréterai un peu plus

complètement les sculptures des quatre-feuilles.

En gardant pour les quatre-feuilles les chiffres adoptés pour les

statues, les quatre-feuilles de saint Pierre seront désignés par 1 A

et 1 B, et ceux de Malachi par 28 A et 28 B.

1. A.--_Le Courage_, avec un léopard[230] sur son bouclier; les

Français et les Anglais étant d'accord dans la lecture de ce symbole

jusqu'à l'époque du poinçonnage du léopard du Prince Noir sur la

monnaie, en Aquitaine.

1. B. La _Lâcheté._--Un homme effrayé par un animal s'élançant hors

d'un fourré, pendant qu'un oiseau continue de chanter. Le poltron n'a

pas le courage d'une grive[231].

2. A. La _Patience_ ayant un bœuf sur son bouclier (ne reculant

jamais)[232].

2. B. La _Colère_[233].--Une femme perçant un homme d'une épée. La

colère est essentiellement un vice féminin.--Un homme, digne d'être

appelé ainsi, peut être conduit à la fureur ou à la démence par

l'_indignation_ (Voir le Prince Noir à Limoges), mais non par la

colère. Il peut être alors assez infernal,--«Enflammé d'indignation,

Satan restait _sans peur_--» mais dans ce dernier mot est la

différence, il y a autant de crainte dans la colère qu'il y en a dans

la haine.

3. A. La _Douceur_ porte un agneau[234] sur son écu.

3. B. La _Grossièreté_, encore une femme, envoyant un coup de pied à

son échanson. Les formes finales de l'extrême grossièreté française

étant dans les gestes féminins du cancan; voyez les gravures favorites

à la mode dans les boutiques de Paris.

4. A. L'_Amour_: l'amour divin, non l'amour humain: «Moi en eux et toi

en moi.» Son écu supporte un arbre[235] avec un grand nombre de

branches greffées dans son tronc abattu. «Dans ces jours le Messie

sera abattu, mais non pour lui-même.»

4. B. La _Discorde._--Un mari et une femme se querellant. Elle a laissé

tomber sa quenouille (manufacture de laine d'Amiens, voyez plus loin--9,

A)[236].

5. A. L'_Obéissance_ porte un écu avec un chameau. Actuellement la

plus désobéissante de toutes les bêtes qui peuvent servir à l'homme,

celle qui a le plus mauvais caractère, pourtant passant sa vie dans le

service le plus pénible. Je ne sais pas jusqu'à quel point son

caractère a été compris par le sculpteur du Nord; mais je crois qu'il

l'a pris comme un type de porteur de fardeau qui n'a ni joie ni

sympathie, comme le cheval, ni pouvoir de témoigner sa colère comme le

bœuf[237]. Sa morsure est assez mauvaise (voyez ce qu'en raconte M.

Palgrave), mais probablement peu connue à Amiens, même des Croisés

qui voulaient monter leurs propres chevaux de guerre, ou rien[238].

5. B. _Rébellion._--Un homme claquant ses doigts devant son

évêque[239]. Comme Henri VIII devant le pape, et les modernes cockneys

français et anglais devant tous les prêtres, quels qu'ils soient.

6. A. _Persévérance_, la grande forme spirituelle de la vertu

communément appelée Fortitude.

D'habitude domptant ou mettant en pièces un lion; ici en caressant un

et tenant sa couronne. «Tiens ferme ce que tu as[240] afin qu'aucun

homme ne prenne ta couronne[241]».

6. B. _Athéisme_, laissant ses souliers à la porte de l'église.

L'infidèle insensé est toujours représenté nu-pieds dans les

manuscrits du XIIe et XIIIe siècle, le chrétien ayant «comme

chaussure à ses pieds la préparation à l'Évangile de Paix[242]».

Comparez: «Combien sont beaux tes pieds avec des souliers, _ô fille de

prince_[243]!»

7. A. _Foi_, tenant un calice avec une croix au dessus[244], ce qui

était universellement accepté dans l'ancienne Europe, comme étant le

symbole de la foi. C'en est aussi un symbole tolérant, car, toutes

différences d'église laissées de côté, les mots: «À moins que

vous ne mangiez la chair du Fils de l'Homme et buviez son sang, vous

n'avez pas de vie en vous[245]», restent dans leur mystère pour être

compris seulement de ceux qui ont appris le caractère sacré de la

nourriture[246], dans tous les temps et dans tous les pays, et les lois

de la vie et de l'esprit qui dépendent de son acceptation, de son refus

et de sa distribution.

7. B. _Idolâtrie_, s'agenouillant devant un monstre. Le contraire de la

foi--non le manque de foi. L'idolâtrie est la foi en de faux dieux et

tout à fait distincte de la foi en rien du tout (6, B), le _Dixit

incipiens_[247]. Des hommes très sages peuvent être idolâtres, mais

ils ne peuvent pas être athées.

8. A. _Espérance_ avec l'étendard gonfalon[248] et une couronne devant

elle, à distance[249]; opposée à la couronne que la Fortitude tient

dans ses mains avec constance (6, A.).

Le gonfalon (_Gund_, guerre; _fahr_, étendard, d'après le Dictionnaire

de Poitevin) est le drapeau qui dans la bataille signifie: en avant;

essentiellement sacré; de là le nom de gonfalonier toujours donné aux

porte-étendards dans les armées des républiques italiennes.

Il est dans la main de l'espérance, parce qu'elle combat toujours

devant elle, allant à son but, ou au moins ayant la joie de le voir se

rapprocher. La Foi et la Fortitude attendent, comme saint Jean en

prison, mais sans être outragées.

L'Espérance est toutefois placée au-dessous de saint Jacques à cause

des versets 7 et 8 de son dernier chapitre se terminant ainsi:

«Affermissez vos cœurs, car la venue du Seigneur devient proche.»

C'est lui qui interroge le Dante sur la nature de l'Espérance (Par., C.

XXV et voyez les notes de Cary).

8. B. Le _Désespoir_ se poignardant[250]. Le suicide n'est pas

considéré comme héroïque ni sentimental au XIIIe siècle et il n'y a

pas de morgue gothique bâtie au bord de la Somme.

9. A. La _Charité_ portant sur son écu une toison laineuse et donnant

un manteau à un mendiant nu. La vieille manufacture de laine d'Amiens

avait cette notion de son but, qu'il fallait, notamment, vêtir le

pauvre d'abord, le riche ensuite. Dans ces temps-là on ne disait aucune

bêtise sur les fâcheuses conséquences d'une charité indistincte[251].

9 B. _Avarice_ avec un coffre et de l'argent. La notion moderne commune

aux Anglais et aux Amiénois sur la divine consommation de la manufacture

de laine.

10. A. _Chasteté_, écu avec le Phénix[252].

10. B. _Volupté_, un baiser trop ardent[253].

11. A. _Sagesse_, sur son écu une racine mangeable, je crois[254];

signifiant la tempérance, comme le commencement de la sagesse.

11. B. _Folie_[255], le type ordinaire usité dans tous les psautiers

primitifs, d'un glouton armé d'un gourdin. Cette vertu et ce vice sont

la sagesse et la folie terrestres complétant la sagesse spirituelle et

la folie correspondante (au dessous saint Matthieu). La tempérance, le

complément de l'obéissance, et la cupidité avec violence, celui de

l'athéisme.

12. A. _Humilité_, sur son écu une colombe.

12. B. _Orgueil_, tombant de son cheval.

42. Tous ces quatre-feuilles sont plutôt symboliques que

représentatifs; et, comme leur but était suffisamment atteint si leur

symbole était compris, ils avaient été confiés à un ouvrier très

inférieur à celui qui sculpta la série de ceux que nous allons passer

en revue et qui sont placés sous les statues des prophètes.

Le sujet de la plupart de ces quatre-feuilles est ou un fait historique,

ou une scène dont parle le prophète comme y ayant effectivement

assisté dans une vision. Et ce sont les mains les plus habiles que

l'architecte a en général chargé de leur exécution. En donnant leur

interprétation, je rappelle pour chacun d'eux le nom du prophète dont

ils commentent la vie ou la prophétie[256].

13. A. «_Isaïe_[257].--J'ai vu le Seigneur assis sur un trône.» (VI,

1.)

La vision du trône «haut et élevé» entre les séraphins.

13. B. «Vois, ceci a touché tes lèvres.» (VI, 7.)

L'ange est debout devant le prophète et tient, ou plutôt tenait, le

charbon avec des pincettes qui avaient été artistement sculptées,

mais sont maintenant brisées.

Un fragment seulement est resté dans sa main[258].

14. A. _Jérémie_[259]--L'enfouissement de la ceinture. (XIII, 4, 5.)

Le prophète est en train de creuser au bord de l'Euphrate, représenté

par des sinuosités verticales[260] qui descendent en serpentant vers le

milieu du bas-relief. Notez que la traduction doit être «trou dans la

terre», et non dans le «rocher».

14. B. _Le bris du joug._ (XXVIII, 10.)

Du cou du prophète Jérémie; il est représenté ici par une chaîne

doublée et redoublée.

15. A. _Ézéchiel[261].--La roue dans la roue. (I, 16.)

Le prophète est assis; devant lui deux roues d'égale dimension, l'une

engagée dans la circonférence de l'autre.

15 B. «Fils de l'homme, tourne ton visage vers Jérusalem.» (XXI, 2.)

Le prophète devant la porte de Jérusalem.

16. _Daniel._

16. A. «Il a fermé les gueules des Lions.» (VI, 22.)

Daniel tenant un livre; les lions sont traités comme des supports

héraldiques. Le sujet est rendu avec plus de vie dans les séries que

nous trouverons plus loin (24. B).

16. B. «Au même moment sortirent les doigts de la main d'un homme.»

(V, 5.)

Le festin de Balthazar figuré par le roi seul, assis à une petite

table oblongue. À côté de lui le jeune Daniel paraissant seulement

quinze ou seize ans, gracieux et doux, interprète les caractères

tracés. À côté du quatre-feuilles sortant d'un petit tourbillon de

nuages paraît une petite, main courbée, écrivant, comme si c'était

avec une plume renversée, sur un fragment de mur gothique[262].

Pour le boursouflage moderne opposé à la vieille simplicité, comparez

le festin de Balthazar de John Martin[263].

43. Le sujet suivant commence la série des petits prophètes.

17. _Osée_[264].

17. A. «Ainsi je l'achetai pour moi pour quinze pièces d'argent et une

mesure d'orge.» (III, 2.)

La Bible d'Amiens · 第 19 / 24 段